ACADÉMIQUES.
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la politesse de noire langue, alors l'académie nes’est plus contentée de tous admirer , elle a jugéque vous lui étiez nécessaire. Elle tous a choisi, ellevous a nommé pour remplir la première placequ’elle a pu donner. Oui, monsieur, elle yous achoisi, car (nous roulons bien qu’on le sache) een’est point la brigue , ce ne sont point 1 rs sollicita-tions qui ouvrent les portes do l'académie; elle vaelle-même au-devant du mérite, elle lui épargnel’embarras de se venir offrir ; elle cherche les sujetsqui lui sont propres. Et qui pouvoit lui être pluspropre que tous? Qui pouvoit mieux nous secon-der dans le dessein que nous noua sommes tousproposé de travailler à immortaliser les grandes ac-tions de notre auguste protecteur? Qui pouvoitmieux nous aider à célébrer ce prodigieux nombred’exploits dont la grandeur nous accable pour ainsidire, et nous met dans l’impuissance de les expri-mer ? IL nous faut des années entières pour écriredignement une seule de ses actions.
Cependant chaque année, chaque mois, chaquejournée même, nous présente une foule de nou-veaux miracles. Étonnés de. tant de triomphes ,nous pensions que la guerre avoit porté sagloire au plus haut point où elle peAivoit monter.En effet, après tant de provinces si rapidementconquises, tant de batailles gagnées, les places em-portées d’assaut, les villes sauvées du pillage, ettoutes ces grandes actions dont vous nous avez faitune si vive peinture, auroit-on pu s’imaginer quecette gloire dût encore croître ? La paix qu’il vientde donner à l’Europe nous présente quelquechose de plus grand encore que tout ce qu’il a faitdans la guerre. Je n’ai garde d’entreprendre ici defaire l’éloge de ce héros, après l’éloquent discours
que vous venez de nous faire entendre. Non seule-ment nous y avons reconnu l’élévation de votreesprit, la sublimité de vos pensées, mais on y voitbriller surtout ce zèle pour votre prince, et cetteardente passion pour sa gloire, qui est la marquesi particulière à laquelle on reconnoït toute votreillustre famille. Tandis que le chef de la maison,rempli de ce noble zèle, ne donne point de relâcheà son infatigable génie , tandis qu’il jette un ceilpénétrant jusque dans les moindres besoins del’état, avec quelle ardeur, quelle vigilance ses en-fants , ses frères , ses neveux , tout ce qui lui ap-partient, s’einpresse-l-il à le soulager, à le secon*dur I L’un travaille heureusement à soutenir lagloire de la navigation , l’autre se signale dans lespremiers emplois de la guerre, l’autre donne tousses soins à la paix , et renverse tous les obstaclesque quelques désespérés vouloient apporter à cegrand ouvrage 2 . Je 11e llnirois point si je vousmettais devant les yeux tout ce qu’il y a d’illustredans votre maison. Vous entrez, monsieur , dansune compagnie que vous trouverez pleine de cemême esprit, de ce même zèle ; car , je le répèteencore , nous sommes tous rivaux dans la p cissionde contribuer 3 quelque chose à la gloire d’un sigrand prince : chacun y emploie les différents ta-lents que la nature lui a donnés, et ce travailmême qui nous est commun , ce dictionnaire quide soi-inême semble une occupation si sèche et siépineuse, nous y travaillons avec plaisir ; tous lesmots de la langue, toutes les syllabes nous pa-roissent précieuses, pareequo nous les regardonscomme autant d’instruments qui doivent servir àla gloire de notre auguste protecteur.
DISCOURS
PRONONCÉ A L’ACADÉMIE FRANÇOISE,
A LA RÉCEPTION DE MM. CORNEILLE ET BERGERET*
Messieurs,
Il n’est pas besoin de dire ici combien l’acadé-mie a été sensible aux deux perles considérablesqu’elle a faites presque en même temps, et dontelle seroit inconsolable si, par le choix qu’elle afait de vous, elle ne les voyait aujourd'hui heureu-sement réparées.
Elle a regardé la mort de M. Corneille commeun des plus rudes coups qui la pût frapper ; carbien que, depuis un an, une longue maladie nouseût privés do sa présence, et que nous eussionsperdu en quelque sorte l'espérance de le revoirjamais dans nos assemblées, toutefois il vivoit, et
l’académie , dont il était le doyen, avoit au moinsla consolation de voir, dans la liste où sont lesnoms de tous ceux qui la composent, de voir,dis-je, immédiatement au dessous du nom sacréde son auguste protecteur, le fameux nom deCorneille.
Et qui d’entre nous ne s’applaudissoil pas en lui-inême, et ne ressentait pas un secret plaisir d’a-voir pour confrère un homme de ce mérite ? Vous,monsieur, qui non seulement étiez son frère, maisqui avez couru long-tempsune même carrière aveclui, vous savez les obligations que lui a notre poé-sie ; vous savez en quel état se trouvoit la scènefrançoise lorsqu’il commença à travailler. Quel