Buch 
Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
Entstehung
JPEG-Download
 

520

FRAGMENTS

par Innocent I er à l'évêché de Toulouse. Sur quoiBaluze remarque que son Mécénasf car cest ainsiquil appelle toujours Marca ) lit un mensonge dedessein forait pour chatouiller les oreilles du pape:car lExupère qui fut évêque de Toulouse nétoitpoint l'Exupèrc qui exerça la magistrature en Es-pagne. Baluze rappGrle quavaut appris quun au-teur lavoit accusé de sêtre trompé sur ce faitdhistoire , il rioit de la simplicité de cet auteur,qui uavoil pas pris garde quil sagissoit davoirses huiles , et quil falloit tromper le pape , qui nelui étoit pas dailleurs fort favorable.

Le pape le soupçonnoit fort mal à propos dêtrejanséniste, et ne lui envoyoit point ses bulles ; maisheureusement ce pape avant publié alors sa con-stitution contre Jansénius, et Marca l'ayant reçueavec grande joie , on lui envoya ses bulles.

En lG5G , il fut député à rassemblée du clergé, il soutint si vigoureusement les intérêts du saint-siège , que le pape Alexandre Vil len remerciapar un bref. Cétoit lui qui écrivent toutes les let-tres du clergé au pape.

Comme il avoil lionle dêtre si long-temps ab-sent de son diocèse , pour lever son scrupule on lefit ministre d'état. Durant les conférences de lapaix , il fut un des commissaires pour régler les li-mites des deux royaumes du ccîté des Pyrénées.Ses décisions furent suivies, cest-à-dire que lescoudés de Roussillon , de Lonflans . le Capsir etle Val de-Quérol, avec nue grande partie de laCerdagno, demeurèrent à la France. Après la mortdu cardinal , le roi le mît de son conseil de con-science, avec larclievêquc dAnrli ? 9 , l'évêque deRhodez sn , et le P. Ann;tt. Peu de temps après , ilfit uo traité de linfaillibilité du pape , qui est sondernier ouvrage.

Le 25 février 1662 , laduebesse de Retz apportaan roi la démission du cardinal de Retz pour lar-chevêché de Paris , quil avoit signée à Commereyle i5 février. Le jour même le roi appela Marcadans son cabinet, lui dit quil le faisait archevê-que de Paris , et èniivîL lui même au pape pouravoir ses bulles. Marca tomba malade le 10 maisuivant. reçut le 12 juin des lettres de Rome quilassuroient de sa translation à 1aicbcvécbé de Pa-ris , en témoigna une grande joie ,et mourut le28 juillet 51 , laissant un fils qui avoit sa charge depremier président à labbaye de Saint-Albin dAn-gers. Marca mourut à soixante-deux ans, cl fut en-terré dans le chœur de Notre-Dame, au-dessousdu trône archiépiscopal.

FRA-PAOLO.

Dans le premier volume des Jlemorie recondite ,p. 434 , Siri charge Fra-Paolo de navoir pas étébon catholique. J'ai relu avec attention cet endroitde son histoire : sa narration ma paru fort embar-rassée , et de tout ce quil dit, je ne vois pas quonpuisse tirer aucune démonstration contre la pu-reté de la foi de Fra-Paolo.

Il dit même deux choses qui semblent se con-tredire : lune, que Fra-Paolo, dans le cœur, étoitluthérien; 1 autre, qu'il entretenoil commerce

avec des huguenots de France. Il avance le pre-mier fait sur un simple ouï*dire. II appuie le se-cond sur les dépêches de M. Brulart. ambassadeurde France à Venise , qui sont dans la bibliothèquedu roi. Les dépêches portent, dit Siri, que lenonce du pape en France ayant surpris desleltrcsde Fra-Paolo à des huguenots, forma le desseinde le déférer à linquisition de Venise, afin quonlui fît son procès, et en même temps de donneravis île la chose au sénat. afin que la républiqueconnût de quel théologien elle se servoit : car Fra-Paolo avoit la qualité de théologien de la républi-que. Mais le nonce ayant fait réflexion quétantministre du pape , le sénat nauroit pas grandégard à son témoignage , il sadressa à M. Brulart,pour le prier de se charger de la chose, et de seplaindre , tant au nom du roi son maître que pourlintérêt de la religion , des cabales que Fra-Paolofaisoit avec les calvinistes de France. M. Brulart,cunnoîjsant à quel point la république étoit pré-venue pour Fra-Paolo , jugea à propos de ne pointintenter cette accusation , qui , au lieu de perdreFra-Paolo , ne serviront qu'à rendre sa personneet son mérite [dus recommandables en ce pays-.Du reste . M. Brulart savoit, il y a long-temps ,ce prétendu commerce qui lui avoit été révélé enFrance par un lieutenant de Laval, nommé LaMotte. Siri ajoute que cet ambassadeur, en arri-vant à Venise, eut la curiosité de connoîlrc unhomme si fameux, et voulut lui rendre visite;maïs que Fra-Paolo, qui étoit devenu fort circon-spect, et se lenoit sur ses gardes, lit dire à l'am-bassadeur qu'étant théologien de la république , ilne lui étoit pas permis davoir commerce avec lesministres des princes sans permission de ses supé-rieurs, cest-à-dire du sénat; que lambassadeursachant dailleurs que cétoit un homme sans foi ,sans religion , sans conscience , et qui ne croyoitpas à limmortalité de lâme, ne se soucia pastrop de faire habitude avec lui : et que la chose endemeura. Siri dit encore que lambassadeur avoitapporté à Fra-Paolo des lettres île M. de Thou etde M- lKi'hassier, avocat au parlement, commevoulant insinuer que céloicnl des calvinistes ; maisque Fra-Paolo, qui se croyoit épié, ne leur fit pointde réponse. Tout cela , ce me semble, ne prouvepas grandchose contre Fra-Paolo» Il faudroil avoirrapporté quelques unes de ces lettres pour jugersi elles étaient hérétiques. Un homme peut écrireà des huguenots sans être huguonol lui-même:d'autant plus que Siri, comme jai déjà remarqué ,laccuse davoir été de Ja confession dAugsbourg.Siri a m-oit mieux fait, ou de bien prouver la chose,ou de ne pas noircir légèrement la mémoire dunhomme qui vaut infiniment mieux que lui, et qui ,peut-être, avoil [dus de religion que Siri même.Je ne sais si ce nest pas même faire quelque tortà la religion de dire quunhomme si généralementestimé na point eu de religion. Les impies peu-vent abuser de cel exemple.