56a FRAGMENTS DE IA POETIQUE D’ARISTOTE.
en représentant un homme colère ou un hommepatient, ou de quelque autre caractère que cepuisse être, doit non seulement les représentertels qu’ils éloient, mais il les doit représenterdans un tel degré d’excellence, qu’ils puissentservir de modèle, ou de colère, ou de douceur,ou il'vmU-e chose. C’est ainsi qu’Agathon et Ho-mère ont su représenter Achille.
Le poêle doit observer toutes ces choses, etprendre garde surtout de ne rien faire qui choqueLes sens qui jugent de la poésie, c’est-à-dire lesoreilles et les yeux : car il y a plusicuis manièresde les choquer; j’en ai parlé dans d’autres dis-cours où je traite de cette matière.
Nous avons dit ce que c’est que reconnoissauce-Il y en a de plusieurs sortes. La première , quiest la plus grossière , et dont la plupart se serventfaute d’invention , est celle qui se fait par les si-gnes. 13e ces signes les uns sout naturels et alla-chés dès la naissance à la personne , comme cettelance dont les enfants de la terre sont marquésfc’étoil une famille de Thèbes), onde petitesétoiles, comme dans leThyeste de Careinus. Les au-tres sont acquis et venus depuis ; et de ceux-là il yen a qui sont encore attachés au corps de la per-sonne . comme sont les cicatrices ; ou sont tout-à-fait extérieurs, comme les colliers, et ce petitberceau dans la Tyro.
On peut faire même de bonnes nu de médio-cres rcconnoissances avec ces sortes de signes.Ulysse, par exemple, à la faveur de sa cica-trice, est reconnu d’une façon par sa nourrice , etd’une autre façon par les porchers : car il y amoins d’art dans cette dernière , où Ulysse dé-couvre exprès sa cicatrice pour se faire reconnoî-tre et pour vévitier sondiscours. Au lieu que dausl’autre, c’est sa nourrice qui le reconnoît d’elle-même en voyant cette cicatrice. Ainsi il n’y a pointde dessein dans celte rccnnnoissance ; il y a , aucontraire, une surprise qui fait une péripétie ; etles reconnoissances de cette nature sonL bien meil-leures que ces autres qui se font avec dessein. . .
La plus belle des reconnoissances est celle qui,étant tirée du sein même de la chose, se forme peuà peu d’une suite vraisemblable de» affaires, etexcite la terreur et l’admiration : comme cellequi se (ait dans l’OEdipe de Sophocle et dansl’Iphigénie : car qu’y a-t-il de plus vraisemblableà Iphigénie que de vouloir faire tenir une lettredans sou pays ? Ces reconnoissances ont cet avan-tage par-dessus toutes les autres, qu’elles n’ontpoint besoin de marques extérieures et inventéespar Le poète , de colliers et autres sortes de signes.
Les meilleures, après celles-ci, sont celles qui sefont par raisonnement...
Homère est admirable par beaucoup de choses,mais surtout en ce qu’il est le seul des poètes quisache parfaitement ce qui convient au poète : carle poète doit rarement parler comme poète : iln’imite point lorsqu’il parle, mais lorsqu’il faitparler les autres. Tous les autres poètes parlentpartout et n’imitent presque jamais. Homère, aucontraire, lorsqu’il a dit quelques paroles pourpréparer ses personnages , amène aussitôt ou unhomme,-ou mie femme, ou quelque autre per-sonnage , qui parlent chacun selon leurs mœurset leur caractère : car lout a son caractère chezlui, et il u’y a point de personnage sans caractère.
On demandera peut-être laquelle imitation estla plus parfaite , ou celle qui se fait par le poèmeépique , ou celle qui se fait par la tragédie. Ceuxqui donnent l'avantage au poème épique disentque la meilleure des imitations est celle qui se faitavec le moins d’embarras, cl qui ne se proposeque les honnêtes gens pour spectateurs. Iis appel-lent uue imitation qui se fuit avec embarras, cellequi veut tout imiter^Ft q 1J i , craignant de n ôtrepas assez entendue et de ne point faire son effel,s’efforce de s'imprimer elle-même, s’agite , et em-prunte le secours du géstc cl du mouvement desacteurs 4 .
Tels sont ces mauvais joueurs de flûte, quitournent autour d’eux-niêmes pour mieux repré-senler un disque , une pierre qui tourne, et quine se fient pas à la cadence de leur chaut: et ceuxencore qui , pour exprimer l’action de Scylla quiattire à elle les vaisseaux , attirent à eux celui quichaule auprès d’eux , soit le maître de musique ouquelque autre.
La tragédie, disent-ils, ressemble en cela auxacteurs modernes, el elle est, à l’égard du poèmeépique , ce que ces nouveaux acteurs sont à l’égarddes anciens : car Minisque , ancien acteur , accu-sant Cailipides de faire trop do gestes, l’appeloitun singe. On disoit la même chose du comédienPindare.
Au lieu que le pnërne épique , n’ayant que leshonnêtes gens pour spectateurs , n’a point besoinde tous ces secours empruntés, donL la tragédiese sert pour faire son effet sur ses spectateurs , quisont d’ordinaire une vile populace : et de là onconclut qu’elle est la moindre imitation, puisqu’elle se fait avec le plus d’embarras.
Je réponds à cela . premièrement 5 .