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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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498 SUPPLÉMENT

fréquents voyages à Port-Royal; que ce seroit assezqu’il en fît un présentement pour prendre uneconnoissance exacte de la maison, ensuite de quoiil pourroit, s’il vouloit, n’y point aller qu’à la pre-mière élection, c’est-à-dire apparemment danstrois ans, si pourtant on pouroït supposer que cettepauTrejCommunauté, qui n’est plus, à proprementparler , qu’une infirmerie , dureroit encore troisannées. Yoilà à peu près ce que contenoit monmémoire; et j’ai mis ces dernières paroles, parce-que je savois de bonne part qu’on avoit oui dire àM. l'archevêque que ce seroit dommage de laisserpérir une maison oh la jeunesse ctoit autrefois sibien instruite dans les principes du christianisme.

M. Roynelte chargea avant-hier M. Vilbaut, l’undes secrétaires de l'archevêché, de me dire queM. l’archevêque l’avoit en effet pressé de consentir ià être votre supérieur, cl qu’après avoir représentéau prélat les raisons qu’il avoit de refuser cettecommission, fondées principalement sur son peude capacité, car c’est ainsi que son humilité lefait parler, et encore sur ses infirmités, voyant queM. l’arelievêaue persistoit à l’en presser , il l’avoitacceptée, et qu’il feroit de son mieux pour s enbien acquitter. Tl ne, reste donc plus qu’à prierDieu qu’il entretienne dans le cœur de ce nouveausupérieur les lions sentiments que je lui vois pourvotre maison. Ce qui est certain , c’est qu’il merevient de toutes parts qu’il est très sage, trèsdoux, pleiu de justice et de probité. »

Après avoir réussi dans les démarches qu’il avoitfaites pour obtenir aux religieuses de Port-Roy al lesupérieur qu’elles désiroient, Racine les défenditcontre les injustes réclamations des religieuses deParis. Celles-ci, peu satisfaites du partage fait en16G9, quoique tout entier à leur avantage, voulu-rent le faire annuler , et achever la ruine de Port-Royal-des-Champs; mais elles ne furent pointécoutées. On eut égard au mémoire suivant, faitpar Racine pour les religieuses des champs, qui,celte fois, l’emportèrent sur celles de Paris.

MÉMOI11E

POUR LES RELIGIEUSES DE PORT-ROYAL-DES-CHAMPS 116 .

« Le monastère de Port-Royal-des-Charops etcelui de Port-Royal de Paris 11e faisoient originai-rement qu’une seule communauté , dont tous lesrevenus et les intérêts éloient unis et confondus ,et qui étoit gouvernée par une même abbesse, la-quelle ètoit élective et triennale. Mais la divisions’y étant mise (en 1664) pour les raisons qui sontconnues de tout le monde, et la plus grande partiedes religieuses ayant été transférées et renferméesdans le Port-RoyaL-des-Champs, celles qui éloientrestées à Paris, quoiqu’elles ne fussent que sept duchœur et trois converses, élurent entre elles (le 16novembre i 665 ) une abbesse , nommée sœur Ma-rie-Dorothée ; et cette élection fut autorisée par

A L’HISTOIRE

IL de Péréfixe , alors archevêque de Paris, et parun arrêt du conseil (en 1666) qui débouta les re-ligieuses des champs des oppositions qu’elles cru-rent devoir faire à cette nouveauté. M. de Péré-fixe rendit même celles de Paris entièrementmaîtresses de tous les biens des deux monastères,à condition qu’elles donneroient vingt mille livrespar an pour la subsistance de ce grand nombre dereligieuses qu’il lenoit, comme nous l’avons dit,renfermées dans la maison des ebamps. Toutefoisles religieuses de Taris ne jouirent pas long-tempsde leur prétendu droit d’élection ; car le roi ayantcru devoir rentrer dans son droit de nomination àl’égard de leur maison , sœur .Marie-Dorothée luiremit entre les mains sa démission, au moyen dequoi elle fut continuée par la nomination de samajesté, qui obtint (iC68) des bulles du pape pourcette nouvelle abbesse. |

Enfin, les religieuses des champs ayant été com-prises dans la pais de l’Eglise, et rétablies dansleur liberté et dans leurs droits, sans que leurarchevêque leur demandât autre chose que enqu’elles lui avoient tant de fois offert, le roi , ju-geant à propos que les deux maisons demeurassentséparées comme elles étoient , ordonna qu’on fîtla distraction dos revenus qu’elles avoient possédésen commun , et nomma pour cela des commis-saires , du nombre desquels étoit M. Pussort, quifut chargé de faire son rapport au conseil de toutCe qui se passeront dans celle affaire.

Les revenus des deux monastères montoienialors à ? 9,5no liv. 177 , sur quoi il falloit déduire ienviron 7000 liv. qu’ils étoient chargés de payertous les ans.

Les religieuses de Paris n’étoient que dix, commenous avons dit, en comptant trois converses: etcelles des champs étoient an nombre de soixante-neuf professes du chœur, et de vingt-cinq ou trenteconverses, tant professes que postulantes. Cepen-dant on donna aux religieuses de Paris dix millelivres de rente, tant en fonds de terre qu’en renteset en pensions, c’est-à-dire plus du tiers des re-venus, sans compter tous les grands corps-de-logisbâtis dans le dehors de leur maison , et dont ellesfurent bientôt en état de tirer de grands loyers,par la mort ou par la retraite des personnes quiles avoient fait bâtir. On leur laissa aussi toute !l’argenterie do la sacristie, et elles retinrent plus ;des deux tiers des meubles, quoique l’arrêt departage ne leur en eût attribué que. le tiers. Les19,600 liv. restantes furent données aux religieusesdes champs , et les charges furent partagées à prn.portion des revenus.

L’arrêt portoit que, moyennant ce partage, lesdeux maisons demeureroienl à perpétuité divisées,séparées, indépendantes l’une de l’antre, sans ’qu’à l’avenir aucune pût rien prétendre sur ce quiseroit attribué à l’autre, sous quelque cause ouprétexte que ce fût; et cette danse fut insérée iprincipalement pour prévenir les justes plaintesque les religieuses des champs pourvoient fairecontre la lésion qu’elles souffroienl dans un par-tage si inégal. L’arrêt leur fut signifié (7 juin 1669)par ordre exprès du roi, et elles n’eurent d’autreparti à prendre que celui de la soumission et