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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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DISCOURS

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la langue et le goût : ou ny trouve point ces fleurset ces ornements très mal à propos académiques,et qui nont commencé à déshonorer le sanctuairedes letties que vers le temps de la décadence dela mouarohie , de la religion et de la littérature.Cest à cette époque que les discours académiquessont devenus des recueils de madrigaux, dauti-thèses cl depigrammes. Jamais Corneille na reçud'éloges plus vrais et plus dignes de lui que ceuxdont Racine , son successeur et.son égal, a honorésa mémoire : et rien ncsl plus admirable que lartavec lequel lorateur réunit la louange dun grandpoète avec celle d'un grand roi. en se montranttoujours au niveau de son sujet. Louis XIV, à quil'on vantoit ce discours , marqua quelque désir delentendre ; Racine fut appelé à la cour et eutlhonneur de réciter devant le roi ce morceau dé-loquence , bien digne dun tel auditeur. Louis futflatté de la tnagniiicence des idées, et surtout dutableau imposant de sa puissance , et de la terreurrespectueuse quil inepiroit à ses voisins. Ce mo-narque si accoutumé aux éloges fut si vivemenL

frappé de ceux de Racine, quil ne put seuipô-(lier de lui en témoigner sa satisfaction par cettephrase ingénieuse, délicate et modeste , qui faitégalement honneur au béros et à son panégyriste :k Je vous louerois davantage si vous maviez moins« loué. «

On attribue à Racine le discours que labbéColbert, à la tête du clergé de France, adressa àLouis XIV, pour la clôture de lassemblée quisétoit tenue à Saint-Germain-en-Laye, en 1686 .Luneau pnroît douter que ce discours ait étécomposé par Racine. Il nen a pas, dit il, dautrepreuve que le soin qu'a pris Louis Racine de pla-cer ce discours à la suite de se» mémoires sur lavie de son père. Mais quelle preuve plus forte cecommentateur pouvoit-il désirer? Louis Racinen'a publié le discours que pareequü la trouvédans les manuscrits de son père. Au reste , cetteharangue nest point indigne de Racine : lora-teur loue avec beaucoup dénergie et de vérité lesservice» rendus à la religion par Louis XIV-

DISCOURS

PRONONCÉ A LACADÉMIE FRANÇOISE,

A LA RECEPTION DE M. LABBÉ COLBERT 1 .

Monsieur,

U m'est sans doute très honorable de me voir ùla tête de cette célèbre compagnie, et je dois beau-coup au hasard de mavoir mis dans une placele mérite ne mauroil jamais élevé. Mais ceL hon-neur , si grand par lui-même , me devient, je la-voue, encore plus considérable quaud je songeque la première fonction que jai à faire dans laplace je suis, cest de vous expliquer les senti-ments que l'académie a pour vous.

Vous croyez lui devoir des remerciements pourlhonneur que vous dites quelle vous a fait ; mai3elle a aussi des grâces à vous rendre ; elle vous estobligée , non seulement de lhonneur que vous luifaites , mais encore de celui que vous avez déjà faità toute la république des lettres.

Oui, monsieur, nous savons combien elles voussont redevables. Il y a long-temps que lacadémie ales yeux sur vous ; aucune de vos démarches ne luia été inconnue; vous portez nu nom que trop deraisons ont rendu sacré pour les gens de lettres :tout ce qui regarde votre illustre maison ne leursauroit plu» être ni inconnu ni indifférent.

Nous avons considéré avec attention les progrèsque you6 avez faits dans les science»; mais si vousaviez excité dabord notre curiosité , vous navezguère tardé à exciter notre admiration. Et quelsapplaudissements na-t-on point donnés à cette

excellente philosophie que vous avez publique-ment enseignée ? Au lieu de quelques termes barbai es, de quelques frivoles questions que lon avoiraccoutumé dentendre dans les écoles, vous y avezfait eütendre de solides vérités, les plus beaux se-crets de la nature , les plus importants principes dela métaphysique. Non, monsieur, vous ne vousclcspoiut borné à suivre une route ordinaire,vous ne vous êtes point contenté de lccorce dela philosophie, vous en avez approfondi tous lessecrets ; vous avez rassemblé ce que les anciens etles modernes avoient de solide et dingénieux:vous avez parcouru tous les siècles pour nous enrapporter les découvertes: loserai-je dire? vousavez fait connoîtrc dans les écoles Aristote même »dont on ny voit souvent que le fantôme.

Cependant cette savante philosophie na été pourvous quun passage pour vous élever à une plusnoble science , je veux dire , à la science de la reli-gion. Et quels progrès navez-vous point faits danscette étude sacrée? Avec quelles marques des-time la plus fameuse faculté de lunivers vous a-t-elie adopté , vous a-t-elle associé dans son corps lLacadémie a pris part à tous vos honneurs; elleapplaudissoit à vos célèbres actions; mais, mon-sieur , depuis quelle vous a vu monter en chaire,quelle vous a entendu prêcher les vérités de lÉ-vangile non seulement avec toute la force de lélo-quence , mais même avec toute la justesse et toute