484 ABRÉGÉ DE L’IIISTOIRE
au roi et aux prélats de l'assemblée 1, °. Son exem-ple fut Suivi par les évêques de Cotnmioges, deBeauvais, d’Angers et de Yimce l3, > Ce dernierreprésenloit avec beaucoup de douleur qu’on avoitsurpris la piété de sa majesté , en lui faisant croirequ’il y avoit dans son royaume une nouvelle hé.résie : ajoutant que le formulaire ai oit été regardépar la plupart des prélats , même de l'assemblée ,comme une semence malheureuse de troubles clde divisions. Tous ces évêques que je liens de nom-mer éeriviienl aussi an pape, pour lui faire lesmêmes plaintes contre le formulaire , cl pour luidemander la conduite qu’ils dévoient teoir en cetterencontre.
Mais rien ne fit mieux connoître combien toutle monde éloit soumis sur la doctrine, que ionsles applaudissements qu'on donna au mandementdes grands-vicaires de Paris 1 *', où la distinctiondu fait et du droit éloit établie. On couroît en foulesigner le formulaire, selon la distinction de. cemandement : déjà même plusieurs prélats de l’as-semblée déclaroient tout haut qu’ils D’avoieritjamais prétendu exiger d’autre signature. Les jé-suites virent avec douleur cette soumission univer-selle , et que dans deux mois, si le mandementsubsistait, il n’y avoit plus de jansénistes dans leroyaume. Le père Aimât alla trouver ses bons amis,31. de Jlarca , auteur du formulaire , et 31. l'ar-chevêque de 11ouen 1 ’% président de rassemblée.Ceux-ci firent aussitôt parler les agents du clergé:on fit entendre au roi que le mandement des grands-vicaires avoit excité un fort grand scandale , qu’iléludoit le sens des constitutions, eL rendoit mutilestoutes les délibérations des prélats et des arrêts dosa majesté. Là dessus les grands-vicaires sont man-dés à Fontainebleau, où éloit la cour, et où étoieutaussi en grand nombre messieurs les prélats.
31. de31:irca, toujours entêté de sa prétendue in-séparabilité du fait et du droit, lit un grand discourspour persuader aux grands-vicaires qu’ils n’«voientpoint dû séparer Ces deux questions. Après qu’ileut fini, ils lui demandèrent par grâce qu’il vou-lût mettre ses raisons par écrit, afin qu’ils lespussent examiner plus à loisir. 31. de 3ltnca, deconcert avec le père Ànnat, lit l’écrit qu'on luidemandoit; et le lendemain les grands-vicairesapportèrent leurs observations , où toutes ces rai-sons étoieut détruites de fond eu comble. Il vou-lut leur répliquer par un autre écrit; mais enmoins de vingt-quatre heures ccl écrit fut encoreréfuté par de nouvelles observations, plus fou-droyantes que les premières.
Alors messieurs les prélats , reeonnoissant qu’ilsne ponvoient l'erupoiter par Ja raison , eurent re-cours à la force : ils firent casser et déclarer nul,par un arrêt du conseil, le mandement des grands-vicaires , avec défense à tout le monde de le si-gner 134 . En même temps le mandement fut en-voyé à Borne, et le roi écrivit au pape pour lefaire révoquer. Les grands-vicaires , de leur côté ,écrivirent au pape une grande lettre 133 , où ils luirendoient compte de leur mandement ,* qui , eni faisant rendre, disoient-ils , aux constitutions< tout le respect qui leur étoit dû, auroil mis le* calme dans l’Eglise , s’il n’avoil été traversé par
• des gens ennemis de la paix, et pnr des évêques« trop amoureux de leur formule de foi , qu’ils« s’étoiem avisés de proposer à tout le royati-« me, et dans laquelle ils «voient ajouté aux cou-« suintions des choses qui n’y étaient pas. »Cette lettre éloit accompagnée d’un acte signépar tous les curés de Paris 136 , qui déclaroientque le mandement, bien loin d’avoir excité lescandale, avoit été d’une fort grande édificationpour tout le diocèse , et éloit regardé de lous lesgens de bien comme l’unique moyen de pacifierl’Église. On peut dive que la politique del’Eglisede Borné ne païui jamais mieux qu’en celte occa-sion : clin étoit bien éloignée d’approuver que desévêques s’ingérassent de faire des professions defoi , pour les faire signer à tous leurs confrères;mais elle étoit aussi trop éclairée sur ses intérêtspour ne pas approuver la conduite do ces évêques,qui drmnoienl parla au pape une infaillibilité sansbornes. Le pape écrivit aux grands-vicaires unbi ef extrêmement sévère , les traitant d’enfants deBélial; mais, sans dire un mol ni du formulaire,ni des décisions de rassemblée , ii les exbortoit,eu termes généraux , à revenir à résipiscence , età imiter l'obéissance des évêques et la piété duroi ; après quoi il leur donnoit sa bénédiction. Une fit réponse ni à l’évêque d’Angers, ni aux au-tres prélats qui s’tloient adressés à lui pour le con-sulter. Il se contenta de faire écrire au nonce parle cardinal Chigi ; et ce nonce avoit ordre de ren-voyer tous ces évêques au bref que sa saintetéavoit écrit aux grands-vicaires de Paris , et de leurdire de s’y conformer. Ces prélats demeurèrentfeimes dans la résolution qu’ilsavoient prise rie nepoint déférer aux décisions de l’assemblée. 3Iaisles grands-vicaires firent un autre mandement, parlequel ils révoquoienf le premier , et ordonnoientla signature pure et simple du formulaire ; cl enmême temps ils eurent ordre de le faire signer auxreligieuses de Port-Royal.
Le premier mandement avoit déjà causé beau-coup do trouble parmi ces filles, qui apprébendoient, en le signant, de blesser la vérité. Maiscomme c'est cette ennuie, et, si l’on veut, e»scrupule qui leur a dans la suite attiré tantde per-sécutions, et qui a, en quelque sorte, causé laruine de leur maison , ii est bon de dire ici d’oùvenoit en elles une si grande délicatesse de con-science.
Les religieuses de Port-Royal, comme j’ai dit,et comme il paroÎL par la carie de visite que j’airapportée, n’avment originairement aucune con-naissance des matières contestées : leurs direc-teurs ne les on entretenoient point, cl ne leur on«voient appris que ce qui étoit absolument né-cessaire pour leur Balut. Mais en récompense ilsles «voient instruites à fond des devoirs de leurprofession et des maximes de l'Evangile ; on leuravoit fortement imprimé dans l’esprit ces grandsprincipes de saint Paul et de saint Augustin ,« qu’il n’est point permis de pécher pour quelquea occasion que ce soit; qu’il vaudioit mieux s’ex-« poser à tons les plus grands supplices que deu faire un léger mensonge ; que Dieu et la vérité« n’étant qu’un, on ne. sauroit la blesser sans le