HISTORIQUES. 5î5
ils flaltoient plus que jamais les Hollandois par-leur extrême soumission, .s’endettant exprès enverseux de grosses sommes, achetant cher toutes leschoses que les Hollandois leur vendoient, commeles viandes et l’enu-de vie. Enfin, ils firent si bien,qu’ils persuadèrent aux Hollandois de leur donnerdes armes, qu’ils achetoient bien cher, pour sedéfendre, disoient-ils, contre les Tapuyes et lesBrésiliens , qui les haïssoicnl naturellement, par-cequ’ils lesavoient autrefois truités avec beaucoupde durelé. Les Hollandois se laissent endormir parleurs belles paroles, et surtout par les artifices dece Viera , qui se renduit fort nécessaire à la com-pagnie par son intelligence dans le commerce etpar les grands services qu’il leur rendoit.
Enfin, toutes choses étant préparées, et les Por-tugais étant convenus du jour qu’ils dévoient faireéclater leur conspiration et assassiner les chefs duconseil, les Hollandois en eurent avis de plusieursi endroits, et envoyèrent des gardes pour arrêteri Viera, qui, s'étant sauvé dans les bois, amassa
i autour de lui grand nombre de Portugais , s’em-
para de quelques places qui n’étoient point en dé-fense. Les Hollandois, qui ne s’uttendoient point àcette révolte, et qui, au contraire, pour s'épargnerde la dépense, avoient renvoyé eu Hollande lameilleure partie de leurs garnisons, avec les ofïiciers et le comte de Nassau, se trouvèrent fort em-barrassé». Ils envoyèrent à la baie se plaindre auvice-roi de la révolte de ceux de sa nation. Levice-roi , feignant de la désapprouver, envoya ungrand vaisseau , chargé de douze cents hommesqui mirent pied à terre, et se joignirent aux révol-tés. Le fort Saint-Augustin leur fut rendu pour del’argent : ils prirent aussi Fernarnhouc , et il nerestoit presque plus que le Récif, qu’ils assiégèrent.Les Hollandois , qui n’avoient que peu de vivres,envoyèrent porter ces tristes nouvelles à La Haye ,et demander du secours.
Les États firent grand bruit, ne menaçant pasi moins que d’exterminer le roi de Portugal. Le pen-j pie de La Haye se voulut jeter sur l'ambassadeurj de ce prince , et le prince d’Orange eut beaucoupde peine à le sauver de leurs mains. Les ministresde France voulurent s’entremettre d’accommode-ment, disant que les Hollandois et les Portugaisne dévoient point rompre pour cela , mais imiterles François et les Anglois, qui ne laissoient pasd’être en bonne intelligence en Europe, quoiqu'ilsfussent presque toujours aux mains à Terre-Neuveen Amérique.
Les Hollandois envoient une flotte au Brésil, aucommencement de 164.6 , sous la conduite de Bau-cher , amiral de Zélande , qu’il» déclarèrent ami-ral des mers de Brésil et d’Angola. Cette flotte nefit pas grand’chose , quoiqu’elle fût de cinquante-deux vaisseaux. La plupart de ceux qui étoientdessus périrent de chaud et de maladie sous laligne, où ils furent retenus par un calme desix jours. Baucher, l’amiral, fut conlremandé ,peu de temps après son arrivée; ci les Etats ,voyant que la compagnie étoit désormais trop foi-ble pour soutenir celte grande guerre, entrepri-rent en même temps de la soutenir en leur nomet aux dépens du public.
Cependant l’ambassadeur de Portugal tâchoità La Haye , par ses négociations ,de les amuser, etd’empêcher qu’une nouvelle flotte ne mît à la voile.11 faisoit plusieurs offres, qui toutes furent refusées.
Celte guerre du Brésil fut une des principalesraisons qui déterminèrent les Etals à faire leurpaix avec l’Espagne. En effet, ils firent compren-dre , dans leur traité avec les Espagnols, toutesles places que les Porlugai» avoient prises sur euxdans le Brésil, parmi les places qui apparteuoientaux Etats.
La flotte partit; et les Hollandois assiégés danste Récif, pour faire diversion, envoyèrent le co-lonel Scop s’emparer de Taparica, île à trois lieuesde la haie. 11.s’y fortifia, et »’y défendit long-temps;mais enfin il fut obligé de l’abandonner , sur lafin de 164? ■ après y avoir perdu beaucoup demonde. La flotte portugaise arriva en ce mêmetemps à la baie. La flotte de Hollande, forte detrente-deux vaisseaux et de quatre mille soldats,arrive au Récif le 18 mars 1648. Après s’être ra-fraîchis un mois, les Hollandois se mettent encampagne, au nombre de six mille hommes. LesPortugais révoltés, commandés par Jean Viera etAndré Vidal, les attendent de pied ferme , quoi-qu’ils 11c fussent que deux mille hommes. Le com-bat se donne le 19 avril ; les Portugais gagnent labataille, avec un grand butin. Les Hollandois yperdent douze cents hommes; leur général Scop ,autrement dit Sigisrnond , y est blessé d’un coupde mousquet à la cuisse. Les Portugais continuentà les tenir enfermés dans le Récif, étant maîtresde tous les forts qui étoient au-dessus et au-des-sous. D'un autre côté, la flotte hollandoise, com-mandée par l’amiral WiltenSj tenoit la flotte por-tugaise enfermée dans le port de la baie; mais,vers le mois d’août, eetie flotte trouve moyen desortir à l'insu des Hollandois.
Sur la lin de la même année 1648 , les Portugaisreprennent Angola sur les Hollandois, le roi dePortugal feignant de désapprouver le gouverneurde la rivière de Janeiro , dans le Brésil, «jui a faitcette entreprise dans un temps où l’on négocioitun accommodement entre les deux nations pourles affaires du Brésil 1,0 : car quelques sujets deplaintes que les Hollandois eussent contre les Por-tugais, ils ne pouvoient pourtant se résoudre àune guerre ouverte, tant ils eraignoient de perdreles avantages que leur rapportoil leur commerceavec ce royaume. Surtout la province de Hollandeinsistoit à ne point rompre avec le Portugal, etne vouloit point qu’on exerçât d’hostilités dans lesports de ce royaume, mais seulement en pleinenier. Riais enfin , les affaires n’ayant pu s’accom-moder, et la trêve de dix ans expirant l’onzièmejuin l65i , l’ambassadeur de Portugal s’en re-tourne , et on se prépare à la guerre des deuxcôtés.
Néanmoins toute l’année i65a et celle de i653se passent sans aucune hostilité en) Europe, etsans aucune expédition considérable dans le Bré-sil. Enfin , au mois de janvier de 1OS4, FrançoisBerelto, qui conimaudoîl Je» Portugais révoltés deFernambouc, ayant reçu quelque petit renfort dela flotte de la compagnie de Lisbonne , qui vint