UE PORT-ROYAL.
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avoit communié devant elles. Bientôt après elle,entra dans l’agonie, qui fut d’abord très doulou-reuse ; mais enfin toutes ses souffrances se termi-nèrent en une espèce de léthargie, pendant la-quelle elle s’endormit du sommeil des justes, lesoir du sixième d’aoûi 1661, jour de lu transfigu-ration , âgée de soixante-dix ans moins deux jours ;fille vérilableim-nl illustre , et digne , par son ar-dente charité envers Dieu et envers fe prochain ,par son extrême amour pour la pauvreté et pourla pénitence , et enfin par les grands talents de sonesprit, d'être comparée aux plus saintes fonda-trices.
Le. bruit de sa mort s’étant répandu, et soucorps ayant été ]« lendemain, vers Je soir, exposéà la grille, selon la coutume, l’église fut en unmoment pleine d'une foule de peuple, qui ve-noient bien moins en intention de prier Dieu pourelle que de se recommander à ses prières; ils de-manduient tous avec instance qu’on fit toucher àcette mère . les uns leur chapelet et leurs médail-les, les autres leurs Heures , quelques uns mêmeleurs mouchoirs, qu’ils présentoient tout trempésde leurs larmes. Ou en fit d’abord quelque diffi-culté; mais ne pouvant résister à leur empresse-ment, deux sœurs ne firent autre chose tout cesoir , et le lendemain depuis le point du jour jus-q’’à son enterrement, que de recevoir et de ren-dre ce que l oti passoil ; et l’on voynit ce peuplebaiser avec transport les choses qu’on leur rendnit,l’appelant, les uns leur bonne mère , les autres lamère des pauvres. H n’y eut pas jusqu'aux ecclé-siastiques qui entrèrent pour l’enterrer , qui nepurent s’empêcher . quoiqu’ils ne fussent point dela maison , de lui baiser les mains comme cellesd’une sainte. Dieu a bien voulu confirmer sa sain-teté par plusieurs miracles; et l’on en pourroitrapporter un grand nombre sans le soin particu-lier que les religieuses de Port-Boval ont toujourseu, non seulement do cacher le plus qu’elles peu-vent leur vie austère et pénitente aux yeux deshommes , mais de leur dérober même la connois-sance des merveilles que Dieu a opérées de tempsen temps dans leur monastère.
Revenons maintenant à la visite. Elle dura prèsde deux mois, et pendant tout ce temps M. doContes et >L Rail visitèrent exactement les deuxmaisons, et interrogèrent tonies les religieuses lesunes après les autres . même les converses. M- Bailsurtout y apportait une application extraordinaire,fort étonné de trouver les choses si différentes dece qu’il se l’étoit imaginé: il lemloit même despiège* à la plupart de ces filles dans les questionsqu’il leur faisoit . comme s’il eût été bien aise deles trouver dans quelque 0| 1111011 qui eûl l’appa-rence d’hérésie. Il y en eut à qui il demanda, puis-qu’elles croyoient que Jésus-f Jirist était mort pourtous les hommes, si elles ne croyoient pas aussiqu'il fût mort pour le diable ? Enfin , ne pouvantrésister à la vérité , il leur rendit justice, et signa,avec M. de Contes , la carte de visite, dont j’ai crudevoir rapporter rel arhelc tant entier :
b Ayant trouvé, parla visite, celle maison en« un état régulier , bien ordonné, une exacte ob-« servaucc des règles et des constitutions, une
« grande union et charité entre les sœurs, et la fré-« qucntaiion des sacrements digne (l’approbation ,« avec une soumission due à notre saint père le« pape et à tous ses décrets , par une foi orlho-« doxe et une obéissance légitime, n’ayant rien« trouvé ni reconnu en l’un et I’aulrc monastèren qui soit contraire à ladite foi orthodoxe et à* la doctrine de l’Église catholique, apostolique.b et romaine, ni aux bonnes mœurs, niais plutôt« une grande simplicité, sans curiosité dans lesb questions controversées, dont elles ne s’enlrctien-« neuf point, les supérieures ayant eu soin de les« en empêcher ; nous les exhortons toutes , par lesb entrailles de Jésus-Christ, d’y persévérer ron-« stamuienl, et la mère abbesse d’y tenir la main. »
Voilà , en pe u de mol» , l'apologie de? religieusesde Port Royal ; les voilà reconnues pour très puresdans leur foi et dan? leurs mœurs, très soumises àl’Église, et très ignorantes des matières contestées;et voilà par conséquent les jésuites déclarés de trèsgrands calomniateurs par l'homme même que lesjésuites avoient fait nommer pour examiner cesfilles.
Vraisemblablement on se garda bien de montrerau roi cette carte de visite, qui auroit été capablede lui donner, contre les persécuteurs de res re-ligieuses, toute l'indignation qu’ils lui avoient in-spirée contre elles. Je ne sais point si M. Bail prit,pour les justifier , les soins que fia conscience l’o-bligeoit de prendre. La vérité est que depuis cetemps là il les traita assez doucement: il fuisoitmême assez volontiers, pour les consoler dans l’af-fliction où il les voyoit, ce qu’il pouvoit ; et pourcela il leur apportait quelquefois des cantiquesspirituels dont il avoit fait les airs et les paroles ,et vouloil les leur faire chanter à la grille.
Cependant le formulaire commençoit à exciterbeaucoup de troubles. Plusieurs évêques refusè-rent de le faire signer dans leurs diocèses , et écri-virent au roi pour se plaindre des entreprises derassemblée du clergé, qui. méritant à peine lenom de simple synode , préiendoil s’ériger enconcile national, prescriv. il des formules de foi ,et thVernoil des peines contre les prélats qui refu-seroicut de se soumettre à ses décisions. Le pre-mier qui écrivit fut messire Nicolas Pavillon , évê-que d’Alcth ,a * , qui était alors regardé comme lesaint Charles de l’Église de France. 11 y avoit vingt-deux ans qu’il était évêque , et depuis ce temps-làil n’était jamais sorti de son diocèse que pour as-sister aux états de la province.
Legrand amour pour la résidence joint à lasainteté extraordinaire de sa vie et à un zèle ardentpour la discipline, le faisoit dès lors traiter dejansèitisie ; il avoit été néatmi ius dans l’opinionqu’on devoit aux constitutions une soumissionpleine et entière, saris aucune distinction du faitH du droit. Mais il rappoile lui-niêtne, dans unelettre qu’il écrivit à M. de Pérétixe, qu'ayunl exa-miné à fond la matière , et demandé à Dieu, parbeaucoup de ptières, qu’il voulût l’éclairer, ilavoit reconnu qu’il s’étnit trompé , et que le faitde Jiuisénius était de telle nature qu'on n’en pou-voit exiger par autorité ni la créance ni la souscrip-tion. de fut donc dan» ce même sens qu'il écrivit