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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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494 ABRÉGÉ I)É L’HISÎOIRE

■voit précisément ce qu’il detüandoil, disant qn’ilfalloit une soumission de foi divine pour les dog-mes ^ et quant au fait, une véritable soumissionpar laquelle on acquiesce 16S .

L'obscurité de cette ordonnance, et le germentdont j'ai parlé , rendirent aux religieuses de Port-Boval la signature de ce second formulaire bienplus difficile que celle du premier. Mais, avantque de passer plus loin , il est bon de dire ici enquel état étoient ces lilles quand la nouvelle bullearriva en France.

Nous avons vu que l'archevêque en avoit fait en-lever jusqu'au nombre de dix-huit, qu’il avoit dis-persées en différents couvents. L’abbesse 107 futconduite à Meaux par l'évèque de Meaux sonfrère , à qui on l’avoit confiée, et qui la mit dansle couvent de la Visitation qui est dans cette ville.La mère Agnès fut renfermée dans le couvent dela Visitation du faubourg Saint-Jacques, avec unede ses nièces qu’on voulut bien laisser auprèsd’elle pour la servir. Les autres furent séparées endifférents monastères, tant à Taris qu’à Saint-De-nys, et principalement dans les couvents d’LIrsu-lines , de Célestes ou Filles-Bleu es, et. de ]n Visi-tation. On les avoit voulu loger dan» d’autres mai-sons, entre autres chez les Carmélites ; mais commeon savoit l’intention de M. l’archevêque, qui étoitde tenir ces filles dans une très rude captivité, onavoit fait de grandes difficulté», dans la plupartde ces maisons , de les recevoir, et de contribueraux mauvais traitement» qu’on leur voulait faire.Il y eut, entre autres, une abbesse à qui on envoulut donner une; mais elle déclara, en la re-cevant, qu’elle prétendoit lui donner la même li-berté qu’elle auroit pu avoir à Port-Boyal, et latraiter comme une de ses lilles. Elle tint parole,et fit tant d’honneurs à cette religieuse, que l’ar-chevêque la lui ôta au bout de deux jours. On nepeut aussi s’empêcher de rendre justice à la mèrede La Fayette ' 6 supérieure de Chaillot. qui,ayant clé obligée de recevoir une de ces religieu-ses , la traita avec une charité extraordinaire toutle temps qu’elle fut clans son monastère. II n’en futpas de même des autres maisons où ces religieusesfurent enfermées , on peut voir dans la relation dela sœur Angélique Arnauld' 89 la manière dontelle fut traitée chez les Filles-Bleues de Paris. Laplupart des antres le furent à peu près de la mêmesorte.

La signature de ce second formulaire fu t même,à quelques unes qui a voient signé, une occasionde comprendre la faute qu’elles avoîent faite , etde la réparer. Ainsi, tout ce que fit l'archevêquepour engager ccs saintes lilles à signer son nouveaumandeme.it et le formulaire d’Alexandre VII futabsolument inutile.

Le très grand nombre, tant de celles qui frirentdispersées, que de celles qui demeurèrent dansleur monastère , se soutint au milieu de cette vio-lence et de cette séduction. La sagesse et le cou-rage que montrèrent ces religieuses est un miraclede Ja main du Tout-Puissant, qui a peu d’exemplesdan» l’histoire de l’Église. Elles avoient dressé di-verses relation» 170 de ce qui se passa dans cettepersécution ; on y voit les attaques qu’elles ont

eues à soutenir, les situations étranges où se senttrouvées celles qui étoient captives dans différentscouvents , les sentiments et les lumières par les-quelles Dieu les soutenoit dans leur affliction.C’ètoit par obéissance à leurs supérieures qu’ellesavoient dressé ces relations, qui contiennent uoportrait bien naturel de leur esprit et de leurcœur. On y trouve, avec une simplicité et unecandeur inimitables, une sublimité de vues , unegénérosité , une sagesse, une piété , une lumière,qui feroient presque douter que ce fût l’ouvragede ces filles, à ceux qui ne connoitroicnt pas l’espritde Port-Boyal, et qui ne feroient pas réflexion queDieu se plaît souvent à Taire éclater la force de sagrâce dans ce qu'il y a de plus foible.

Une société d'homme» superbes osoit disputerà Dieu sa toute-puissance sur les cœur»; il étoitdigue de Dieu d’en donner une preuve éclatante,en remplissant de simples filles, persuadées deleur néant, et qui aitendoicnt tout de la grâce,d’une sagesse et d’une magnanimité qui fait encorele sujet de l’admiration et de la confusion deshommes les plus forts et les plus éclairé». Ce quenous venons de dire 11e paraîtra pas exagéré àquiconque lira les relations de Port-Boyal, ou seu-lement celle de la mère Angélique de Saint-Jean,fille de M. d'Andilly.

Dieu soutenoit et conduisoil par lui-même cesadmirables vierges. Les grands hommes qui au-raient pu les éclairer cl les encourager étoienteux-mêmes obligé? de se caeher pour éviter lesviolences que l’on vouloit exercer contre eux.Ainsi ils ne pouvoient que rarement, et avec uneextrême difficulté, faire parvenir leurs avis jus-quesà ces religieuses; et ils ne le pouvoienten au-cune sorte à l’égard de celles qui étoient captivesen différents couvents. Dans le peu de commercequ’ils avoient avec les deux monastères de Part-Royal, ils étoient plus occupés à modérer leurcourage qu'à leur en inspirer. Ellesavoicnt en effetune peine infinie à entrer dans les condescen-dances et les tempérament» que ces théologienscroyoient permis. On peut voir dans l’Apologie dePort-Boyal quelle peine elles eurent de signer lepremier mandement des grands-vicaires du cardi-nal de Retz; tant elles craignoient tout ce quiseinbloit leur faire prendre quelque part à l’espècede conspiration formée contre la vérité.

Quelques unes cédèrent : on ne doit point enêtre surpris. Ce qui est étonnant, c’est qu’il y enait eu si peu qui aient succombé à une si terribletentation. Parmi quatre-vingts religieuses de chœurqui étoient dans les deux maison? quand la persé-cution commença , en 1661, il étoit difficile qu’ilne s’en trouvât pas quelqu’une , ou qui n’eût pasune vertu solide, ou qui ne l’eût pas à l’épreuved’une telle tempête. Dans la privation totale detout conseil, quelques unes des captive» se déter-minèrent à signer, pareequ’on s’étudia à em-brouiller cette affaire par des subtilité» qu’ellesne pouvoient démêler, et qui leur cachoient levéritable état des choses: l’archevêque même,pour les porter à la signature , leur déclarait ver-balement qu’il ne demandoil pas d’elles la créancedu fait. Mais quelque pardonnable que fût leur