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FRAGMENTS
par Innocent I er à l'évêché de Toulouse. Sur quoiBaluze remarque que son Mécénasf car c’est ainsiqu’il appelle toujours Marca ) lit un mensonge dedessein forait pour chatouiller les oreilles du pape:car l’Exupère qui fut évêque de Toulouse n’étoitpoint l'Exupèrc qui exerça la magistrature en Es-pagne. Baluze rappGrle qu’avaut appris qu’un au-teur l’avoit accusé de s’être trompé sur ce faitd’histoire , il rioit de la simplicité de cet auteur,qui u’avoil pas pris garde qu’il s’agissoit d’avoirses huiles , et qu’il falloit tromper le pape , qui nelui étoit pas d’ailleurs fort favorable.
Le pape le soupçonnoit fort mal à propos d’êtrejanséniste, et ne lui envoyoit point ses bulles ; maisheureusement ce pape avant publié alors sa con-stitution contre Jansénius, et Marca l'ayant reçueavec grande joie , on lui envoya ses bulles.
En lG5G , il fut député à rassemblée du clergé,où il soutint si vigoureusement les intérêts du saint-siège , que le pape Alexandre Vil l’en remerciapar un bref. C’étoit lui qui écrivent toutes les let-tres du clergé au pape.
Comme il avoil lionle d’être si long-temps ab-sent de son diocèse , pour lever son scrupule on lefit ministre d'état. Durant les conférences de lapaix , il fut un des commissaires pour régler les li-mites des deux royaumes du ccîté des Pyrénées.Ses décisions furent suivies, c’est-à-dire que lescoudés de Roussillon , de Lonflans . le Capsir etle Val de-Quérol, avec nue grande partie de laCerdagno, demeurèrent à la France. Après la mortdu cardinal , le roi le mît de son conseil de con-science, avec l’arclievêquc d’Anrli ? 9 , l'évêque deRhodez sn , et le P. Ann;tt. Peu de temps après , ilfit uo traité de l’infaillibilité du pape , qui est sondernier ouvrage.
Le 25 février 1662 , laduebesse de Retz apportaan roi la démission du cardinal de Retz pour l’ar-chevêché de Paris , qu’il avoit signée à Commereyle i5 février. Le jour même le roi appela Marcadans son cabinet, lui dit qu’il le faisait archevê-que de Paris , et èniivîL lui même au pape pouravoir ses bulles. Marca tomba malade le 10 maisuivant. reçut le 12 juin des lettres de Rome quil’assuroient de sa translation à 1’aicbcvécbé de Pa-ris , en témoigna une grande joie ,et mourut le28 juillet 51 , laissant un fils qui avoit sa charge depremier président à l’abbaye de Saint-Albin d’An-gers. Marca mourut à soixante-deux ans, cl fut en-terré dans le chœur de Notre-Dame, au-dessousdu trône archiépiscopal.
FRA-PAOLO.
Dans le premier volume des Jlemorie recondite ,p. 434 , Siri charge Fra-Paolo de n’avoir pas étébon catholique. J'ai relu avec attention cet endroitde son histoire : sa narration m’a paru fort embar-rassée , et de tout ce qu’il dit, je ne vois pas qu’onpuisse tirer aucune démonstration contre la pu-reté de la foi de Fra-Paolo.
Il dit même deux choses qui semblent se con-tredire : l’une, que Fra-Paolo, dans le cœur, étoitluthérien; 1 autre, qu'il entretenoil commerce
avec des huguenots de France. Il avance le pre-mier fait sur un simple ouï*dire. II appuie le se-cond sur les dépêches de M. Brulart. ambassadeurde France à Venise , qui sont dans la bibliothèquedu roi. Les dépêches portent, dit Siri, que lenonce du pape en France ayant surpris desleltrcsde Fra-Paolo à des huguenots, forma le desseinde le déférer à l’inquisition de Venise, afin qu’onlui fît son procès, et en même temps de donneravis île la chose au sénat. afin que la républiqueconnût de quel théologien elle se servoit : car Fra-Paolo avoit la qualité de théologien de la républi-que. Mais le nonce ayant fait réflexion qu’étantministre du pape , le sénat n’auroit pas grandégard à son témoignage , il s’adressa à M. Brulart,pour le prier de se charger de la chose, et de seplaindre , tant au nom du roi son maître que pourl’intérêt de la religion , des cabales que Fra-Paolofaisoit avec les calvinistes de France. M. Brulart,cunnoîjsant à quel point la république étoit pré-venue pour Fra-Paolo , jugea à propos de ne pointintenter cette accusation , qui , au lieu de perdreFra-Paolo , ne serviront qu'à rendre sa personneet son mérite [dus recommandables en ce pays-là.Du reste . M. Brulart savoit, il y a long-temps ,ce prétendu commerce qui lui avoit été révélé enFrance par un lieutenant de Laval, nommé LaMotte. Siri ajoute que cet ambassadeur, en arri-vant à Venise, eut la curiosité de connoîlrc unhomme si fameux, et voulut lui rendre visite;maïs que Fra-Paolo, qui étoit devenu fort circon-spect, et se lenoit sur ses gardes, lit dire à l'am-bassadeur qu'étant théologien de la république , ilne lui étoit pas permis d’avoir commerce avec lesministres des princes sans permission de ses supé-rieurs, c’est-à-dire du sénat; que l’ambassadeursachant d’ailleurs que c’étoit un homme sans foi ,sans religion , sans conscience , et qui ne croyoitpas à l’immortalité de l’âme, ne se soucia pastrop de faire habitude avec lui : et que la chose endemeura là. Siri dit encore que l’ambassadeur avoitapporté à Fra-Paolo des lettres île M. de Thou etde M- l’Ki'hassier, avocat au parlement, commevoulant insinuer que c’éloicnl des calvinistes ; maisque Fra-Paolo, qui se croyoit épié, ne leur fit pointde réponse. Tout cela , ce me semble, ne prouvepas grand’chose contre Fra-Paolo» Il faudroil avoirrapporté quelques unes de ces lettres pour jugersi elles étaient hérétiques. Un homme peut écrireà des huguenots sans être huguonol lui-même:d'autant plus que Siri, comme j’ai déjà remarqué ,l’accuse d’avoir été de Ja confession d’Augsbourg.Siri a m-oit mieux fait, ou de bien prouver la chose,ou de ne pas noircir légèrement la mémoire d’unhomme qui vaut infiniment mieux que lui, et qui ,peut-être, avoil [dus de religion que Siri même.Je ne sais si ce n’est pas même faire quelque tortà la religion de dire qu’unhomme si généralementestimé n’a point eu de religion. Les impies peu-vent abuser de cel exemple.