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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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DE PORT-ROYAL.

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« blesser lui mûmc ; qu’on ne peut point déposer« pour un fitit dont on n’est point instruit ; et queh d'attester qu’on croit ce qu'on ne croit pas,« c’est un crime horrible devant Dieu et devantu les hommes. » Surtout on leur avoit inspiré uneextrême horreur pour toutes ces restrictions men-tales , et pour toutes ces fausses adresses inventéespar les casuistes modernes , dans la vue de pallierle mensonge et d’éluder la vérité. Cela étant, onpeut aisément concevoir d’où venoit la répu-gnance de ces liJles à signer le formulaire. La né-cessité où on les réduisoit les avoit enfin obligées,malgré elles, de s’instruire de la contestation quifaisoit tant de bruit dans l’Kglise , et qui les jetoildans de si grands embarras. Elles avoient apprisque deux papes, à la sollicitation des jésuites etde plusieurs évêques, avoient condamné, commeextraites de Jansénius , évêque d’Yprcs, cinq pro-positions lies abominables; que tout le mondeavouoit que ces propositions étoient bien condam-nées; mais qu un grand nombre de docteurs dis-tingués par leur piété et par leur mérite, dunombre desquels étoient les directeurs de leurmaison , soutenoient qu’elles n’étoient point dansle livre de cet évêque , où ils offroieut même d’enl'aire voir de toutes contraires: qu’il s’étoit faitsur cela de part et d’autre quantité de livres, oùceux-ci paroissoient avoir eu tout l’avantage. Ily avoit donc lieu de douter, et elles doutoienteffectivement que ces propositions fussent dansle livre de cet évêque , mort en odeur de sainteté,et qui, dans son ouvrage même, paroissoit sou-mis jusqu’à l’excès au saint-.siége. Ainsi , soitqu’elles se trompassent on non . pouvoient-ellcsen sûreté de conscience signer le formulaire?N’éloil-ce pas attester qu’eJlcs croyoient le con-traire de ce qu’en effet elles pensoient P On répon-doit qu’elles dévoient se lier à la décision de deuxpapes; mais elles avoient appris de toute l’Égliseque les papes, ni même les conciles, ne sont pointinfaillibles sur des faits non révélés. Et y a t-ilquelqu’un, si ce n’est les jésuites, qui le puissesoutenir? Le contraire n’est-il pas aujourd’huiavoué de toute la terre P et n’étoit il pas alorgaussi vrai qu’il l’est maintenant? Il est donc con-stant que ces filles ne refusoienl de signer queparrequ’ellcs craignoient de faire un mensonge.Mais leur délicatesse sur cela étoit si grande,que , quelque tour que les grands-vicaires eussentdonné à leur premier mandemeut, plusieurs reli-gieuses néanmoins, sur la seule peur d’être obli-gées de le signer, tombèrent malades; et il prità la sœur de M. Pascal, qui s’appeloit en religionsœur Eupbémie, et qui étoit alors sous-prieureà Port-Royal des champs, une lièvre dont ellemourut 137 . Les autres ne consentirent à signerqu’après avoir mis à la tête de leurs souscriptionsdeux ou trois lignes qui porluient qu’elles embras-saient absolument et sans réserve la foi de l’Églisecatholique, qu'elles condamnoîenl toutes les er-reuis qu’elle condamne, et que leur signatureétoit un témoignage de cette disposition.

On peut juger par là de l’effet que Ht sur ellesle second mandement. « Que veut-ou de nous da-« vantage ? disoient-elles aux grands-vicaires. N’a-

« vons-nous pas rendu un témoignage sincère de«notre soumission pour le saint-siège? veut ou« que nous portions témoignage d’un livre que« nous n’entendons point, et que nous ne pouvons« entendre? » Là-dessus s elles prenoient à témoinM. de Contes de la purcié de leur foi , et del'ignorance où il les avoit trouvées sur toutes cescontestations. Les grands-vicaires étoient fort fâ-chés de les voir dans cette agitation , et de leurpersévérance dans un refus qui alloit vraisembla-blement attirer la ruine de l’une des plus saintescommunautés qu’il y eût dans l’Eglise : ils épui-sèrent Jour esprit à chercher des tempéramentsqui pussent sauver ces filles ; ils les conjurèrent des’aider un peu elles-mêmes, et de faire quelquechose qui leur donnât occasion de les servir. A lalin elles s’offrirent de signer avec celle espèce depréambule : « Nous , abbesse , prieures et reli-k gieuses des deux monastères de Paris et des« champs , etc., considérant que , dans l’igno-« rance où nous sommes de toutes les choses qui«sont au-dessus de notre profession et de notreh sexe , tout ce que nous pouvons faire est de ren-« dre témoignage de notre foi, nous déclarons« très volontiers, par notre signature, qu’étant«soumises avec un très profond respect à notre«saint père le pape, et n’ayant rien de si pré-« deux que la foi , nous embrassons sincèrement« et de cœur tout ce que sa sainteté et le pape« Innocent X en ont déjà décidé, et rejetons«toutes les erreurs qu’ils ont jugées y être con-« traites. »

Les grands-vicaires portèrent à la cour cette dé- 1claration , et employèrent tous leurs efforts pourl’y faire approuver. Us y portèrent en même tempsune déclaration à peu près semblable, que lesreligieuses du Val de*Urâce et celles de plusieursautres couvents leur avoient aussi présentée, etsans laquelle elles refusoienl de signer. On ne leurparla point de ces autres religieuses ; mais ils cu-rent ordre de ne point admettre l’explication decelles de Port-Roval, et d’exiger d’elles une sou-scription pure cl simple. Mais sur ces entrefaites,le cardinal de Retz ayant donné sa démission del'archevêché de Paris [en février 16G2 et leroi ayant nommé un autre archevêque, il nefut plus question du mandement de ces grands-vicaires.

Cependant les jésuites, pour autoriser toutesces violences, s’opiniâtroient à vouloir de plus euplus faire du fait de Jansénius un dogme de foi.Comme ils voyoient avec quelle facilité leurs ad-versaires avoient ruiné toutes les frivoles raisonssur lesquelles M. de Marca avoit voulu fonder eenouveau dogme, ils crurent que tout le mal ve-noit de ce que ce prélat biaisoit trop , et ne par-lait pas assez nettement. Pour y remédier, ils fi-rent soutenir publiquement, dans leur collège deClermont, une thèse où ils avancèrent en proprestermes celte proposition : « Que Jésus-Christ, eu« montant au ciel, avoit donné à saint Pierre et à« ses succcscurs la même infaillibilité et dans le fait« et dans le droit qu’il avoit lui-même 139 . » D’oùiis concluoienl très naturellement que «le pape« ayant décidé que les cinq propositions étoieDt