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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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DU SIEGE DE NAMUR. 543

pour les deux partis , étoit fort Yanice par sesadmirateurs, qui l’altrilnioient à une grandeurd’âme extraordinaire : cl ses alliés , la croyant uneffet de sa pénétration al de l;i justesse des mesuresqu’il avoit prises pour assurer le succèB de sesdesseins, se moquoient eux-mêmes de toutes lesinquiétudes qu’on leur vouloit donner, et demeu-raient dans une pleine conliance qu’il ne leurpouvoit arriver aucun mal.

Au commencement du mois de mai, iis appri-rent que le roi, suivi de toute sa cour, étaitarrivé auprès de Mous, où étoit le rendez-vousde ses armée» de Flandre. Eu même temps, ilssurent qu’une autre armée étoit sur les eûtes deNormandie, prête, à passer la rner avec le roid’Angleterre: qu’un grand nombre de bâtimentsde «barge éloienl à La IJogue , avec tontes les pro-visions nécessaires pour faire une descente dans ceroyaume; cl qn’enlîn une flotte de soixante grosvaisseaux, destinée pour appuyer le passage et ledébarquement des troupes , n’attendoi I à Brest, etdans les autres ports, qu’un vent favorable pourentrer dans la Manche.

Le prince d’Orange commença alors à se re-pentir de sa fausse confiance. Tt'un côté, il prévitl’orage qui alloit fondre dans les Pays-Bas, et jugeadès lors qu’il lui seroit fort difficile de l’empêcher :del’autre. il n’ignoroit pas que lou« les ports d’An-gleterre étoient ouverts, qu’il n’avoit encore, niflottes pour couvrir les eûtes du royaume, ni ar-mée pour combattre les François à la descente;qu’il leur seroit aisé d’aller jusqu’à Londres, oùils irouveroient la plupart des seigneurs mécon-tents (le lui , et les peuples fatigués des grandessommes qu’il exigeoit d’eux -, en un mol , il appré-Lendoit que le roi son beau-père ne trouvât autantde facilité à se rétablir sur le trône, qu’il lui avoitété facile de l’eu chasser. Dans cet embarras, ilfeignit pourtant de ne songer qu’à sauver laFlandre, et assembla en diligence , et avec grand,bruit , un corps de trempes sous Bruxelles. Maisen même temps il dépêcha le lord Porlland àLondres, pour concerter avec la princesse d’O-range et avec son conseil les moyens de garantirl’Angleterre de l’invasion des François. 11 donnaordre qu’on armât (putes les milices du royaume,el qu’on y fît repasser les troupes restées en Ecosseet en Irlande; qu’on arrêtât toutes les personnessoupçonnées d’intelligence avec les ennemis, etqu’eufm on assemblât la plus nombreuse ai méequ’on pourrait, tant pour contenir le dedans duroyaume , que pour border les côtes où l’on soup-çonnoit que les François foudroient tenter la des-cente ; surtout il pressa l’armement de ses flottes,cl voulut qu’on y travaillât nuit et jour, n’épar-gnant pour cela ni l’argent des Anglois et desIlollandois, ni celui de tous ses alliés. Non con-tent de ces précautions, il fil remarcher à Wil-iemstadt, entre l’embouchure de l’Escaut et delàMeuse, une partie des régiments qu’il avoit ame-nés d’Angleterre, pour être en état d’y repasser aupremier ordre,' et commanda qu’on lui tînt unvaisseau tout prêt pour y repasser lui-même. Tou-te» ces précautions éloienL un peu tardives, etcouraient risque de lui être absolument inutiles,

si les vents eussent été alors aussi favorables auxFrançois qu’ils leur étoient contraires.

Sur ces entrefaites, le roi , durant cinq jours ,ayant assemblé ses armées dans les plaines de Ge*Tries , entre les rivières de Haisne et de Trouille ,il en fit, le vingl-unièmc de mai, la revue géné-rale. Il les trouva complètes, et dans le meilleurétat qu’il pouvoit souhaiter; il trouva aussi que ,conformément à ses ordres, on avoit chargé àMons, do munitions de guerre et de bouche, plusde six mille chariots tirés dos pays conquis : telle-ment qu’iJ se vit en état de se mettre en marchedeux jours après celte revue.

L’aruiée destinée pour faire le siège deNamur,et qu’il avoit résolu de commander en personne ,étoit de quarante bataillons el de quatre-vingt-dixescadrons. L’autre armée , commandée par le ma-réchal duc de Luxembourg, composée de soixante-six bataillons et de deux cent neuf escadrons, de.voit tenir la campagne et observer les ennemis ,qui, à cause de cela, l’ont depuis appelée l’arméed'observation.

Les lieutenants-généraux de l’armée du roiétoient le duc de Bourbon, le comte d’Auvergne ,le duc de Villeroi, le prince de Soubise, 1rs mar-quis de Xilladet et de BoufHers , et le sieur de Ru-bentel. Le marquis de Boufflers étoil nommé aussipour commander une autre armée que dans cetemps-là même il assemblait dans le Condros. Lesmaréchaux de camp étoient le duc de Rnquelaurc,le marquis de Montrevcî, le sieur de Congis , lescomtes de Montchevreuil, de Gassé et de Guiscar,et le baron de Bresse. Au reste, le dauphin deFrance , le due d’Orléans , le prince de Condé etle maréchal d’Humiéres avoient le principal com-mandement sous le roi. Le sieur de Vauban, lieu-tenant-général, étoit chargé de la direction desattaques.

Le maréchal de Luxembourg avoit pour lieute-nants-généraux le prince de Conli , le duc duMaine , le duc de Vendôme , le duc de Choiseul,le comte de Montai, et le comte de Roses , mestre-dc-camp géuéraL de la cavalerie légère, et pourmaréchaux de camp , le chevalier de Vendôme >grand-prieur de France, les marquis de La Va-lette et de Coigny , les sieurs de Vatteville et dePnlaslroii. Le baron de Btisca , aussi maréchal decamp , commondoit particulièrement la maison duroi. Le corps de réserve étoit commandé par leduc de Chartres.

Ces deux armées parfirent donc le vingt-troi-sième de mai. Celle du maréchal, qui étoit cam-pée le long du ruisseau des Eslines, alla passer laHaisne entre Marlanwelz sous Marimont et Mou-raige , et campa le soir à Féluy et à Àrquennes,proche de Nivelle. Celle du roi traversa les plainesde Binche , et, ayant passé la Haisne à Carnicres ,alla camper à Capclle d’IIerlaymont , le long duruisseau de Piéton. Le roi menoit avec lui unepartie de son artillerie et de ses munitions ; l’autrepartie, accompagnée d’une grosse escorte, alla pas-ser la Sambre a la Bussière , pour marcher à Phi-lippeville , et de là au siège qui dovoit être formé.

Le lendemain, vingt-quatrième , le maréchalalla camper entre l’abbaye de Villey et Marhais,