DE PORT-ROYAL.
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sur lettres, pour le conjurer de les mettre en étatde lui obéir. Enfin il leur écrivit: mais au lieu deleur donner l’explication qu’elles lui dcmandoienl,il se contmta de leur reprocher en termes géné-raux leur orgueil cl leur opiniâtreté, les traitantde demi-savantes qui «voient l’insolence de de-mander à leur archevêque des explications sur deschoses sifaciles à entendre , et qu’elles entendoientaussi bien que lui. Mais cetle réponse 11e le tirapoint encore d'affaire : elles lui présentèrent uneseconde requête plus pressante que la première,le conjurant, au nom de Jésus-Christ, do ne lespoint séparer des sacrements sans leur expliquerle crime pour lequel on les en sèparoit. Ces re-quêtes firent grand bruit ; et l’archevêque, qui vitque la requête et la demande des religieuses pa-roissoient raisonnables à tout te monde, conçutbien qu’il ne lui étoit plus permis de demeurerplus long-temps daus le silence. Il écrivit donc auxreligieuses qu’il étoit juste de les satisfaire sur lesdifficultés qu’elles lui proposoient, et qu’il y sa,tisferoit dès que les grandes affaires des religieusesde Paris lui en ilcnneroieni le loisir. Mais cet éclair-cissement ne yinl point, non plus que les réponsesqu’il avoit promis de faire à l’évêque d’Aleth et àd’autres prélals qui lui avoient écrit sur la mêmeaffaire ; et cependant les religieuses des champsdemeurèrent séparées des sacrements , aussi bienque leurs sœurs de Paris.
L’archevêque sentoit bien , par toutes les raisonsqu’on ohjecloit tous les jours contre son mande-ment, et par la nécessité où il étoit de se contre-dire lui même en mille rencontres, que Ja foi hu-maine n’ùtûil pas si claire qu’il s’éloit imaginé , etil eut le déplaisir de la voir en peu de temps aussidécriée que la foi divine de M. de Marca, son pré-décesseur. Pas lin évêque en France ne s’avisa dela demander , ou, pour mieux dire, il n’y avoitguère que le diocèse de Paris où l’on fût inquiètepour le formulaire. Le P. Anuat crut enfin quetout le tnal venoit de ce qu’on ne vouloit point re-connoître l'autorité des assemblées qui en avoientordonné la souscription , et jugea qu’il falloit s’a-dresser au pape pour lui demander qu’il confirmâtle formulaire, ou qu’il en fît un qui contînt lesmêmes choses.
Le roi fit donc prier le pape, par son ambassa-deur, qu’il lui plût d’envoyer un formulaire quicontînt le fait et le droit comme celui de l’assem-blée , et d’obliger tous les ecclésiastiques du royau-me , tant séculiers que réguliers, même les reli-gieuses et les maîtres d’école, de le signer, sousles peines que les canons ordonnent contre les hé-rétiques. Nous avons déjà dit que le pape n’avoitjamais approuvé (pie les évêques s’ingérassent designer des formules de foi , n’y d’en exiger lu sou-scription , et que dans tous les brefs qu’il avoitécrits aux assemblées du clergé , pour les louer dugrand xéle qu’elles apporloient à faire exécuter saconstitution et celle de son prédécesseur, il s’éloitbien gardé de leur dire un mut de leur formulaire.Ce fut donc pour lui un fort grand sujet de joieque, regardant comme inutile cet ouvrage quiavoit oeçupé tant d’assemblées, on eût enfin re-cours à l’autorité du saint-siège.
La cour de Borne ne pouvoît surtout se lasserd’admirer qu’après tout l’éclat qu’on venoit de faireen France contre l'infaillibilité du pape, mêmedans les choses de foi , après qu’un avoit fait enre-gistrer dans tous les parlements et dans toutes lesuniversités les articles de la Sorbonne sur celtematière, on en vînt à supplier le pape d’établircette même infaillibilité dans les faits non révélés,et d’obliger toute la France à reconnoître cettedoctrine , sous peine d’hérésie. Le pape envoya leformulaire tel qu’on le lui demandoit, c’est-à-diretout semblable à celui des évêques, excepté que,pour eu rendre ht signature plus authentique, ily ajouta un serment par lequel ceux qui signoientprenoient Dieu à témoin de la sincérité de leursouscription; et ce formulaire fut iuséré dans unbref que sa sainteté adressoit au roi.
Mais ce bref étant arrivé, on s’aperçut tout-à-coup qu’on n’en pouvoît faire aucun usage , àcause que le Parlement, où on von luit le faire en-registrer , ne reconuoît d’autre expédition de Romeque ce qu’on appelle des constitutions plombées. Ilfallut donc renvoyer le bref, et prier le pape dele changer en une bulle 164 . Le roi porta lui-mêmecette bulle au Parlement, et y joignit une décla-ration, la plus foudroyante que l’on pût faire,pour obliger tout le monde à la signature. Cettedéclaration enchérissoil beaucoup sur la bulle :on y défendoit toutes sortes d’pxplications et derestrictions, sous les mêmes peines qui étoientportées contre ceux qui refuseroient de souscrire.Tous les ecclésiastiques y étoient obligés par laprivation de leurs bénéfices , les évêques eux-mê-mes par la saisie de leur temporel; et persoiiuene pouvoît plus être reçu au sous-diaconat sansavoir signé.
Cependant toutes ces précautions n’empêchèrentpas qu’il n’y eûtbeaucoup de diversité dans la manière dont les évêques exigeoient les signaturesdans leurs diocèses : plusieurs d’entre eux reçu-rent les restrictions et les explications sur le fait,il y en eut un grand nombre qui déclarèrent debouche à leurs ecclésiastiques que , l’Église ne de-mandant sur les faits que le simple respect, onne s’obligeoit point à autre chose par les souscrip-tions. Il y en eut même qui insérèrent ces décla-rations dans les procès verbaux qui demeurèrentdans leurs greff es ; et enfin quatre évêques, les pluscélèbres qui fussent en France pour leur piété,je veux dire les évêques d’Aletb , de Beauvais,d’Angers et de Patninrs, firent ces déclarationspar des mandements qu’ils firent publier dansleurs diocèses. L'évêque de Noyon 1,15 fit aussi lamême chose. Nous verrons dans la suite l’effet queproduisirent ces mandements. L’archevêque deParis ne fut pas peu embarrassé sur la manièredont il tourneroit le sien : il n’avoit garde d’exigerla même créance sur le fait que sur le droit, aprèsavoir accusé d’extravagance et de malice ceux quiconfondoient ces deux choses; il n’osoil pas nonplus reparler de sa foi humaine , qu’il vovoit aban-donnée de tout le inonde. Voici l’expédient qu’ilprit pour essayer de sc tirer d’affaire : il distinguafc fait et le droit dans son ordonnance ; mais il seservit pour cela de termes si obscurs, qu’on ne sa-