DE PORT-ROYAL.
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que vous fissiez connoître scs sentiments là-dessus,si vous jugiez qu'il en fût besoin. Je lui dis enfinque vous aviez dessein de lui envoyer 31. Eustace,votre confesseur. Il me dit que cela doit inutile ;qu'il étoit persuadé de tout ce que je lui avois ditde votre part ; il ajouta encore une fois , en mequittant, que votre maison serait contente de lui. Jecrois en effet, nia très chère tante, que vous aveztout lieu d’être en repos. Je sais môme , par despersonnes qui commissent à fond ses sentiments ,qu’il est très résolu de vous vendre justice; maisres personnes vous conseillent de le laisser faire,eide ne point témoigner au publie une joie et unempressement qui ne serviraient qu’à le mettrehors d’état d'exécuter ses bonnes intentions Je saisqu’il n’est pas besoin de vous donner de tels avis ,et qu’ou peut s’en reposer sur votre extrême mo-dération. Mais on craint avec raison l’indiscrètejoie de quelques uns de vos amis et de vos amies ,à qui on ne peut trop recommander de garder unprofond silence sur toutes vos affaires. #
La roère Racine étoit abbesse élective et trien-nale de Port-Royal-des-Chauips, depuis six ans, aumois de février 169 G. Son temps étant terminé àcette époque, elle fut continuée : niais comme ilfalloit alors , dans l’absence d’un supérieur, quel-qu’un de la part de l'archevêque de Paris , pourprésider cette élection, on désira que ce fûtM. Royuette, l’un de ses grands-vicaires. Racinese chargea d’en parler à l'archevêque, qui agréaaussitôt la proposition. Ensuite il vit M- Royuette ,le 3o janvier de cette année 169 G, et écrivit aussi-tôt à l’abbesse sa tante le résultat de cet entretien.
« Je sors, dit il, de chez il. Royuette, avec quij’ai été près de deux heures. C’est une de mes plusanciennes connoissances, que j'ai vue dès 111 a jeu-nesse chez M. du (rué de Bagnols. Il m’a parléavec grand sentiment d’estime et de vénération devotre maison , et pour tontes les personnes dont lamémoire, y est chère. J’ai tout lieu de croire quevous serez aussi satisfaite de lui qu’il sera édifiéde toute la communauté. »
Ce grand vicaire se rendit . le 4 février suivant,à Port-Royal. On procéda à l’élection , où la mèreRacine fut nommée pour un troisième triennal.Elle écrivit ensuite à son neveu que toute la com-munauté et elle avoient été si édifiées et si satisfai-tes de M. Royuette , qu’après tout le bien qu’onleur en «voit dit, elles ne croyoient pas pouvoirfaire un meilleur choix pour remplacer leur supé-rieur ; qu’elles le prioient de s’employer auprès del’arclievêquc, qu’elles n’osoieut importuner d’unelettre pour l’obtenir:
Le mercredi i5 février, Racine lit la réponsesuivante.
« J’ai eu l’honneur de voir .VI. l’archevêque sa-medi tout au soir, ï 1 du courant. Il m’a paru trèscontent de ce qui s’étoît passé à l’élection , et destémoignages avantageux que M. le grand-vicairelui a rendus de la maison. TI me demanda si l’onétoit aussi content de M. le grand-vicaire qu’il i’é-
toit de vous. Je lui fis réponse qu’on ne pouvoitêtre plus édifié qu’on l avoit été de lui ; je le priaimême de lire la lettre que vous m’aviez écrite àsou sujet, et qu’il connoîlroit mieux par elle vossentiments que par tout ce que je pourrois luidire; qu'en un mot (ouïe la maison Je demandoitpour supérieur. 31. l’archevêque médit qu’il liroitvotre lettre et qu’il y feroil ses réflexions; il ne mevoulut pas dire positivement qu’il vous accordoitvotre demande, parctqn’il vouloir vraisemblable-ment en parler auparavant à M. Je grand-vicaire,lequel, de son côté, est venu rue chercher à Parispendant que j’étois à Versailles ; et ne m’ayant pastrouvé , il voulut voir ma femme, et lui parla detoute votre communauté arec les termes du mondeles plus remplis d’estime et de vénération. Vousdevez vous assurer qu’il a toute l'intention possiblede vous servir. Je ne doute pas qu'il ne consentetrès volontiers à être votre supérieur. Je n’ai en-core pu lui rendre sa visite, mais j’irai le chercherau plus tard apres-demaju. Je vous rendrai comptede toutes choses. »
Dès le dimanche suivant, 19 février, Racinemanda à sa tante :« J’ai vu 31. lloynette , il fait desvœux pour le rétablissement de la maison, et croitque le bien de l’Eglise voudroit qu’on y élevât lajeunesse comme autrefois ; il déplore la manièrepeu chrétienne dont elle est élevée dans la plupartdes maisous religieuses : il est cependant un peusensible à cette terreur universelle qui fait crain-dre de passer pour favorable à une maison qui ades ennemis si puissants. Je lui ai persuadé, au-tant que j’ai pu , qu’on pouvoit prendre des biaisqui le mcttroicnl à couvert de tout soupçon ; qu’ilpourroil être nommé par 31. l’archevêque, pour luirendre compte de l’état où se trouve la commu-nauté, et de ses besoins, en attendant que 31. l’ar-chevêque pût s’y transporter et en prendre con-uoissance par lui-même, ce qu’il ne pouvoit s’em-pêcher de faire , et ce qu’il fera infailliblement. »
Le temps étant enfin venu, Port-Royal-dcs-Champ» eut un supérieur , «a 31. Roynctlc agréacette place, vacante depuis dix-huit mois. On en futinformé à Port-Royal par la lettre suivante de Ra-cine, du 5 mars :
« Je ne doule pas que vous n’ayez déjà apprisqueM. l'archevêque vous a enfin donné le supé-rieur que vous lui avez demandé. Je lui avois faitprésenter, il y a cinq à six jours, par madame la du-chesse de Nouilles, sa belle-sœur, un mémoire quej’avois écrit à Marly, dans lequel je lui marquonsque la communauté persévéroit à lui demander31- Royuette pour supérieur, ou du moins qu’il luiordonnât d’en faire les fonctions, sans en avoir letitre, si I’oii jugeoit que ce titre pût lui faire tortdans l’esprit des gens prévenus contre votre mai-son; qu’il suffisoit que 31. Royuette fût chargé deprendre connoissance de vos besoins et de Pétaide votre communauté, pour en rendre compte à3!. l’archevêque, et que ce fût aussi par lui queM. l’archevêque yous fît connoïtre ses voloniés :qu’on ne prélendoil point exposer la santé de31. le grand-vicaire, en l’obligeant de faire de
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