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ABRÉGÉ DE L’HISTOIRE
que» auxporles paroù entroient les charrois poul-ies nécessités du jardin et de la maison; tantôtque ce magistrat f.iisoit. avec des archers, des per-quisitions dans les maisons voisines , pour voir siquelques uns des confesseurs n’y seraient pointcachés; une nuire fois, qu’on viendront enlevercl disperser toutes les religieuses. Mais elle de-meuioil toujours dans le. calme, ne permettant ja-mais qu’on se plaignît même des jésuites, et disanttoujours : « Prions Dieu et pour eux et pour nous. »Cependant. comme il étoit aisé de juger par tousces traitements exi raordiuaires qu’il failoit qu’oneût étrangement prévenu 1 esprit du roi contre lamaison, un crut devoir faite un dernier effort pourdétromper sa majesté. Toute la communauté s’a-dressa dom: à la mère Angélique , et on L'obligead'écrire à la reine mère , dont elle étuit plus con-nue que du roi, et qui avoit toujours conservébeaucoup de bonté pour M. d’Andilly , son frère.Comme cette lettre a été imprimée , je n'en rap-porterai ici que la substance. Elfe y représentaitune partie des bénédictions que Dieu avoit ré-pandues sur elle et sur son monastère , et entreautres le bonheur qu’t lie avoit eu d’avoir saintFrançois de Sales pour directeur , et la bienheu-reuse mère de Chantal pour intime amie. Ellerappelait ensuite toutes les calomnies dont on l'a-Toit déchirée et ses religieuses : la protection queleur innocence avoit trouvée auprès de feu M. deGondy, leur archevêque et leur Mipéiienr, et lescensures dont il avoit flétri les infâmes libelles deleurs accusateurs . qui n’avoîen! p. s laissé de con-tinuer leurs impostures. Elle rapportait les témoi-gnages que ce prélat , et tous les supérieurs qu’illeur avoit donnés , avaient rendus de la pureté deleur foi, de leur soumission au pape et à l'Église,et de l’entière ignorance où on le» avoit toujoursentretenues touchant les matières contestées : jus-que- là qu’on ne leur laissejt pas lire le livre dela Fréquente, rommuni'an , à cause des dispute»auxquelles il avoit donné occasion. Elle laisoilsouvenir la reine de la manière miraculeuse dontDieu s'était déchiré pour elle, eL la supplioitenfin de leur accorder la même protection quePhilippe IJ, roi d’Espagne , son aïeul. avoit ac-cordée à sainte Thérèse , qui , malgré son émi-nente sainteté, B'ètuit vue calomniée aussi bienque les pères de son ordre, et noircie auprès dupape par 1rs mêmes accusations d’héi é.-ie dont onchargeoit les religieuses de Port-Royal et leursdirecteurs.
La mère Angélique dicta cette lettre à plusieurs
reprises, étant interrompue presque à chaque ligne
par des syncopes et de.- convulsions violentes quecausoitsa maladie. La lettre étant écrite , elle nevoulut plus entendre parler d’aucune affaire, et nesongea plus qu’à l’éternité, bien qu’elle eût passésa vie dans des exercices continuels de pénitence ,et n'nlt jamais fait autre chose que de iraiailler àSon salut et à celui des autres, elle était si pénétréede la sainteté infinie de Dieu , et de sa propre indignité, qu’elle ne pouvoit penser sans frayeur aumoment terrible où elle couiparoîtroit devant lui.La sainte confiance qu'elle avoit en sa miséricordegagna etdiu le dessus. Son extrême humilité la ren-
dit fort attentive, dans les derniers jours de sa vie,à ne rien dire, à ne rien faire de trop remar-quable, ni qui donnât occasion de parler d’ellearec estime après sa nmrt. Et sur ce qu’on luireprésentait un jour que la mère Marie des Anges,qu’elle esliinnil, cl qui était morte il y avoit troisans, avoit dit, avant que de mourir, beaucoup dechoses dont on se souvenuit avec édilicutlon , ellerépondit brusquement ; t Gel te. mère était fort«simple et f<»rt humble, et moi je ne le suis pas. *
Quelque» semaines avant sa mort , ses oppres-sions diminuèrent beaucoup, et on la ci ut presquehors de péril ; tuais bientôt les jambes lui enilè-jent , et ensuite tout le corps , et tous ses maux sechangèrent en une hydropisie qui fut jugée sansre mode.
Dans ce temps, le même M. de Fontes etM. bai), qui couuncnç dent leur visite . étant en-trés dans la chambre , et M. de Fouies lui ayantdemandé comment elle se trouvoit, elle lui répon-dit d’un fort grand sang fioid : « (.'munie une lille, j
«monsieur, qui va mourir. — lié quoi! mu ;
«mère, s’écria M. de Fontes, vous dites cela :« comme une i-hose i ndîlVt rente! Lu mort ne vous« étonne-t-elle point ? — Moi , lui dit-elle , je suis« venue ici pour me préparer à mourir : mais je* n’y étois pas venue pour y voir tout ce que j’y« vois. • M. de Fontes à rt s mots limisvmi les épau-les sans il m répliquer .• « Monsieur, lui dit la mère,
« je vous entends Voici le jour de l’iuniune , maisi k* jour de. Dieu viendra , qui découvrira bien« des choses. >
Il est incroyable combien ses souffrances aug-mentèrent dans les trois dernières semaines de samaladie., tant par les douleur» de son enflure queparreque son corps s’écorcha en p|u>iem\s m-droits ; ajoutez à cela un si extrême dégoût, que j
la nourriture lui étoit devenue un sUpplue. Elle i
emlmoit tous ces maux avec une paix , une dou- I
eetir étonnante, et ne témoigna jam.iis* d’impa- j
tience que du trop grand soin qu’on prenoit de ;
chercher des moyeu» de la mettre plus à son aise. i
« Saint Benoît nous m donne . disoit-elle . de Irai- i
« tel les malade» comme Jésus Fhrisl même ; mais j
« cela s'entend des soulagements nécessaires, et j
« non pas des ruHlucmems pour flatter la sensua- j
« lilé. « On la vnyoit dans un reçue llemcnt eonli- j
miel , toujours Je» yeux levés vers le cieJ, et n’ou- ;
vranl la bom be que pour adresser à Dieu des pa- 1
rôle» courtes et enflammées , la plupart tirée» depsaume» et de» autres livres de nk ritnre.
La veille desa mm t les médecins jugeant qu’elle i
ne pouvoit plus aller guère loin , on lui apporta, i'
pour la irokiéinc fois, comme j'ai déjà dit. leSaint viatique. Bien loin de se plaindre de n’êtrepa» secourue en cette occasion par les ecclésiasti-que» en qui elle avoit eu tant de confiance, elleremercia D'u n de ce qu’elle mouroit pauvre detout point, et également privée des secours spiri-tuels et di s temporels. Elfe reçut le saint viatiqueavec tant de marques de paix, de fermeté et d’a-iiéanhssetneiil , que, long-temps après sa mort ,le» religieuses disoient que, pour s’exciter à com-munier dignement, elles n’avoieiil qu'à se repré- ;senter la manière édifiante dont leur sainte mère ;