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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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56o

FRAGMENTS

par des paroles qui font connoître dans quelssentiments nous sommes.

tl faut donc nécessairement quil y ait six partiesdelà tragédie, lesquelles constituent sa nature etson essence : la fable, les mœurs, la diction, lesentiment,la décoration et tout ce qui est pourles yeux, et le obant : car il y a deux choses parlesquelles on imite, qui sont le chant etia diction,une manière dimiter, qui est la représentationdu théâtre , cest-à-dire la décoration, les habits,le geste, etc. ; et il y a trois choses qu'on imite,au-delà «lesquelles il ny a rien de plus, cest à-dire l'action, les mœurs et les sentiments.

Un tout est ce qui a un commencement, un mi*lieu et une fin. Le commencement est ce quinest point obligé dêtre après une autre chose,et après quoi il y a ou il y doit avoir dautreschoses. La fin , au contraire, est ce qui est néces-sairement ou qui a coutume dêtre après une autrechose, et après quoi il ny a plus rien. Le milieuest ce qui est après une autre chose , et après quoiil y a encore dautres choses.

Il faut quune fable bien constituée ne com-mence et ne finisse point au hasard, mais quellesoit selon les règles que nous en venons de donner.

Voilà pourquoi la poésie est quelque chose deplus philosophique et de plus parlait que lhistoire.La poésie est occupée autour du général, et lhis-toire ne regarde que le détail. Jappelle le généralce quil est convenable quun tel homme dise oufasse vraisemblablement ou nécessairement : etcest ce que traite la poésie , jetant sod idée surles noms qui lui plaisent, cest-à-dire empruntantles noni9 de tels ou de tels pour les faire agir ouparler selon son idée. Lhistoire , au contraire , netraite que le détail; par exemple, ce qua faitAlcibiade , ou cc qui lui est arrivé.

Le.prologue est toute celte partie de la tragédiequi précède lentrée du chœur. Lépisode est toutecette partie de la tragédie qui est entre deux can-tiques du chœur ; lexode , toute cette partie dela tragédie après laquelle le chœur ne chante plus.Les par lies du chœur sont, i° l'entrée , 'Trapo^oÇjccst-iVdire lorsque le chœur parle tout entier Japremière fois; le seconde , le repos , CTaotu.ov,cest-à-dire ce chant du chœur qui est sans ana-peste et sans trochée, et le chœur demeure fixeen saplace; et enfin la lamentation, XOfxpoÇ)ce chant lugubre du chœur et desacteursensemhle.

Puis donc quil faut quejla constitution duneexcellente tragédie soit, non pas simple, maiscomposée, et pour ainsi dire nouée , et quelle soitune imitation de choses terribles et digues decompassion ( car cest le propre de la tragédie .),il est clair premièrement quil ne faut point intro-duire des hommes vertueux qui tombent du bon-

heur dans le malheur : car cela ne seroit ni terribleni digne de compassion, mais bien cela seroit dé-testable et digne dindignation.

Il ne faut pas non plus introduire un méchanthomme qui, de malheureux quil étoit, devienneheureux : car il ny a rien de plus opposé au butde la tragédie., cela ne produisant aucun deseffets quelle doit produire; c'est-à-dire quil nya vieu en cela de naturel ou dagréable à lhomme,rien qui excite la terreur et qui émeuve la com-passion. Il ne faut pas non plus quun très mé-chant homme tombe du bonheur dans le malheur :car il y a bien à cela quelque chose de juste et denaturel; mais cela ne peut exciter ni pitié nicrainte : car on na pitié que dun malheureux quine mérite point son malheur , et on ne craiDt quepour ses semblables. Ainsi cet évènement ne serani terrible ni digne de compassion.

Il faut doue que ce soit un homme qui soit en-tre les deux, cest-à-dire qui ne soit point extrê-mement juste et vertueux , et qui ne mérite pointaussi son malheur par un excès de méchanceté etdinjustice. Mais il faut que ce soit un hummequi, par sa faute, devienne malheureux, et tombedune grande félicité et dun rang très considé-rable dans une grande misère : comme OEdîpe ,Thyesle , et dautres personnages illustres de cessortes de familles.. ..

Puis donc que cest par limitation que le poêlepeut produire en nous ce plaisir qui naît de lacompassion et de la terreur, il est visible que ccstde. laction et pour ainsi dire du sein de la choseque doîl naître ce plaisir.

Voyons maintenant quelles sortes dévènemenlspeuvent produire cette terreur et cette pitié. 11faut de nécessité que ce soient des actions qui sepassent entre amis ou entre ennemis, ou entre desgens qui ne soient ni lun ni lautre. Si un ennemitue un ennemi , nous ne ressentons aucune pitiéni à lui voir faire cette action , ni lorsquil se pré-pare à la faire. Il ny a que le moment memenous lui voyons répandre du sang , nous pou-vons ressentir cette simple émotion que la natureressent envoyant tuer un homme. Nous nauronspoinL non plus mie grande pitié pour des gensindifférents qui voudront se tuer les uns les au-tres. Il reste donc que ces évènements se passententre des personnes liées ensemble par les nœudsdu sang et de Jamitic : comme , par exemple, lors-quun frère ou Lue ou est près de tuer son frère,un fils son père , une mère son fils , ou un fils sanicre ; et ce sont de ces évènements que le poètedoit chercher.

On ne peut changer et démentir les fables quisont reçues : on ne peut point faire , par exem-ple, qur Clytcmnestro ne soit point tuée parOreste , quEriphile ne soit poiut tuée par Alc-méon. Il faut donc que le poêle, ou invente lui-même nu sujet nouveau , ou quil songe à bientraiter ceux qui sont déjà inventés. Expliquons ceque nous entendons par bien traiter. On peutfaire , comme faisoient les anciens, que ceux quiagissent, agissent avec eonnoissance de cause;