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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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ABRÉGÉ DE L’HISTOIRE

disant qu’il leur accordoitun mois pour faire leursréflexions, et pour profiter des avis de deux sa-vants ecclésiastiques qu’il leur donnoit pour lesinstruire.

Ces deux ecclésiastiques éfoient M. Chamil-lard ies , vicaire de Saint-Nicolasdu-Cbardomiel,qu'il leur donna même pour être leur confesseur ,et le P. Esprit, prêtre de l’Oratoire 1SS . Il ne pou-voit guère choisir deux hommes moins propres àtravailler île concert dans cette affaire : car M. Eha-milfard, convaincu que le pape ne peut jamaiserrer, sur quelque matière que ce soit, éloit si at-taché à celte doctrine de l’infaillibilité, qu’il enfut même le martyr dix-huit ans après, ayant mieuxaimé se faire exiler que de consentir en Sorbonneà l’enregistrement des propositions de l’assembléede 1682 . Le P. Esprit éloit au contraire là-dessusdans les sentiments où a toujours été l'Eglise deFrance ; mais oemme c’étoit un bon homme, pleind’une extrême vénération pour ces filles, il eûtbien voulu qu’elles se fussent un peu accommodéesau temps, et qu’elles eussent signé par déFérencepour leur archevêque. Celle diversité de sentimentsétoit cause que ces deux messieurs se contrcdisoientassez souvent l’un l’autre en parlant aux religieu-ses. Enfin, après plusieurs conférences, ils se rédui-sirent à leur proposer de signer avec de certainesexpressions générales qui, sans blesser, disoient-ils, leur conscience , pourvoient contenter M. l’ar-chevêque et ôter à leurs ennemis tous moyens deleur nuire. Mais elles persistèrent toujours à ne vou-loir point t romper l’Eglise par des termes où il pour-voit y avoir de l’équivoque, et de quelque grandpéril qu’on les menaçât, elles ne purent jamais serésoudre à offrir autre chose à M. l’archevêqueque la môme signature à peu près qu’elles avoientofferte aux grands-vicaires du cardinal de Retz,c’est-à-dire un entier acquiescement sur le droit ;ctpour ce qui regardoit Je fait, un respect et unsilence convenable à leur ignorance cl à leur état.

L’archevêque, fort surpris de la fermeté de ecsfilles , vit bien qu’il s’étoic engagé dans une affaired'autant plus fâcheuse , que les monastères de re-ligieuses n'ayant point été compris dans la dernièredéclaration du roi sur le formulaire , il nV.toil pasen droit de les forcer à signer ; mais, excité par lesinstances continuelles du P. Annat, qui ne cessoitde lui reprocher sa trop grande indulgence, et d’ail-leurs justement rempli de la haute idée qu'il avoitde sa dignité, ÎJ crut qu’il y alloit de son honneurde n’avoir pas le démenti. Il résolut donc d’en ve-nir à tout ce que l'autorité peul avoir de plus ter-rible. 11 se rendit à Port-Royal 157 : cl ayant faitvenir à la grille toute la communauté , comme ilvit leur résolution à ne rieu changer à la signaturequ'elles lui avoient fait offrir, il ne garda plus au-cunes mesures ; il les traita de rebelles et d’opi-niâtres , et leur dit cette parole , qu’il a depuis ré-pétée en tant de rencontres : « Qu’à la vérité elles« étoîent pures comme des anges, mais qu’elles* étoîent orgueilleuses comme des démons: » etga colère s’échauffant à mesure qu’on lui alléguoitquelques raisons, H descendit jusqu’aux injures lesplus basses elles moins séantes à un archevêque ,et finit en leur défendant d’approcher des sacre-

ments : après quoi il sortit brusquement, pour n’ô-tre pas témoin de leurs larmes et de leurs gémis-sements, en leur faisant entendre qu’elles auroientbientôt de ses nouvelles.

IJ leur tint parole ; et huit jour» après 159 51 re-vint, accompagné du lieutenant civil, du pré-vôt de l’ile, du guet, de plusieurs’, tant exemptsque commissaires, et de plus de deux cents ar-chers, dont une partie investit la maison , et l’au-tre se rangea , le mousquet sur l'épaule , dans lacour. En cel équipage il se lit ouvrir la porte dumonastère , et alla droit au chapitre, oit il avoitfait venir toutes les religieuses. Là, après leur avoirtout de nouveau reproché leur désobéissance , iltira de sa poche et lut tout haut une liste de douzedes principales religieuses, au nombre desquellesétoit l’abbesse, qu’il avoit résolu de disperser endifférents monastères. Tl leur commanda de sortiesur-lc champ de leur monastère , et d’entrer dansles carrosses qui les attendoicn t pour les menerdans les couvents où elles dévoient être renfermées.Ces douze victimes obéirent sans qu’il leur échap-pât la moindre plainte, et firent seulement leursprotestations contre la violence qui les arraeboitde leur couvent ; et tout le reste de la communautélit les mêmes protestations. Il n’y a point de ter-mes qui puissent exprimer l’extrême douleur decelles qui demcuroîent : les unes se jetoient auxpieds de l’archevêque , les autres se jetoient au coude leurs mères, et toutes ensemble citoient M- l’ar-chevêquc au tribunal du souverain juge , puisquetous les autres tribunaux leur étoient fermés. Elless’attendrissoient surtout à la vue de la mère Agnèsde Saint-Paul, qu’on enlevoit ainsi à l'âge desoixante-treize ans, accablée d'infirmités, et quiavoit eu tout nouvellement trois attaques d’apo-plexie 15S . Tout ce qu’il y avoit là de gens quiétoient venus avec l’archevêque ne pouvoient eux-mêmes retenir leurs larmes. Mais Polqet, à monavis, le plus digne de compassion , éloit l’arche-vêque lui-même, qui , sans avoir aucun sujet demécontentement contre ces filles, et seulementpour contenter la passion d’autrui, faîsoît en cetteoccasion un personnage si peu honorable pour lui,et même si opposé à sa bonté naturelle.

Quelques uns de ses ceclésiastiques le sentirent ,et ne purent même s’en laireà dcsreîigieuscs qu’ilsvoyoient fondre en larmes auprès d’eux. Pour lui ,il éloit au milieu de celte troupe de religieuses enlarmes, comme un homme entièrement hors delui : il ne pouvoit se teoir en place, et se prome-noit a grands pas, caressant hors de propos les unes,rudoyant les autres sans sujet, et de la plus grandedouceur passant tout d’un coup au plus violentemportement. Au milieu de tout ce trouble, ilarriva une chose qui fit bien voir l’amour que cesfilles avoient pour la régularité. Elles entendirentsonnernone, et en un instant, comme si leur mai-son eût été dans le plus grand calme, elles dispa-rurent toutes du chapitre , et allèrent à l’église ,où elles prirent chacuue leur place , et chantèrentI’ofiiee à leur ordinaire.

Au sortir de none, elles furent fort surprises devoir entrer dans leur monastère six religieuses dela Visitation , que M. l’archevêquo avoil fait venir