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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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PRECIS HISTORIQUE

DES CAMPAGNES DE LOUIS XIV,

DEPUIS 1672 JUSQU’EN 1678.

AVERTISSEMENT.

Dans l’intervalle de tranquillité qui suivit lapaix de Nimègue , Louis XIV agréa le projet d’unouvrage où les évènements mémorables de laguerre que cette paix avoit terminée dévoientêtre représentés dans une suite d’estampes dessi-nées et gravées par les premiers artistes. Ce livre ,destiné à être donné en présent à ceux à qui leroi jugerait à propos d’accorder cette faveur, de-voit commencer par un Précis historique des faitsainsi représentés. Celle dernière partie du travailfut confiée à Racine eL à Boileau , et la place d’bis,toriographes du roi, qui leur avoit été donnéedès 1677, ne permet toit pas qu'aucun autre qu’euxen fût chargé. Ce fut à cette occasion que Bacine,celui des deux qui tenoit ordinairement la plume,composa l’écrit suivant. Mais cet écrit eut unedestinée si singulière, que nous devons en rendrecompte.

La guerre , qui ne tarda pas à se rallumer, ar-rêta L’exécution de ce projet,. qui fut repris dansla suite d’une autre manière , et qui se terminapar le Recueil de médailles publié en 1702, danslequel les explications historiques furent aussi ,pour la plupart, rédigées par .Racine et Boileau,qui s’adjoignirent dans ce travail plusieurs deleurs confrères de l’académie des inscriptions.Quant au Précis historique de la guerre de 1672, ilresta dans les papiers de Racine jusqu’à sa mort,et ensuite il passa successivement dans les mainsde Boileau et dans celles de Valincour, avec tousles autres papiers relatifs à l'histoire du roi. Onsait quel fut le sort do ces papieis , et que touspérirent dans l’incendie de la maison de Valin-cour, à Saint-Cloud, en 1726. Les seuls qui pu-rent échapper au désastre furent ceux qui se trou-voient alors dans des mains tierces. Tel fut le Pré-cis historique que Valincour avoiL communiqué àl’abbé Valry, qui travailloit alors au Journal desSavants, et qui fut peu après principal au collègede Reims, et livré à d’autres études. Valincourmourut en 1730.

Cependant, cette même année 1700, le libraireMesnier fit imprimer ce Précis, sous le titre deCampagne de Louis XIV, par M. Polisson 1 , sansqu’aucune pièce préliminaire indiquât commentle manuscrit lui cioit parvenu, ni sur quel fonde-ment il faüribuoit à Pélisson , mort alors depuistrente-sept ans.

En 1741), l’abbé Lemascrier donna une éditionde Y Histoire de Louis XIF, par Pélisson, dans la-quelle il essaya de remplir lui même quelqueslacunes qui se trouvoient dans les premiers livres.Ensuite il donna, comme un dixième livre decette histoire , le Précis historique de la guerrede 1672, après avoir eu la précaution d’en re-• trancher les dernières pages , qui auraient apprisà quelle occasion cel ouvrage avoiL été originaire-ment composé.

Ce prétendu dixième livre cependant s’ajustoitmal avec le neuvième; car ce dernier n’a pas mêmeété terminé par Pélisson. Une partie des évène-ments de l’année 1670, tous ceux de l’année sui-vante, et notamment les importants traités quifurent alors conclus , ne s’v trouvent point racon-tés, en sorte qu’il existe un vide considérable entrel’ouvrage de Pélisson et celui qu’on donne commeen étant la suite.

La différence seule du style des deux auteursaurait dû prévenir ledileur contre une telle mé-prise. Quoique Pélisson soit sans doute un desmeilleurs écrivains du siècle de Louis XIV, ce-pendant il a des défauts qui lui sont particuliers;et ces défauts sont ceux doul Racine s’est le pluséloigné. L’abbé Lemascrier , très juste admirateurdu talent de son auteur, ne s'est pas néanmoinsdissimulé les reproches auxquels celui-ci étoitexposé. « On dira que ses termes pèchent dans« l’arrangement; qu’il y a des phrases longues,n des membres étrangers qui coupent le sens desn phrases et peinent l’altenlion du lecteur. »( Préface de l'éditeur, psg. 43.) Or, ce qu’onadmire principalement dans la prose de Bacinc ,c’est son élégante simplicité , l’arrangement le plusnaturel et le plus facile , le choix le plus heureuxdans le tour et dans l’expression, enfin un soinextrême à éviter les ornements étrangers , les ré-flexions hors de place, les longues périodes, cltout ce qui peut distraire ou fatiguer l’attention;qualités si précieuses dans un historien, et quiproduisent nécessairement une narration claire,rapide , animée et singulièrement entraînante.

Mais si ces caractères du style peuvent êtrematière à dispute . ce qui est certainement incon-testable , c’est qu’un travail dont la destinationest aussi clairement indiquée ne pouvoit être , àcetle époque , confié à Pélisson. On sait qu’il avoit