DE PORT-ROYAL. 489
voulut rien ordonner de son chef sur une matièrepurement ecclésiastique : il renvoya tout à l’assem-blée du clergé , qui se tenoil alors à Paris : c'éloittout ce que deiuandoit In P. Annal. En effet,comme celle assemblée étoit composée de per-sonnes entièrement opposées à Jansénius, le brefy fut reçu avec un applaudissement général, etregardé corame une tacite approbation du for-mulaire. Au contraire, la déclaration des défen-seurs de Jansénius fut jugée captieuse, conçue endes termes pleins d’artifices, et cachant, sous l’appa-rence d'une soumission en paroles, tout le venin del’hérésie. Il fut donc arrêté que, suivant les exhor-tations du saint père , on chercherait les voies lesplus propres pour extirper entièrement cette hé-résie ; et n’y en ayant point de plus courtes que lasignature du formulaire, il fut résolu qu’on lapoursuivrai! de nouveau plus fortement qu'onn’avoit fait jusqu’alors. On écrivit pour cela unenouvelle lettre circulaire à tons les évêques deFrance , et le roi fut très humblement supplié deconvertir les arrêts de son conseil, qui ordonnoientcette signature, en une déclaration authentique.En effet, peu de jours après, le roi apporta lui-même au parlement cette déclaration: on la fitpublier dans toutes les provinces du royaume;niais on songea surtout à la faire exécuter dansle diocèse de Paris.
Messire Ilardouin de Pêréfixe avoit tout nou-vellement reçu ses bulles, et venoil d’v être installéarchevêque : c’éloit un prélat beaucoup plus in-struit des affaires de la cour que des affaires ecclé-siastiques , mais au fond très bon homme, fort amide la paix, et qui eût bien voulu , en contentantles jésuites, ne point s’attirer les défenseurs deJansénius sur les bras. Il chercha donc des biaispour satisfaire les uns et les autres, et entra mêmepour cela en quelques pourparlers avec ces der-niers. La dispute , connue nous l’avons dit, avoitalors changé de face ; l’opinion de 31. de Ma rcasur l’inséparabilité du fait cl du droit avoit été enquelque sorte abandonnée, et on convenoit quec’éloit un fait dont il étoit question ; mais les en-nemis de Jansénius persistoient à soutenir quel’Eglise, en quelques occasions, pouvoit ordonnerla créance de faits, même non révélés, cl obligerles fidèles, non seulement à condamner les er-reurs enseignées par les hérétiques, mais à recon-naître que ces hérétiques les avoient enseignées;quelques uns même «soient encore avancer qu’ondevoit croire, de foi intérieure et divine, les faitsdécidés par les papes , à qui, disoienl ils, l’inspi-ration du Saint- Esprit 11 c manquoit jamais. Maiscette opinion n’étant pas soutenable , les plus sen-sés se conlenlojenl de dire qu’à la vérité on devoitune foi à ces decisions, mais une foi simplementhumaine et naturelle, fondée sur la vraisemblance
e Ja chose. Celte distinction plaisoit merveilleu-sement nu nouvel archevêque; il se flatta qu’en labien établissan I il accommoderoit sans peine touteschoses, et engageroit tout le monde à signer. Tl fitdonc un mandement , par lequel H ordonnoit denouveau à tous doyens , etc., de souscrire dans unmois le formulaire de foi mis au bas de son or-donnance , etc., à faute de quoi, etc. Mais dans ce
même mandement il déclarait qu’à l’égard du fait,non seulement il n’exigeoit pas une foi divine,mais qu'à moins d’être ignorant ou malicieux, onne pouvoit dire que ni les constitutions du papeni le formulaire des évêques l’eussent jamais exi-gée; demandant seulement une foi humaine etecclésiastique, qui obligeoit à soumettre son ju-gement à celui de ses supérieurs. Côtoient se»termes.
Les défenseurs de Jansénius triomphoient fortde cette ordonnance , qui établissoit si nettementla distinction du fait et du droit , et traitoitd’ignorante on de malicieuse une doctrine tantde fois avancée par leurs adversaires, et que lesjésuites avoient soutenue dans des thèses publi-ques. Mais en même temps ils firent paraître quan-tité d’énrits, où ils montraient invinciblement quel’Église ni les papes n’élanl point infaillibles surles faits non révélés, ou n’éloit pas plus obligé decroire ces faits de foi humaine que de foi divine ;et qu’en un mol, personne n’étant obligé de croirede foi humaine que les cinq propositions fussentdans Jansénius , ceux qui n’éloicnl pas persuadésqu’elles y fussent ne pouvoient, sans blesser leurconscience, et sans rendre un faux témoignage,reconnoître qu’elles y étoient, c’est-à-dire signerle formulaire 15î . Et, à dira vrai, si les défen-seurs de la grâce s’étoient un peu moins attachésaux règles étroites de leur dialectique, et à la sé-vérité de leur morale , il étoit aisé de voir que,par cette foi humaine, l’archevêque n’exigeoitguère autre chose d’eux que cette même soumis-sion de respect et de discipline qu’ils avoient lanlde fois offerte. Mais ils vouloient qu’il le dît entermes précis; et ni l’arcRevêque ne vouluit en-tièrement s’expliquer là-dessus , ni les défenseursde Jansénius entièrement l’entendre.
Cellespour qui l’ordonnance avoit été faite, etqui s'accommodoient le moins de ces distinctions,ctoient les religieuses de Port-Royal, persuadéesqu’il ne falloit point biaiser avec Dieu, et qu’onne pouvoit trop nettement dire sa pensée. L’archevêque se flattoit pourtant de les réduire : aussi-tôt après la publication de son ordonnance , il s’é-toit transporté lui-même chez elles, et n’avoit rienoublié , tant que dura sa visite , pour les engagerà se soumettre à son mandement sur le formu-laire ia L
Sa première entrée dans cette maison fut fortpacifique : il en admira la régularité; et, non con-tent d’en témoigner sa satisfaction de vive voix, ille fit même par un acte signé de sa main ; en unmot, il déclara aux religieuses qu’il ne trouvoitàredire en elles que le refus qu’elles faisoienl designer le formulaire ; et, sur ce qu’elle» lui re-présentèrent que ce refus n’éloil fondé que sur lacrainte qu’elles avoient de mentir à Dieu et à l’É-glise , en attestant un fait dont elles n'avoient au-cune connoissance , il leur répéta plusieurs foisune chose qu’il s’est bien repenli de leur avoirdite; c’est à savoir : c Qu’elles foraient un fort« grand péché de signer ce fait, si elles ne le« croyoientpas; mai» qu’elles étoient obligées d’en« avoir la créance humaine , qu’il exîgeoit par son« mandement. > Là-dessus il les quitta, en leur
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