38
& pour leurs defcendans, à quelque degré que ce puilfe être,le droit d’y exifter, de s’y perpétuer libres & indépendansde toute contribution publique , c’effc - à - dire d’y fonder uneColonie de Suilfes , qui ne deviendraient jamais François, quine reconnoîtroient d’autre Mere-Patrie que celle dans laquelleleurs premiers ancêtres étoient nés , d’autres liens, d’autresrapports, d’autres fecours dus & à donner, qu’à l’état dans le-quel la Colonie a pris fa très-ancienne origine. Quel monftre, onpeut le dire, dans l’ordre politique & civil ! Et comment ce fyftê-me a-t-il pu obtenir le fuffrage du louable Corps Helvétique.
Ils citent par exemple les François qui négocient dans leséchelles du Levant. Ils ignoraient fans doute que ces Fran-çois n’y connoiifoient d’autres juges que leurs Confuls, dontl’appel eft porté au Parlement de Provence , ni d’autre légis-lation que celle qui leur vient directement de France , puif.qu’ils n’ajoutent pas à la demande de refter toujours Suilfes,ainlï que leurs enfants & tous leurs defcendans , celle de n’a-voir pour juges que des SuiiTes > ni pour législateurs , pourtribunaux fuprèmes que ceux des louables Cantons. Mais oitont - ils appris qu’ils doivent retrouver dans des Traités paffésavec d’autres Puilfances ce qui ne fera pas dans les leurs ? Etlorfque leurs Militaires qui ont des titres formels pour fe pré-tendre exempts ne peuvent les tranfmettre qu’à leurs veuves,viduité tenant, que penfer de ces Marchands qui, fans titresde privilège , en réclament pour leurs defcendans?
Leur Etat , difent-ils , eft cependant critique. Toutautre étranger qu’eux obtient , après dix ans d’habitationfuivie , le dédommagement de fa contribution aux charges lo-cales & publiques , il acquiert le droit de Bourgeoise, il eftou peut-être porté à toutes les places municipales , à l’éche-vinage même, qui conféré dans Lyon la nobleiTe héréditaire;& le Suilfe après cinquante ans n’y obtiendra pas plus d’avan-tages que le jour qu’il y eft entré ! Mais pourquoi ? parce quele Suilfe a pour fyftème qu’il refte toujours Snilfe & ne peutdevenir François. Qu’il contribue aux charges , qu’il celfede penfer que le plus long domicile ne peut pas le rendreFrançois, & il fera fufceptible de tous les avantages qu’en re-tirent les autres étrangers.
Terminons, en ce chef, par une obfervation qui mérited’être employée. Les louables Cantons demandent que leSuilfe foit aftimilé au François pour les frais de fceau & de
juftice