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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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DE PORT-ROYAL.

les mains avec tant de marques de constance, quemadame de Chevrcuse , qui rcnoit quérir mesde-moiselles de Lu.ynes,ne put s'empêcher de luifaire compliment sur son grand courage. «Ma-il dame , lui dit la mère Angélique d’un ton quih acheva de la remplir d’aduiiralion, tandis que« Dieu sera I)icu , j’espérerai en lui, et ne perdraia point courage. » Ensuite, s’adressant à niademoi- iselle de Luynes l’aînée ,27 , qui fondoit en larmes :

« Allez, in a fille , lui dit-ello, espérez en I)ieu , et« mettez en lui votre confiance : nous uous rever-«rons ailleurs, où il ne sera plus au pouvoir de»

« homme» de nous séparer. n

Mais dans tous ces combats de la foi et de lanature , à mesure que la foi prenoit le dessus, àmesure aussi la nature tomboil dans l’accable-ment ; et l’on s’aperçut bientôt que sa santé dépé-risse» it à vue d'œil. Ajoutez à tous ces déchire-ment» de cœur le mouvement continuel qu’il fal-loit qu’elle se donnât dans ce temps de trouble etd’agitalion, étant obligée à toute heure, tantôtd’aller au parloir, tantôt d’écrire des lettre» , soitpour demander conseil, soit pour en donner. IIn’y avoit point de jour qu’elle ne reçût des lettresdes religieuses des champ», chez qui il se passoitles mêmes chose» qu’à Paris, et qui n’avoient re-cours qu’à elle dans tout ce qui leur arrivoit. Elleé toi t de toutes les processions qu’on faisoit alorspour implorer la miséricorde de Dieu.

La dernière où elle agsista, ce fut à celle pourles sept novices, afin qu’il plût a Dieu d’exaucer iles prières qu’elles lui faisoient pour demeurerdans la maison. On lui donna à porter une reliquede la vraie croix ; elle y alla nu-pieds comme toutesles autres religieuses: elle se traîna , comme elleput, le long des cloîtres dont on faisoil le tour,mais en rentrant du cloître dans le chœur, elletomba en foiblessc , et il fallut la reporter dan» sachambre et dan» son lit. d’où die 11 e se relevaplus. Il lui prit une fort grande oppression, ac-compagnée de lièvre ; et cette oppression , quiétoit continuelle, avoit des accès si violent»,qu’on croyoit atout moment qu’elle a Huit mou-rir : en telle sorte que, dans l’espace de deuxmois, on fut obligé de lui apporter trois fois lesaint viatique.

Mai» la plus rude de toutes les épreuves, tantpour elle que pour toute la communauté, ce futl’éloignement de M. Singlin et «les autres confes-seurs, du nombre desquels étoient M. de Sacy etM. de Sainte-Marthe 8 , deux des plus saintsprêtres qui fussent alors dans l’Église. II y avoitplus de vingt ans que la mère Angélique se eon- ;fessoit a M. Singlin, et l’on peut dire qu’après JDieu elle avoit remis en lui toute l’espérance deson salut. On peut juger combien il lui fut sen- j

sible d'être privée de ses lumières et de ses cou- j

solatioDS, dau» un temps où elles lui étoient si jnécessaires , surtout sentant approcher l’heure desa mort. Cependant file supporta celle privationsi douloureuse avec la même résignation que toutle reste ; et voyant ses religieuses qui s’affligeoieutde n'avoir plus personne pour 1rs conduire , et quise regardoient comme des brebis sans pasteur:b U ne s'agit pas, leur riisoil-elle , de pleurer la

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» perte que vous avez faite en la personne de ces«vertueux ecclésiastiques, mais de mettre en« œuvre les saintes instructions qu’ils vous ont«données. Croyez-moi, mes filles, nous avions« besoin de toutes les liunrliiüions que Dieu nous« envoie. ]] n’y avoit point â'j maison en France« plus comblée des biens spirituels que la nôtre ,« ni où il y eût plus de connoissance de la vérité,« mais il eût été dangereux pour nous de demeu-« rer plus long-temps dans l'abondance ; et si Dieu«ne non» eût abaissées, nous serions peut-être« tombées. Les hommes ne savent pa» pourquoi« ils fom les choses; mais Dieu, qui se sert d’eux ,

« sait ce qu’il nous faut. » Mais tous ces sentiments,dont son cœur étoit rempli, paraîtront encoremieux dan» une lettre qu’elle écrivit alors à undes atnis de la maison , très vivement touché detout ce qui se passoit. Voie» cette lettre :

« Enfin , monsieur, Dieu nous a dépouillées de« pères, de sœurs et d’enfants : son saint nom soit« béniI La douleur est céans, mais la paix y est« aussi dans une soumission entière à sa divine« volonté. Nous sommes persuadées que cette vi-«site est une grande miséricorde dè Dieu sur«nous, et qu’elle nous étoit absolument néces-« saire pour nous purifier et nous disposer à faire« un saint usage de scs grâces que nous avons re-« eues avec tant d’abondance : car, croyez-moi, si« Dieu daigne avoir sur nous de plus grands des-« sein» de miséricorde, la persécution ira plus« avant. Ilumilions uoiis de tout notre cœur pour« nous rendre dignes de ses faveurs, si véritables« et si inconnues aux hommes. Pour yous , je tous* supplie d’être le plus solitaire que vous pourrez ,« et de parler fort peu , surtout de nous. Ne r;v-« contez point ce quj se passe , si l'on ne vous en« parle; écoutez, et répondez le moins que vous« pourrez. Souvenez-vous de celle excellente re-« marque de M. de Saint-Cyran , que l’évangile et« la passion de Jésus-Christ e»t écrite dan» une« très grande simplicité et sans aucune exagéra-« tion. L’orgueil, la vanité et Pamour-propre se« mêlent partout ; et puisque Dieu nous a unies«par sa sainte charité, il faut que nous le scr-« vions dans l’humililé. Le plus grand fruit de la«persécution, c’est l’humiliation; l'humilité »e«conserve dans le silence ; gardons-Je donc aux«. pieds de notre Seigneur , et attendons vie sa« bonté notre force et notre soutien. )>

C’est dans ce même esprit qu’elle répondit unjour à quelques sœurs, qui lui demandoient cequ’elle pensoit qu’elles deviendraient toutes, et sion ne leur rendrait point Icut'9 novices et leurspensionnaires :

« Mes filles, ne vous tourmentez point de tout« cela : je ne suis pas en peine si on vous rendrak vos novices et vos pensionnaires; mais je suis en« peine si l’esprit de la retraite, de la simplicité et« de la pauvreté se conservera parmi vous. Pourvu« que ces choses subsistent , moquez-vous «le tout« le reste. »

JJ n’y avoit presque point de jours qu’on ne luivînt annoncer quelques nouvelles affligeantes :tantôt on lui disoit que le lieutenant civil éloit dansla cluLuie avec des maçons pour faire murer jus-

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