DU SIEGE DE NÀMÜE.
55i
coup de 5ombreff; cl au lieu de faire un derniereffort, sinon pour sauver la place , au moins poursauver leur réputation, ils aboient en quelquesorte tourné le dos à Namur, et étoient allé» cam-per dans la plaine de Rrunehault, la droite àFleuras, et la gauche du côté de Frasne et de Li-berchies. Pendant le séjour qu’ils y firent, le princed Orange ne s’étoit appliqué qu’à ruiner les envi-rons de Charleroi, comme si dès lors il u’avoitplus pensé qu'à empêcher le roi de passer à denouvelles conquêtes.
Enfin, le soir du dernier jour de juin, il» appri-rent, par trois salves de l’armée du maréchal deLuxembourg et de celle du marquis de Boufflers,la triste nouvelle que Namur ctoit rendu : il» entombèrent dans une consternation qui les renditcomme immobiles durant plusieurs jours, jusquelà que le maréchal de Luxembourg s’étant mis endevoir de repasser la Sambre, ils ne songèrent nià le troubler dans sa inarche , ni à le charger danssa retraite. Il vint donc tranquillement se posterdans la plaine de Saint-Gérard , tant pour favoriserles réparations les plus pressantes de la place, etles remises d’artillerie , de munitions et de vivresqu’il y falloit jeter, que pour donner aux troupesfatiguées par des mouvements continuels , par lemauvais temps , et par une assez longue disette detoutes choses, les moyens de se rétablir.
Le roi employa les deux jours qui suivirent lareddition du château à donner tons les ordres né-cessaires pour la sûreté d’une si importante con-quête : il en visita tous les ouvrages et eu ordonnales réparations. Il alla trouver à Floreffle maréchalde Luxembourg, qu’il laissoit avec line puissantearmée dans les Pays Bas, et lui expliqua ses inten-tions pour le reste de la campagne. Il détacha dif-férents corps pour l’Allemagne, et pour assurer sesfrontières de Flandre et de Luxembourg. Tl avoitdéjà quelque quarante escadrons dans le pays deCologne, sous les ordres du marquis de Joyeuse,et il les y avoit fait rester pendant tout le siège deNamur , tant pour faire payer les restes des contri-butions qui étoient ducs, que pour obliger les
souverains de ce pays-là à y laisser aussi un corpsde troupes considérable; ce qui dimînuoit d'au-tant l’armée du prince d’Orange.
Enfin , tous ses ordres étant donnés, il partit deson camp le troisième de juillet pour retourner, àpetites journées , à Versailles; d’autant plus satis-fait de sa conquête , que. cette grande expéditionéloit uniquement son ouvrage ; qu’il l’avoit entre-prise sur ses seules lumières, et exécutée, pourainsi dire, par ses propres mains, à la vue detoutes les forces de ses ennemis; que par l’étenduede sa prévoyance il avoit rompu tous leurs des-seins, et fait subsister ses armées; et qu’en un mot,malgré tous les obstacles qu'on lui avoit opposés,malgré la bizarrerie d’une saison qui lui avoit étéentièrement contraire, il avoit emporté , en cinqsemaines , une place que les plus grands capitainesde l'Europe avoient jugée impienable : triomphantainsi, non seulement de la force des remparts, dela difficulté des pays, et de la résistance deshommes, mais encore des injures de l’air et del'opiniâtreté, pour ainsi dire, des éléments.
On a parlé fort diversement dans l’Europe surla conduite du prince d’Orange pendant ce siège :et bien des gens ont voulu pénétrer les raisons quil’ont empêché de donner bataille dans une occa-sion où il sembloit devoir hasarder tout pour pré-venir la prise d’une ville si importante, et dont laperle lui seroit à jamais reprochée. On en a mêmeallégué des motifs qui ne lui font pas honneur.31ais, à juger sans passion d’un prince en qui l’onreconnoîl de la valeur, on peut dire qu’il y a eubeaucoup de sagesse dans le parti qu’il a pris,l’expérience du passé lui ayant fait connoître com-bien il éloit inutile de s’opposer à un dessein quele roi condrmoit lui-même : et il a jugé Namurperdu, dès qu’il a su qu’il I’assiégeoit en personne.Et d’ailleurs, le voyant aux portes de Bruxellesavec deux formidables armées, il a cru qu’il nedevoit point hasarder un combat dont la perte au-roit entraîné la ruine des Pays-Bas, et peut être sapropre ruine, par la dissolution d’une ligue quilui a tant coûté de peine à former.
NOTE
DE LA DELATION DU SIÈGE DE NAMUR.
1 Racine, en qualité d’historiographe, ayantsuivi le roi au siège, de Namur, rédigea celte rela-tion, qui fut imprimée la même année cjiez Thier-ry, en un volume , petit in-folio , orné du plan desattaques, de celui de la disposition des lignes,
et d’une carte particulière des mouvements desarmées. -—Bonneau deVisé publia dans le mêmetemps une autre relation du siège de la ville et duchâteau de Namur, deux petits volumes in-lâ,et fort différente de celle-ci.