RELATION
5 4.2
qui en est comme le chef et le premier mobile ; etlui-même ne manquoit pus de le? flatter par truitesles illusions dont il les croyoit capables de se lais-ser prévenir. Il leur avoit fait espérer d’abord quele premier elFel de son établissement sur le trôned’Angleterre seroit l’abaissement de la France; ils’etoit depuis excusé du peu de secours qu’ilsavoient reçu de lui, sur la nécessité où il s’étoitvu d’employer à la réduction de l’Irlande la meil-leure partie de ses forces. Mais enfin , se -voyantpaisible possesseur des trois royaumes, et en étatde se donner tout entier à la cause commune, ilavoit marqué l’année 1692 comme Tannée fataleà la France, et où les révolutions si long-tempsattendues dévoient arriver. Pour joindre l’exécu-tion aux promesses, il employoil aux grands ap-prêts de la campagne prochaine les sommes exces-sives qu'il liroit des Anglois et dis Boîlandois; et,à son exemple, scs alliés faisoient aussi tous lesefforts possibles pour profiler d’une si favorableconjoncture.
Le roi, vers la fin de l’année 1691, instruit deleurs préparatifs, jugea qu’il falloit non seulementopposer la force à la force, pour parer les coupsdont ils le menaçoient, mais qu’il falloit mêmeleur en porter auxquels ils ne s’attendissent pas, etles forcer, par quelque entreprise éclatante , ou àfaire la paix, ou à ne pouvoir faire la guerre qu’a-vec d’extrêmes difficultés. Tl étoit exactement in-formé dn l’état de leurs forces, tant de terre quede mer. 11 n'ignoroit pas que le prince d'Orange,dans les Pays-Bas, pouvoit, avec ses troupes elavec celles de ses alliés, mettre ensemble jusqu’àsix vingt mille hommes : mais, connaissant ses pro-pres forces , il crut que ce nombre, quelque grandqu’il fût, ne seroit pas capable d'arrêter scs pro-grès ; et, résolu d’ailleurs de combattre scs ennemis s'ils se preseutoieni, il ne douta point de lesvaincre.
Il ne crut pas même devoir se borner à unemédiocre conquête ; et JVamur étant la plus im-portante place qui leur restât, et celle dont laprise pouvoit le plus contribuer à les alfoiblir età rehausser la réputation de ses armes, il résolutd’en former le siège.
Narnur, capitale de l’une des dix.scpt provincesdes Pays-Bas, à laquelle elle a donné le nom, avoitété regardée de tout temps par nos ennemis commele plus fort rempart, non seulement du Brabant,mais encore du pays de Liège, des Provinces-Urnes,et d’une partie de la Basse-Allemagne. En effet,outre qu’elle assuroil la communication de toutesces provinces, 00 prut dire que, par sa situationau confinent de la Sambre et de la Meuse , qui larend maîtresse de ces deux rivière», elle étoit éga-lement bien placée , et pour arrêter les entreprise»que ia France pourroit faire contre les pays queje viens de nommer, et pour faciliter celle? qu'onpourroit faire coutre la France même. Ajoutez àces avantages l’assiette merveilleuse de son châ-teau , escarpé et fortifié de toutes parts , et estiméimprenable , mais surtout la disposition du pays,aussi inaccessible à ceux qui voudraient attaquerla place, que favorable pour les secours ; et enfinle grand nombre de toutes sortes de provisions que
les confédérés y avoient jetées, et qu’ils avoientdessein d’y jeter encore pour la subsistance deleurs armées.
Le roi, après avoir examiné foutes les difficultésqui se présentoient dans cette entreprise, donnases ordres , tant pour établir de grands magasinsde vivres et de munitions le long de la Meuse etdans ses places frontières des Pays-Bas , que pourfaire hiverner commodément, dans les provincesvoisines, de grands corps de troupes, sous pré-texte d’observer celles des ennemis , qui y grossis-soieut continuellement. 11 lit aussi des augmenta-tions considérables de cavalerie et d’infanterie,et disposa enfin toutes choses avec sa prévoyanceordinaire. Mais en même temps il préparait unepuissante diversion du côté de l’Angleterre, où ilprenoit des mesures pour y rétablir sur le Irôue lelégitime souverain.
Les alliés, de leur côté, ne formoient pas,comme j’ai dit, de petits projets. Le prince d’O-range, en passant la mer, Tavoit aussi fait repasserà ses meilleures troupes, et en assembloit de toutesparts un grand nombre d’autres, qu’il élablissoitdans toutes les places de son parti les plus prochesde celles de France. Il aToit soin surtout d-Ynremplir les places des Espagnols, desquelles, parec moyen, il se proposoil de se rendre insensi-blement le maître.
U se tenoit de continuelles conférences à LaHâve , entre lui et les autres confédérés, sur l’em-ploi qu’ils dévoient faire de leurs forces, ne sepromettant pas moins que de faire une irruptionen France, au commencement du printemps.Dans cette vue, ils faisoirnt travailler à un pro-digieux amas de tout ce qui est nécessaire pourune graude expédition, et se lenoicut tellementsûrs du succès, qu’ils ne daignoient pas mêmecacher les délibérations qui se prenoient dans leursassemblées.
Ces conférences finies, le prince d’Orange s’é-toit retiré à Loo, maison de plaisance qu’il a dans lepays de Gueldre , lieu solitaire elcouforme à sonhumeur sombre et mélancolique, où d’ailleurs ilIrouvoit le plus de facilité pour entretenir ses cor-respondances secrètes. Le déplaisir qu’il avoit eul’année précédente de voir prendre Morts en saprésence , sans avoir pu rien faire pour le secou-rir , donnait lieu de croire qu’il preridroil des me-sures pour-se mettre hors d’état de recevoir unpareil affront. Et, en effet, il préiendoit avoir sibien disposé toutes chose? , qu’il pomoil assem-bler on peu de jours toutes les forces de son parti,ou pour tomber sur les places dont il jugeroit àpropos de faire le siège, ou pour courir au se-cours de celles que la France entreprendcoîtd’attaquer.
Ainsi, en attendant la saison propre pour agir,il affccloit de mener à Loo une vie fort tranquille,y prenant presque tous les jours le divertissementde la chasse, et paroissant aussi peu ému de tousles avis qu’il recevoit de» grands préparatifs de laFrance sur mer et sur terre, que si elle eût étéhors d’état de rien entreprendre , ou qu’il eût étéle maître des évènements. Celte tranquillité appa-rente , à la veille d’une campagne si importante