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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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HISTORIQUE.

Jcbres parla Laine qu’ils onl toujours eue pour lesl'Vançois ; et ses fortifications passoient dans l’opi-nion du monde pour une merveille. Le roi, qui,fiés le commencement de la guerre, méditoit deles assiéger , s’étoit saisi des Tilles voisines, et avoi tordonné de grands magasins : si Lien que dès lafin de l'IÛTer , et même avant qu’il y eût du four-rage à la campagne, il fut en état d'agir, et y allamettre le siège 1 \ Tl y avoil dans la place une trèsforte garnison : la noblesse voisine s‘y étoit jetée;et les habitants, pleins de leur ancienne animosité,présuiuoient qu’eux seuls, sans autre secours,[louvoient la défendre. Il n’y avoit point de bra-vades qu’ils ne fissent d’abord : ils donnoient le balsur leurs remparts ; ils disoient que leur ville étoitle fatal écueil où la fortune, des l-’rançois vennittoujours échouer ; et, fiers de leur avoir autrefoisfait lever le siège . ils leur demandoient s’ils vc-noîenl autour de Valenciennes chercher les os deleurs pères. Cependant les François avauçoientleurs travaux.

Valenciennes, du côté que le roi la fit attaquer,étoit défendue par un grand nombre de dehors,qu'il falioit forcer pied à pied, et qui, selon toutesles règles de la guerre, ne poil voient être emportéssans qu’il en coûtât plusieurs milliers d'hommes.Il falioit, entre autres choses, franchir quatregrands fossés, dont il y en avoit deux que la ri.viere de l’Escaut formoit, cl où elle couloit avecbeaucoup de rapidité. Le roi, après avoir faitbattre par le canon les premiers dehors, ordonnaqu’on lit l’attaque. Aussitôt les mousquetaires, ac-compagnés' des grenadiers, et les autres troupescommandées , partent de leurs pestes dillérentsavec une égale hardiesse : ils se rendent maîtresde la contrescarpe: ils entrent dans un ouvragecouronné qui faisoit la plus forte défense de laplace, et passent au fil de l'épée huit cents hom-mes , de deux mille qui éloirnt dans cet ouvrage.Le reste des ennemis , se voyant attaqué par lefront et par les flancs, ne songent plus qu’à sesauver : ils se pressent, ils se poussent ; une partietombe dans le fossé, l’autre se relire de-fortifica-tion en fortification. Ils étoient suivis de si près ,qu’ils n’eurent pas le lemps de lever les pouls quicommuniquoicnt avec, la ville, ni môme de fermerles portes qui étoient dans leur chemin. Une deces portes se trouva extrêmement basse et à demibouchée de corps morts des ennemis : les Françoismarchent sur ces corps sanglants , et [tassent pôle*mêle avec les fuyards, et, sans s’amuser à se cou-vrir ni à se loger, les poursuivent jusqu’au corpsde la place.

C’est là qu’ils font ce qu’on n’a jamais lu quedans les romans et dans les histoires inventées àplaisir. Ils trouvent un petit degré presque dansl’épaisseur du mur : ce degré conduisoit sur lerempart ; ils montent un à un ; les voilà sur lamuraille. À peine ils y soot, que les uns sc sai-sissent du canon et le tournent contre la ville, lesautres descendent dans la me, s’y barricadent, etrompent les portes de la ville à coups de hache.Tout cela se fit avec tant de vitesse, que les bour-geois les prirent d’abord pour les soldats de lagarnison. Leroi, qui les suivoit de près pour

donner ses ordres à mesure qu’ils avançoient, ap-prit que scs troupes étoient dans Valenciennes. Lapremière chose qu’il fit, ce fut d’envoyer défen-dre le pillage, qui étoit déjà commencé et quicessa aussitôt. Ce n’est pas sans doute une chosepeu étonnante, qu’une des plus fortes villes deFlandre ait été ainsi emportée d’assaut en moinsd’une demi-heure : mais ce n’est pas un moindremiracle qu’elle ait pu être sauvée du pillage , etque l’ordre du roi ait pu être sitôt écouté par dessoldats acharnés au meurtre , au milieu du bruitet des fureurs de la victoire. On peut dire quejamais troupes n’mit donné une plus grande preuved’obéissance et de discipline.

Tl y avoit dans la ville, outre les bourgeois quiétoient en armes, cinq mille hommes d’infanterieet douze cents chevaux, qui furent trop heureuxde se rendre à discrétion. Le roi, par le droit dela guerre, pouvoit traiter les habitants avec lesdernières rigueurs, et jamais peuple n’avoit mieuxmérité de servir d’exemple : mais ce n’ètoit pascontre des malheureux , et des malheureux sou-mis , que le roi exerçoit sa vengeance ; il les traitaavec les mêmes douceurs que s’ils eussent fait debonne heure leur composition, et leur conservapresque tous leurs privilèges.

Mais, sans faire de séjour dans cette ville, ilmarche aussitôt, cl se prépare à de nouvelles con-quêtes. Cambrai et Saint-Omer étoient les deuxplus forts boulevards que les Espagnols eussent enFlandre. Ces villes, situées toutes deux sur lesfrontières de la Frauce, lui servoient comme defraise , et lui faisnient la loi au milieu de sestriomphes : Cambrai surtout s’étoit rendu redou-table. Les rois d’Espagne eslimoienl plus cetteplace seule que tout le reste de la Flandre ensem-ble. Elle étoit fameuse par le uotnbre des affrontsqu’elle avoit fait souffrir aux François, qui l’a-voient plus d’une fuis attaquée , et qui avoienttoujours été obligés de lever le siège. Elle faisoitcontribuer presque toute la Picardie; et sa gar-nison avoit autrefois fait des courses, et porté leravage et la flamme, jusque dans l’Ile-de-France,cl dans les lieux voisins de Taris. Ainsi, pendantque le roi étendoit ses conquêtes au-delà duRhin , une ville ennemie levoit des tributs dansson royaume, et le bravoit pour ainsi dire auxportes de sa capitale. 11 vouluL donc pour jamaisassurer le repos de ses frontières, et assiégea enpersonne celle place avec la moitié de son armée,tandis que le duc d’Orléans, avec l’autre , allainvestir Saint-Omer. Ces deux sièges si difficiles ,entrepris en même temps . étonnèrent tout leinonde. On jugea que les Espagnols feroient lesderniers efforts pour sauver deux villes dont laperte alloit apparemment entraîner tout le restedu Pays-Bas. Cambrai toutefois ne fit pas une ré-sistance digne de sa réputation. Le gouverneur,quoique très brave, ne voulut point perdre sestroupes en s’opiniâtrant à défendre plus long-temps Ja ville où il craignoit la révolte des habi-tants, que l’exemple de Valenciennes faisoit trem-bler. Il se retira dans la citadelle; mais, avantde s’y renfermer, il fil mettre à pied la plupartde sa cavalerie et fit tuer les chevaux-, il exigea