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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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PRECIS

Bhm à Strasbourg, à la tête de trente mille hom-mes, sembla n’être entré eu Alsace que pour yfaire une montre inutile de son armée; cal', aprèsavoir tenté vainement le siège de deux villes 15 ,il se retira ; et les Allemands furent encore obli-gés, pour cet hiver, d’aller loger sur les terres deleurs alliés.

bien que la retraite des François ne fût pas unede le.urs moins vigoureuses actions , néanmoins ilss’étoienl retirés. et c'éloit assez pour enfler le cou-rage des ennemis qui «voient toujours fui devanteux. Les Espagnols en triomphoient dans leurs re-lations ; mais le roi abaissa bientôt cet orgueil parla prise de Fondé , qu’il emporia d’assaut au com-mencement de la campagne 16 . Le prince d’O-range , justement alarmé de cette conquête, s’a-vance à grandes journées pour secourir bouchait),qu’assiégeoit Je duc d’Orléans. Il campe sous lecanon de Valenciennes; mais le roi se met entrelui et le duc d’Orléans. Boucbain est pris sans quele prince d’Orange ose sortir de dessous les rem-parts qui le couvroient ; et il semble ne s’être ap-proché si près que pour être spectateur des ré-jouissances que fit l’armée du roi pour la prise decette place.

Voyons maintenant ce qui se passe sur la mer.Le duc de Vivonne avoit pris la forteresse d’A-gouste : c’est un des plus fameux ports de la Si-cile. Les Espagnols effrayés ont recours aux IIol-landois. Buyter reçoit ordre de passer le détroit.Quelle apparence que les François puissent tenirla mer devant les flottes d’Espagne et de Hollandejointes ensemble , et commandées par un capitainede cctLc réputation ? La fortune toutefois en dé-cida autrement. Duquesne, lieutenant généra! ,ayant deux fois rencontré les ennemi», eut toutesles deux fois l’avantage-, et Huyter, au second com-bat, reçut une blessure dont il mourut peu de joursaprès. C’éloit la plus grande perte qtle les Hollan-dais pussent faire. Aussi le duc de Vivoime, quiétoit alors dans Messine , crm qu’il se falloit bâterde profiler de cette morL, et du trouble qu’elleavoit sans doute jeté parmi les ennemis. Dès quul’armée eut pris un peu de repos, il se met enmer, et les va chercher , résolu de les combattrepartout où il pourra les trouver. Leur flotte étaità l'ancre devant Païenne. Les ennemis le reçoiventd’abord avec assez de résolution ; mais ils n’a voientpoint de chefs à oppo.-er au duc de Vivonne. LesFrançois les pressent de tous côtés ils les poursui-vent jusque dans le port : jamais on ne vil une dé-route et mi fracas si épouvantables, lu s vaisseaux,foudroyés par le canon , ou embrasés par les brû-lots, sautant en l'air avec toute leur charge et re-tombant sur la ville, écrasent et brûlent une grandepartie des maisons. Enfin le duc de Vivonne, aprèsavoir ainsi mis en cendres ou coulé à fond quatorzevaisseaux et six galères, tué près de cinq millehommes, entre autres Je vice-amiral d'Espagne,et mis le feu dans Palerme «retourna à Messine,d’où il envoya au roi les nouvelles de cette vieloire , la plus complète que les François rempor-tèrent jamais sur mer.

Cependant le prince d’Orange, las de n’être quele spectateur des victoires de ses ennemis , forma

enfin un desseiu qui deyoit faire oublier toutes sesdisgrâces. Maastricht étoitla place qui incotnrno-doit le plus les Ilollaudois, à cause des contribu-tions que sa garnison levoit jusqu’aux portes deNimcgue : il va l’assiéger, et, voyant l’armeefrançoise fort éloignée, il s’apprête à faire les der-niers efforts pour s’en emparer. Le roi apprit lanouvelle de ce siège à Saint-Germain : il songeaaussitôt à profiler de l’imprudence de ses ennemis ,et tandis qu’ils épuisoîent leurs armées autour deMaastricht, il donna ordre au maréchal d’H orniè-res d’aller as siéger Aire. Comme celle ville est unedes plus importantes places du Pays-bas, on crutd’abord que , désespérant en quelque sorte de sau-ver Maastricht, il vouloit contre-halancer sa perlepar la prise d’une ville non moins forte , et beau-coup plus à sa bienséance. Mais iL avoiL bien deplus grands desseins: et eonnoissant, comme ilfaisoit, l’état de ses places et la valeur de sestroupes, il ne douta point qu’après avoir pris Aire,son armée n'eût encore assez de temps pour allersecourir Maastricht. La chose réussit comme il sel’étoit imaginée contre toutes les apparences hu-maines , et la ville se rendit au cinquième jour detranchée ouverte 17 .

Aussitôt le maréchal de Schomberg eut ordre demarcher vers Maastricht. Les llollandois, contreleur ordinaire , y avoient fait des actions d’unefort grande valeur; le prince d’Orange y avoit étéblessé, et toutefois à peine éloieut-ils encore sous lacontrescarpe. Aussitôt que les premiers coureursfrançois parurent, les ennemis levéïenl le siège;ils se retirèrent en diligence , et ne songèrent qu’àsauvci le débris de leur armée , dont la fatigue,les maladies, et les sorties cou linuclles des assiégés,avoient emporté plus de la moitié. II semblrtil quela fortune de la France dût se borner là pour cetteannée : cependant quelques mois après le roi ap-prit que le maréchal de Vivonne avoit pris Taor-mine et la Sealette , et que toute la Sicile éloîtdisposée à suivre l’exemple de Messine.

Limais les François n’avoient peut-être fait unecampagne qui leur fût ni plus glorieuse ni plusutile. Néanmoins la prise de Philisbourg, qui,après trios mois de siège, fut obligée de se rendre,et les avantage» que le prince de Lunebourg avoitremportés Tannée précédente dans l’évèché deTrêves, avoient persuadé aux ennemis que lesFrançois pouvoient être quelquefois vaincus. Ilscroyoient qu’il en seioit do la fortune du roicomme de toutes les autres choses du monde, qui,étant parveuues a un certain point, ne sauroienîplus croître. En effet, après tout ce que ce princeavoit fait en Hollande, en Flandre, en Bourgogneet en Allemagne , il n’y avoit pas d’apparence quesa gloire pût augmenter. Elle augmenta pourtant:toutes ces conquêtes et tant de victoires qu’il aremportées n’ont été ensemble qu’un achemine-ment aux grandes choses qu’il fit l'année suivante ;car bien que les villes qu’il avoit prises fussent desplaces d’une grande réputation,il y en avoit pour-tant de plus fortes , et sur lesquelles les Espagnolsfaisoienl un plus grand fondement.

Valenciennes étoit de çe nombre. Elle est richeet fort peuplée : ses habitants s’étoient rendus cé-