5oo SUPPLÉMENT A L'HISTOIRE DE PORT-ROYAL.
la permission do procéder à l’élection d'une autreabbci-sc.
Enfin , on se prépare à porter les derniers coups.Le Port-Royal de Paris demande la révocation del’arrêt de partage de 1669, la suppression de l’ab-baye des champs, et la réunion de tous ses biensà la maison de Paris. Le conseiller d’étal Yoysinest commis par le roi pour prendre connoissanccde l'état temporel des deux maisons; mais la sépa-ration des deux abbayes avoit été faite avec le con-cours de la puissance ecclésiastique. On recourtdonc au pape; 011 sollicite une bulle, et on lasollicite de la part du roi. Elle est accordée le27 mars 1708.
Vainement les malheureuses victimes adressentleurs réclamations au cardinal de Nouilles, au car-dinal d’Estrées, au nonce, au pape, au roi , auParlement. Leur perte, jurée depuis soixanteans, est consommée le îb décembre 1708, parl'enregistrement des lettres-patentes rendues surla bulle qui autorisoit la suppression. En consé-quence le cardinal de Noailles fait procéder àl’enquête de. commodo et incommoda. Les témoinsentendus dans celle information sont les curés dequelques paroisses voisines, tout prêts à réglerleur témoignage sur les intentions de leur arche-vêque. Le décret de suppression de l’abbave dePort-Royal des-Champs et de réunion de ses biensà l’abbaye de Paris esL rendu le 11 juillet 1709.Les religieuses des champs appellent de ce décretà la primalic de Lyon; l'official refuse de rece-voir leur appel. Elles se pourvoient au Parlementpar appel comme d’abus de ce déni de justice.La cour craignit les suites du procès qui alloits’engager au Parlement sur net appel; elle eutrecours à des voies plus promptes et plus effi-caces.
Le samedi 26 octobre 1709, le conseil du roirend un arrêt qui ordonne la perquisition de tousles papiers qui se trouvent à Port-Royal, la saisieet transport de tout le mobilier, et enlin l’enlève-ment des religieuses et leur dispersion dans dilfé-rentes maisons hors du diocèse de Paris ; le tout,dit l’arrêt, pour des raisons mûrement délibérées,et pour le bien de l'état.
Le mardi suivant, 29 , Je lieutenant de police,d’Argenson , muni de cet arrêt, porteur de vingt-deux lettres de cachet, accompagné de deux com-missaires du châtelet et d’un greffier, escorté duprevut de la maréchaussée cl de trois cents ar-
chers , se transporte, à sept heures du matin , aucouvent de Port-Royal. Il investit la maison, s’em-pare des portes , consigne les domestiques , se faitd'abord remettre les titres et tous les papiers,pose des scellés partout, et quand cette premièrepartie de sa commission est remplie , il annonceaux religieuses les autres ordres dont il est chargé.Elles étoirnt en tout quinze religieuses de chœur,y compris la prieure 178 , et sept converses. Sansrésistance, sans protestations, sans murmures,toutes se résignent à leur Bort en récitant leuroffice accoutumé au milieu des archers qui lesconduisent. U y en avoit ijuelques unes si vieilleset si infirmes , qu’on 11e put les transporter quesur des litières. Elles lurent conduites chacunedans autant de maisons différentes , à Nevers, Au-lun , Moncénis , Rouen, Amiens, Compïègne,Blois, Chartres, etc., afin qu’il n’en restât pasdeux réunies pour se consoler ensemble.
Quand elles sont toutes en marche , d’Argensunenvoie un courrier à la cour pour annoncer lesuccès de son expédition.
Un mois après, l’abliesse de Port-Royal de Pa-ris 179 se r end au monastère des champs , accom-pagnée de ses gens d’affaires, et emmène avecelle plus de cent voitures chargées de meubles,effets , ornements d église, et provisions de toutessortes. Une partie fut vendue sur les lieux.
Mais les implacables persécuteurs de Port-Royaln’oublioient pas que, quarante ans auparavant,ils avoient vu cette maison presque anéantie, etque , peu de temps après , elle s’étoit relevée .plustriomphante. Pour ôter aux exilées et à leurs amistout espoir de retour, ils résolurent de faire dispa-roîlre les bâtiments ; c’est ce qui fut ordonné parun autre arrêt du conseil, du 22 janvier 1710,dont l’exécution fut prompte. Le vénérable mo-nastère fut démoli , ainsi que tous les édifices quiy avoient été successivement ajoutés. On venditles matériaux , et on tâcha d'effacer jusqu’aux ves-tiges des constructions.
Ce sol nu étoit encore une terre sacrée ; il ren-fcrmoil les dépouilles des Le Maistre , des Ar-natild , des Ptucine, et de tant d’illustres person-nages dont les malheurs de Purt-Koyal relevoientencore la mémoire. En 1711, on ouvrit les sépul-tures, on exhuma ces morts qui avoient vouluêtre éternellement réunis, et on les dispersa dansles églises de Paris et dans les cimetières des vil-lages voisins.