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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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LE BANQUET DE PLATON. 553

« entendre le discours de votre ami ? Mais dites-« moi, avant toutes choses, si vous étiez présent« à celle conversation. *

«II paroîl jiien . lui répondis-je, que votre« homme ne vous a rien dit de certain , puisque« vous parlez de cette conversation comme dune« chose arrivée depuis peu, et comme si j'avois« pu y être présent. »

« Je le ci oyois, nie dit-il. »

« Comment, lui dis-je, Glaucon, ne savez-vous« pas quil y a plusieurs années quAgathon na mis

le pied dans Athènes? Pour moi, il ny a pas en-« core trois ans que je fréquente Socrate , et que je

mattache à étudier toutes ses paroles, toutes scs« actions. Avant ce temps-, jerrois de coté eti dautre ; et croyant mener une vie raisonnable ,

» jétois le plus malheureux de tous les hommes.

« Je mimaginois alors, comme vous faites main-« tenant, quun honnête homme devoit songer à« toute autre chose quà ce qui sappelle philo-« Sophie. »

«Ne minsultez point, répliqua-t-il; diles-moi« plutôt quand se tint la conversation dont i! sagit.»

« Nous étions bien jeunes vous et moi, lui dis-je ;« ce fut dans lo temps quAgathon remporta le

prix de sa première tragédie 3 ; tout se passa«chez lui, le lendemain du sacrifice qu'il avoil« fait avec scs acteurs pour rendre grâce aux dieux du prix quil avoit gagné.»

« Vous parlez de loin , me dit-il mais de qui

savez-vous ce qui fut dit dans cette assemblée?« Esi-ce de Socrate ? »

«Non, lui dis-je; je tiens ce que jen sais de« celui- même qui la conté à Phénix, je veux« dire d'Àrisiodème, du bourg de Cydathène, ce«petit homme qui va toujours nu-pieds. Il se

trouva lui-mèuxe chez Agathon. Cétoit alors un« des hommes qui éloit le plus attaché à Socrate.

« Jai quelquefois interrogé Socrate sur des choses

que cet Aristodème ruavoit récitées, et Socrate« avouoît quil mavoit dit la vérité.

Que tardez-vous donc, me dît Glaucon , que

vous ne me fassiez ce récit 6 ? Pouvons-nous« mieux employer le chemin quî nous reste dici« à Athènes ? »

Je lo contentai, et nous discourûmes de ceschoses le long du chemin. Cest ce qui fait que ,comme je vous disois tout à lheure, jen ai encorela mémoire fraîche, et il ne tiendra quà vous deles entendre : aussi bien , outre le proüt que jetrouve à parler ou à entendre parler de philoso-phie , cest quil ny a rien au monde je prennetant de plaisir, tout au contraire des autres dis-cours. Je me meure dennui quand je vous entends,vous autres riches, parler de vos intérêts et de vosaffaires ; je déplore eu moi-même 1* aveuglementvous êtes : vous croyez faire merveilles, et vousne faites rien dutile. Peut-être vous, de votrecôté, vous me plaignez et me regardez en pitié.Peut être même avez-vous raison de penser celade moi ; et moi, non seulement je pense que vousêtes à plaindre, mais je suis très convaincu quejai raison de le penser.

LAMt nAVOLLODOitE.

Vous êtes toujours le même, cher Apollodorc:

vous ne cessez point de dire du mal de vous et dotous les autres. Vous êtes persuadé quà commen-cer par vous , tous les hommes , excepté Socrate ,sont des misérables. Je ne sais pas pour quel sujeton vous a donné le nom de furieux; mais je saisbien quil y a quelque chose de cela dans tous vosdiscours. Vous êtes toujours en fureur contre vousi et contre tout le reste des hommes , excepté eonlie! Socrate.

! APOI-LODORE.

Il vous semble doue quil faut être un furieuxet un insensé pour parler ainsi de moi et de toustant que vous êtes ?

i.ami dapollopork.

Une autre fois nous traiterons cette question.Souvenez-vous maintenant de votre promesse, etredites-nous les discours qui furent tenus chezAgathon.

APOLr.onoitn.

Les voici; ou plutôt il vaut mieux vous fairecette narration de la même manière quAristo-dème me la faite.

«Je rencontrai Socrate, me disoil-il, qui snr-toit du bain , et qui étoit chaussé plus proprementquà son ordinaire. Je lui demandai il alloit sipropre et si beau : « Je vais souper chez Agathou ,« me répondit-il. Jévitai de me liouvev hier à la«fête de son sacrifice, pareeque je craignois lat foule ; mais je lui promis en récompense que« je serois du lendemain , qui est aujourdhui.

> Voilà pourquoi vous me Toyez si paré. Je me« suis fait beau pour aller chez un beau garçon.

Mais vous, Arisiodème , seriez-vous dhumeur« à venir aussi, quoique vous ne soyez point« prié ? »

« Je ferai, lui dis-je , ce que vous voudrez. »

Venez, dit-il, et montrons, quoi quen dise« le proverbe, quun galant homme peut aller sou-« per chez un galant homme sans en être prié. Jac-

euserois volontiers Homère davoir péché contre« ce proverbe , lorsquaprès nous avoir représenté« Agamcmnnn comme un grand homme de guerre,

et Ménélas comme un médiocre guerrier, il« feint que Ménélas vient au festin dAgamemnou« sans cire invité , cest-à-dire quil fait venir un« homme de peu de valeur chez un brave homme« qui ne lattend pas 7 . *

«Jai bien peur, dis-je à Socrate, que je ne« sois le Ménélas du festin vous allez. Cest à

vous de voir comment vous vous défendrez : car,

pour moi, je dirai franchement que cest vous« qui mavez prié.

Nous sommes deux, répondit Socrate, et nous» étudierons en chemin ce que nous aurons ù dire.« Allons seulement. «

Nous allâmes vers le logis dAgatbon en nousentretenant de la sorte. Mais à peine eûmes nousavancé quelques pas , que Socrate devint tout

j pensif, et demeura en la même place sans bon-| ger. Je marrêtoîs pour lattendre ; mais il me dit! daller toujours devant, et quil me suivroit. Jo

j trouvai 1a porte ouverte ; et il marriva même une

| assez plaisante aventure. Un esclave rlAgathonme mena sur-le-champ dans la salle éloit lacompagnie, qui étoit déjà à table, et qui allen-