Buch 
Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
Entstehung
JPEG-Download
 

536

PRÉCIS

de ses soldats de nouveaux serments de fidélité,et donna enfin toutes les marques d’un hommequi, par une défense extraordinaire, Touloit réta-blir l’honneur de sa nation.

Saint-Omer, de son côté , se défendoil coura-geusement , et le prince d’Orange, qui avoit so-lennellement promis aux Espagnols d'en faire le-ver le siège , eut le temps de s’avancer. Le roi,informé de sa marche , envoya ordre au ducd’Oiléans d’aller au-devant des ennemis, et des’emparer des postes qu’il croyoit les plus avan-tageux pour les combattre; oa môme temps il fitun grand détachement de son armée pour renfor-cer colle de ce prince. Le duc d’Orléans, suivantcet ordre, s’avança vers le Mout-Cassel. A peiney étoit-il campé qu’il vit paroitre les ennemis.Comme il avoit laissé une partie de ses troupesdevant Saint-Omer , il fut d’abord un peu incer-tain du parti qu’il devoit prendre , ne se croyantpas en étal, avec si peu de forces, de donnerbataille ; mais le roi avoit pris ses mesures si jus-tes. que dans cet instant même Je renfort qu’illui envoyoit arriva. Alors iL ne balança plus, et,plein de joie et de confiance , il résolut de com-battre.

Les deux armées n’étoiçnt séparées que par unpetit ruisseau. Le lendemain 19 , dès le point dujour, le duc d'Orléans mit son armée en bataille;et voyant que les ennemis commençaient à faireun mouvement, il passa le ruisseau, et marcha àeux. Leur armée éloil nu moins de trente millehommes : ils soutinrent le premier choc des Fran-çois avec une fort grande vigueur, et renversèrentmême plusieurs de leurs escadrons. La \icloirefut plus de de-ux heures en balance : mais la présence du duc d’Orléans, qui fit ce jour-là partoutl’office de soldat et de capitaine , força la fortuneà se déclarer de son parti. Alors les François,irrités d’une si longue résistance., firent un grandmassacre des ennemis. La déroute fut générale,et il y demeura de leur côte plus de six millehommes sur la place : leur canon fut pris, et toutleur bagage entièrement pillé. Aussitôt le ducd’Orlcans retourna devant Saint-Omer, et eutsoin de faire savoir aux assiégés le succès de labataille.

Cependant le roi, quoique avec un petit nombred’hommes, pressoit fortement la citadelle de Cam-brai ; el, malgré les sorties continuelles des assié-gés , qui étoient an nombre de quatre mille, ilavoit emporté tous les dehors, s’étoit approché ducorps de la place , où il avoit fait attacher les mi-neurs. Les assiégés neanmoins refusoient encoredose rendre; mais la mine ayant fait un»; brcche,et le canon d’un autre côté ayant ruiné un bastiontout entier, ils demandèrent à capituler, el n’osè-rent s’exposer au hasard d’un assaut. Quoiqu’ilseussent attendu cette extrémité, le roi ne laissapas de leur accorder une composition honorable,et le gouverneur eut la triste consolation de sortirde sa citadelle par la brèche ï0 . Saint-Omer, privéde tonte espérance de secours , ne tarda guère àsuivre l’exemple de Cambrai 2 '. Ainsi le roi ré-duisit, en six semaines , trois places qui avoientété long-temps la terreur et le ilèau de ses fron-

tières, et dont la moindre n’auroît paS paru tropachetée par un siège de six semaines et par lestravaux de toute une campagne.

Toutefois les ennemis trouvoient encore desraisons pour excuser leurs disgrâces. Ils publiè-rent que la prise de ces trois villes n’étoit pas.tant un effet de la valeur des François, que de laprévoyance du roi, qui, en faisant de. bonne heuredes magasins, prévenoit toujours ses ennemis:que les choses changcroienl bientôt de face, etque la fin de la campagne seroil pour eux aussifavorable que le commencement avoit été mal-heureux.

Déjà le prince Charles de Lorraine étoit sur lesbords du Rhin avec vingt-quatre mille hommes:fier de se voir à la tête de toutes ces forces del’Empire, plus fier encore de l’espérance d’êtredans peu beau-frère de l'empereur, il triomphoiten idée des plus fortes places de la Lorraine et dela Champagne , où il avoit résolu de prendre scsquartiers d'hiver, et où il sc tenoit si assuré de lavictoire , qu’il avoit l'ait mettre sur ses drapeaux :Ou maintenant , ou jamais. Il passe la Sarre, il en-tre dans lu Lorraine, et vient se camper fort prèsde l’armée de France, commandée par le maré-chal de Créqui. Les François, quoique beaucoupinférieurs eu nombre, bruloient «le combattre;ruais le roi ne voulut point faire dépendre de l’in-certitude d’une bataille une victoire qu’il pouvoitremporter sans combat : il commanda au maréchalde Créqui de les fatiguer le plus qu’il pourroit, elde ne combattre qu’avec avantage.

Cependant le prince d’Orange rassemkloit uneautre armée beaucoup plus nombreuse que tapremière; et. l’ayant grossie des troupes desprinces de la Basse-Allemagne , ilformuit, à sonordinaire, de grands desseins. Enfin , après avoirlong-temps consulté, avec le gouverneur des Pays-Bas , quelle place seroit le plus à leur bienséance,il vint, avec soixante mille hommes, tenter uneseconde fois la fortune devant Charleroi. On crutqu'il ne retournerait pas devant cette place sansavo>r bien pris scs mesures pour n’y pas recevoirun second allVont. Déjà les lignes de circonvalla-tion étoient achevées; déjà le prince Charles,qui In devoit joindre avec toutes ses troupes* étoitsur le bord de la Meuse : le duc de Luxembourgeut ordre de s’avancer vers la place. On sc croyoitde part et d’antre à la veille de quelque grandévènement : plusieurs braves volontaires sïtoienlrendus en diligence dans l’armée de ce général,où ils étoient accourus comme à une occasion in-faillible de se signaler. Le prince d’Orange et legouverneur des Pays-Ras avoient fait une bonneprovision de poudre, de bombes , de grenades elde tout ce qui est nécessaire pour un siège : maisils trouvèrent tout à-coup que le pain leur man-quoit; c’étoit la seule provision à laquelle ils n’a-voient pas songé. Le duc de Luxembourg s’étoitplacé entre eux et Bruxelles ; et le mar échal d’Ilu-mières, de l’autre côté , leur femioit le cheminde Mons et de Namur, et de leurs autres places ;de sorte que , voyant leur armés en danger demourir de faim , ils décampèrent au grand éton-nement de tout le monde, et après avoir tourné