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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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ABRÉGÉ DE L’HISTOIRE

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M. l'archevêque ; et dès l’après-dînée du jour dontnous parlons, il lit ûler le voile aux novices quirestoient dans la maison, et les fil meure à laporte. 11 destitua toutes les officières qui «voientété nommées par l'abbesse, et mit de son autorité,dans les charges , toutes celles qui avoient com-mencé à se laisser gagner par M. Chamillard, etlit encore enlever cinq ou six religieuses qu’ilcroyoît les plus capables de fortifier les autres.

De loutes les afflictions qu’eurent alors les reli-gieuses , il n’y en eut point qui leur causa un plusgrand déchirement de. cœur que celle de se voirabandonnées par cinq ou six de leurs sœurs , quicommencèrent, comme je viens de dire, à se sépa-rer du reste de la communauté , et à rompre, cetteheureuse union que Dieu y entrelenoil depuis tantd'années. Elles furent surtout étonnées au dernierpoint de la défection de la sœur Flaviu : cette fille,qui autrefois avoit été religieuse dans un autrecouvent, avoit désiré avec une extrême ardeurd’entrer à Port-Royal, et y avoit été reçue avecune fort grande charité. Comme elle étoît d’nnesprit fort insinuant, et qu’elle témoignoit un fort .grand zèle pour la régularité , elle avoit trouvémoyen de se rendre très considérable dans la mai-son ; il n’y en avoit point qui parût plus opposée àla signature, jusque là qu’elle ne pouvoil souffrirqu’on se soumit pour le droit, sans faire quelque res-triction qui marquât qu’on nevouloitpoint donneratteinte à la grâce efficace : là-dessus elle citoiilosécrits que nous avons dit que M. Pascal.avoit faitspour combattre le sentiment de M. Arnauld,etelle cil oit même de prétendues révélations, où elleassuroit que l’évêque d’Ypres lui étoît apparu.Ce zèle si immodéré , et ces révélations auxquelleson n’ajoutoit pas beaucoup de foi, commencèrentà ouvrir les yeux aux mères, qui, reconnoissantbeaucoup de légèreté daus cet esprit, l’éloignèrentpeu à peu de leur confiance. Ce fut pour elle uneinjure qui lui parut insupportable; et, voyantqu’elle n’avoit plus la même considération dans lamaison, elle songea à se rendre considérable àM. C.hamillarct. Non seulement elle prit le partide signer , mais elle se joignit même à ce docteuret à la mère Eugénie pour leur aider à persécuterses sœurs, dont elle se rendit l'accusatrice, don- •nant des mémoires contre elles, et leur repro-chant, entre autres, certaines dévotions qui étoienttrès innocentes dans le fond, et à la plupart des-quelles elle-même avoit donné lieu. Nous verronsdans la suite l’usage que les ennemis des religieusesvoulurent faire de ces mémoires, et la confusiondont ils furent couverts, aussi bien que la sœurFlavie 1ÛI .

Revenons maintenant aux religieuses qui a voientété enlevées. Dans le moment de l'enlèvement,M. d’Andilly, qui étoît dans l’église, s’approchade la mère Agnès, qui pouvoit à peine marcher,et lui fit ses adieux. Il vit aussi ses trois filles, lessœurs Angélique de Saint-Jean, Marie de Sainte-Thérèse, et Marie de Sainte-Claire, qui sortirentl’une après l’autre. Elles se jetèrent à scs pieds, etlui demandèrent sa bénédiction, qu’il leur donnaavec la teudresse d’un bon père et la constanced’un chrétien plein de foi. Il les aida à monter en

carrosse : l’archevêque voulut lui en faite un crimeauprès du roi, l’accusant d’avoir voulu exciter unesédition ; mais la reine-mère assura que M. d'An-di'ly n’en émit pas capable. En dispersant ainsices religieuses , il espéroil les affaiblir , en les te-nant dans une dure captivité , privées de tout con-seil et de toute communication.

Pendant qu’on totmucutoit ainsi le* religieusesde Port Royal de Paris pour la signature, cm futtrois mois entiers sans rien dire à celles des champs,quoiqu'elles eussent déclaré par divers actes qu’el-les étoient dans tes mêmes sentiments que leurssœurs, et qu’elles eussent même appelé commed’abus de tout le traitement qu’on, avoit fait à leur»mères. Quelques, personnes crurent que l’trche-vêque les ménageoit à cause du cardinal de Retz ,dont la nièce 1oS étoît supérieure de ce monastère •mais il y a plus d’apparence que, comme ellesn’avoicnl point eu de part aux procès verbaux, ceprélat, à qui tout le reste étoît indifférent, 11 e sepressoit pas de leur faire de la peine. A la fincependant il leur lit signifier nue sentence parlaquelle il les dèclaroit désobéissantes, et commetelles les privoit des sacrements et de toute voixactive et passive dans les élections 1<î . Sur cettesentence elles se. crureut obligées de lui présenterune requête , pour le supplier de vouloir leur ex-pliquer en quoi consisloil la désobéissance qu’illeur reprochoil, eL qu’il puuissoit si sévèrement ;car si, en exigeant la signature, il exigeoit lacréance intérieure du fait, elles le priment de sesouvenir qu’il leur avoit fait entendre lui-mêmequ’elles feroieul un fort grand crime de signer celait sans le croire ; et il èloil à souhaiter pour ellesque toute l’Eglise sût que la seule raison pourlaquelle on leur interdisoit les sacrements, c'étoitpour avoir obéi à leur archevêque, en ne voulantpas faire un mensonge. Si au contraire, nommeil l’avoit déclaré depuis peu à plusieurs personnes,et comme il l’avoit dit même expressément danssa lettre à l’évêque d’Angers, il ne demandoit,par la signature, que Je silence et le respect surle fait, elles étoient toutes prêtes de signer en cesens, pourvu qu’il eût la bonté de leur marquerqu’il n’avoit point d’autre intention que celle-là.

dette requête étoît fort embarrassante pourl’archevêque , qui dans le fond ne teuuit pastoujours un langage foit uniforme sur la signa-ture, disant aux uns qu’il en falloit croire la dé-cision du pape, et aux antres, qu’il savoit bienque l’Eglise n’avoil jamais exigé la décision desfaits non révélés. Il y eut même quelques mies desreligieuses de Paris qui ne s’engagèrent à signerque pareequ’il leur déclara qu’il leur pemieltoitde demeurer dans leur doute, et qu’il ne leurdemandoit leur souscription que comme une mar-que de la déférence et du respect qu’elles «voientpour l'autorité de leur supéiieur. L’archevêque,dans cet embarras, crut devoir prendre le partide ne point répondre à cette requête, et il fitsemblant qu’il ne l’avoit point reçue. Mais lesreligieuses des champs n’en demeurèrent pas là;et ne pouvant supporter, sans une extrême peine,d’être privées des sacrements, surtout à la fête deNoël qui étoit proche , elles lui écrivirent lettres