Buch 
Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
Entstehung
JPEG-Download
 

DE PORT-ROYAL.

faute , elles en conçurent une vive douleur désquelles connurent létat dos choses , et que letrouble elles sétoient trouvées se fut dissipé. Ily en eut deux dans la maison de Paris , les sœursFlavie et Dorothée 171 , dont la chute lut bien plusfuneste, pareeque l'ambition en fut le principe.Elles signèrent le formulaire , et contribuèrent àséduire huit ou dix de leurs sœurs, qui étoient desesprits foibles, et dont il y en avoit deux dim-béciles. Elles agirent ensuite de concert avecH. larchevêque et les filles de lu Visitation , pourtourmenter celles qui derneuroient fidèles à leursdevoirs et à leur conscience. Cependant la causede ces saintes religieuses ou plutôt celle de lÉgliseétoit défendue par des écrits lumineux. M. Ar-nanbl, aidé de M. Nicole, entreprit de faire con-noître leur innocence: lApologie de Port Royal 173 ,les Imaginaires 173 , et tant dautres ouvrages so-lides et convaincants, manifesloient à toute laterre linjustice de cette persécution. Mais, commeon ne pouvoit montrer linnocence des religieusessans dévoiler la turpitude de leurs persécuteurs ,

495

ces mêmes écrits, qui justifioient les religieusesopprimées, inetloient en fureur leurs ennemis ,qui les persécutoient encore avec plus de chaleur.

Au reste , M. de Péréfixo lui-même faisoit leurapologie , en avouant quil navoitrien trouvé quede régulier et dédifiant dans la visite quil avoitfaite. II publioit souvent, dans le temps mêmequil les traitoit avec la plus grande rigueur , que« ces filles étoient pures comme des anges : » maisil ajouloit «quelles étoient orgueilleuses comme« des démons, a pareequil lui plaisoit de traiterd'orgueil insupportable le refus dobéir à un com-mandement quil nauroît pas leur faire, qui ,quand il anroit été juste, ncloit daucune utilité ,et auquel elles 11e pouvoient se soumettre sansblesser la sincérité. Dailleurs , il avouoit quellesnétoient attachées à aucune erreur, et se tron-voit quelquefois embarrassé quand elles le pres-soîent dexpliquer nettement ce quil leur deruati-doit : cest ce que nous avons vu en parlant desrequêtes que lui présentèrent les religieuses dumonastère des champs.

SUPPLEMENT

A LHISTOIRE DE PORT-ROYAL,

CONTENANT LE PRECIS DES EVENEMENTS QUI ONT SUIVI JUSQUA LA DESTRUCTIONDE CETTE ABBAYE EN I7I0 1U .

Au mois de juillet i665, les religieuses quiavoient été enlevées de la maison de Paris en aoûtet en novembre précédents sont amenées à Port-Royal-des-Cbamps. On renferme avec elles, dansle même monastère, celles de la maison de Parisqui avoient refusé de signer. Au moyen de cetteréunion , les religieuses se trouvent au nombre desoixante et onze religieuses de chœur et dix-septconverses. A lexil succède alors la captivité la plusdure. Lexempt Saint-Laurent, à la tête de quatregardes, sempare des clefs, même de celles de laclôture, et sétablit en garnison dans le couveul.On interdit aux religieuses toute communicationavec leurs parents et leurs amis, même par écrit;il est défendu aux ouvriers et aux domestiques deremettre des lettres, sous peine dêtre jugés pre-vôtalement à Saint-Germain , et pendus dans lesvingt-quatre heures.

A ce premier genre de persécutions lautoritéecclésiastique joint aussi les siennes. Les sacre-ments sont refusés même aux mourantes. Aprèsla mort , elles sont privées des prières et des bé-nédictions de lÉglise. O11 défend aux religieusesde psalmodier, de sonner leurs offices, de formerchoeur, etc. , sous peine dexcommunication. Cha-uiillard établit dans la maison, sous le titre de

confesseur et de chapelain , un nommé Du Sau-guet, qui sapplique à harceler la patience desreligieuses , et à les tourmenter par des contrarié-tés dans tous leurs exercices de piété.

Vainement voudrotent-elles invoquer les tribu-naux et y faire parvenir leurs réclamations : unarrêt du conseil, du 12 février 1GG6, défend àtous juges de connoître de leur cause. Tl leur estsignifié par un huissier, qui a ordre de ne recevoiraucune réponse.

Tant, de violence et dinjustice porte ccs mal-heureuses filles au dernier degré dexaltation.Opprimées par lautorité, persécutées par leurarchevêque, repoussées par tous les tribunaux,elles espèrent que le ciel va prendre leur défense.Le 3t juillet 16C6, elles rédigent un appel autribunal de Jésus-Christ. À celte époque il meurtune dentre elles , qui doit être enterrée , commetonies les réfractaires, sans messe, sans chant,sans prières, sans assistance de prêtres. On portoce corps au chapitre. les religieuses signenttontes une procuration à la dèfunlc , pour releverau tribunal de Jésus Christ lappel quelles y ontporté, et elles lensetelisseni après lui avoir placéco papier dans les mains 175 .

Taudis que ces choses se passoieut à Port-Royal-