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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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HISTORIQUE.

pourtant la douleur de faire lui-même plusieursattaques inutiles, et de voir périr à ses veux sesmeilleures troupes.

Cependant l’hiver approchoit : Grave, dont taprise ri'avoit pas coûté au n>i un seul homme.,coûloit déjà douze mille hommes aux Ilollandois;et quoique leur canon eût presque. abattu toutesles maisonsde la ville, la plupart desdehorsétoientencore dans leur entier lorsque le gouverneur re-çut ordre de capituler. Le roi, touché de la va-leur de tant de braves soldats, et ayant appris quela maladie se mettait parmi eux, ne voulut pas les *exposer davantage pour une place qui lui étoit j

inutile. Le gouverneur lit sa capitulation à telle j

condition qu’il lui plut d’imposer aux assiégeants. !

Tandis que ceschosesse passoient dans les Pays-Bas , le vicomte de Turenne s'étoit avancé vers leRhin . où il faisait tête lui seul aux armées de l’em-pereur et des confédérés. II les cbassoit de tousleurs postes; il rompait toutes leurs mesures; il 1les avoit déjà mis en fuite à Ladembourg ; et de- ■puis que les habitants de Strasbourg leur eurentdonné passage sur leur pont, il avoit encore étéà Er.shoim, où il avoit défait leur avant-garde, etles «voit contraints de se retirer. Enfin leur armées'ctani grossie des troupes de l’elecleur de Bran-debourg et de celles des ducs de Zell, ce déluged’Àilemands se répandit de tous côtés dans làIlaute-AJsace, résolut d’y prendre ses quartierscl hiver, et de fondre à la première occasion dans

la Franche-Comté.

Le vicomte de Turenne, avec un petit nombrede troupes fatiguées, n’éloit pas en ctul de les ar- \rêler : mais dans ce leiups-là même il reçut undétachement que le roi avoit l'ail heureusementpartir de Flandre aussitôt après la levée du sièged’Oudenarde. Avec ce secours le vicomte de Tu-renue, malgré les rigueurs et les inromuioditésde la saison , fait une marche eflroyahleau traversdes montagnes des Vosges, et se présente toutd’uu coup à eux. Il renverse tout ce qui s offre hson passage , et leur enlève des régiments tout en-tiers. La terreur et la division se mettent dans leurarmée : vingt mille hommesen chassent cinquantemille ; toute celte multitude repasse le Rhin endésordre, et entraîne avec elle six mille hommesde renfort qu’elle rencontre, et qui, au lieu delui faire rebrousser chemin, deviennent eux-mê-tues les compagnons de sa fuite.

La fortune ne favorisoit pas moins les Françoissur la mer. La flotte des Hollandois , délivrée dela crainte des Anglois, et forte de plus de centvoiles, après avoir vainement couru le long descôtes de France, avoit tourné enfin ses projets ducôté de J’Amérique ; mais elle ne fut pas plus heu-reuse dans le Nouveau-Monde que dans l'ancien ;car, ayant assiégé In Martinique, elle fut con-trainte de lever honteusement le siège. Kilo revintde ce long voyage sans avoir fait autre chose quedonner des preuves de sa Jbiblesse, Il n’eu fut pasde même de l’aruiée natale de France sur la Mé-diterranée. Les Mcssinois, en Sicile, avoienl se-coué le joug d’Espagne: on les environna aussitôtde tous côtés : Messine fut bientôt alfamée ; ses mal-heureux habitants étaient déjà réduits à manger

des cuirs; enfin, résolus de périr plutôt que detomber sous le gouvernement tyrannique d’unenation qui ne pardonne jamais , ils arborèrentl’étendard de France, et implorèrent le secoursdu roi. Il y envoya quatre vaisseaux et six centshommes de gueVre , avec ordre de se saisir deschâteaux qui commandent la ville. Il s’assura ainsides Messînois, et en même temps lit partir le ducde Vivoune , général des galères. Ce général trou-vant la flotte espagnole à la vue de .Messine , l’atta-que, la met en fuite, et entre triomphant dansla ville. On ne sauroil coneevoir la joie de ce mi-sérable peuple, qui se voyait délivré dans le tempsqu’il n avoit plus que l’image des supplices et de larnuit devant les yeux. Ses exclamations, ses trans-ports , laisoieut assez voir qu’ils cioyoient devoirau roi quelque chose de plus que la vie.

Ainsi la victoire menoit les François comme parla main dans tous les pays des Espagnols, quiavoienl même de la peine à se défendre du côtéde la Catalogue , où ils avoient été repoussés plu-sieurs fois au-delà des Pyrénées. Toutefois ces or-gueilleux ennemis, voyant la France destituée duSecours de ses alliés, ne désespéroient pas encorede se racquilter de leurs perles. En eflel, les Sué-dois, qui éloient les seuls qui tenoient pour elle ,navoient pas eu des succès heureux contre l’élec-teur de Brandebourg. Les Espagnols firent doncde nouveaux efforts : ils altendoicnl à la prochainecampagne pour se venger de tous les affronts qu’ilsavoient reçus; mais à peine le printemps parut ,qu’ils se virent encore dépouillés d’une de leursmeilleures provinces par la prise de Limbourg :le roi , s'élatil emparé de Dînant et de Iluy 14 .emporta celle place avec sa promptitude ordinaireavant que les ennemis fussent en êtaL de s’opposerà ses desseins.

La fortune néanmoins sembla un peu balancerdu côté de l’Allemagne. Le vicomte de Turenne ,allant reconnoître une hauteur , sur le point dedonner bataille, est emporté d’un coup de canon.L’armée françoise étoit alors fort avancée dans lepays ennemi ; et toute l’Europe la crut perdue parla perle d'un chef de cette importance, qui étoitmort sans communiquer ses desseins. Les enne-mis s’atlendoicnt à l’exterminer tout entière, etne croyoient pas qu’un seul des François leur pûtéchapper. Toutefois le comte de. Lorges et le mar-quis de Vaubrun, lieutenants-généraux, qui enavoient plis la conduite , ne s’étonnèrent poiut. Iisrassurèrent les soldais, affligés de la mort de leurgénéral: mais, animés d’un juste désir de la venger,ils se rapprochent aussitôt du Rhin, cl se mettenten devoir de le repasser. Par là ils obligent les en-nemis à sortir de leur camp pour les charger dansleur retraite. Alors ils marchent à eux, et rom-pent leur artière-garde. L’armée françoise se re-lire en bon ordre , et rapporte en-deçà du RhinIps dépouilles et les drapeaux de ceux qui préten-daient lui en empêcher le passage. Peu de tempsaprès, le prince de Condé, par ordre du roi,partit de Flandre pour aller prendre le comman-dement de l'armée. La présence et la réputationde, ce prince achevèrent de rétablir toutes choses.Le comte de Monlécuculli. qui avoit passé le