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À.CTE I, SCÈNE II.
Au nom des dieux, dis-moi si ta belle maîtresseN’abuse point mes vœux d’une fausse tendresse
MARINETTE.
lié, lié ! d’où vous vient donc ce plaisant mouvement ?Elle ne fait pas voir assez son sentiment ?
Quel garant est-ce encor que votre amour demandeQue lui faut-il ?
GROS-RENÉ.
A moins que Yalère se pende,
Bagatelle, son cœur ne s’assurera point.
Comment ?
MARINETTE.
GROS-RENÉ.
Il est jaloux jusques en un tel point.
MARINETTE.
De Valère? Ah ! vraiment la pensée est bien belle!
Elle peut seulement naître en votre cervelle.
Je vous croyais du sens, et jusqu’à ce momentJ’avais de votre esprit quelque bon sentiment ;
Mais, à ce que je vois, je m’étais fort trompéeTa tète de ce mal est-elle aussi frappée ?
GROS-RENÉ.
Moi, jaloux ? Dieu m’en garde, et d’être assez badin (1)Pour m’aller emmaigrir avec un tel chagrin !
Outre que de ton cœur ta foi me cautionne,
L’opinion que j’ai de moi-même est trop bonnePour croire auprès de moi que quelque autre te plût.Où diantre pourrais-tu trouver qui me valût ?
MARINETTE.
En effet, tu dis bien : voilà comme il faut être :
Jamais de ces soupçons qu’un jaloux fait paraître !
Tout le fruit qu’on en cueille est de se mettre mal,
Et d’avancer par là les desseins d’un rival.
Au mérite souvent de qui l’éclat vous blesse,
Vos chagrins font ouvrir les yeux d’une maîtresse ;
Et j’en sais tel qui doit son destin le plus douxAux soins trop inquiets de son rival jaloux.
Enfin, quoi qu’il en soit, témoigner de l’ombrage,
C’est jouer en amour un mauvais personnage,
Et se rendre, après tout, misérable à crédit.
Cela, seigneur Éraste, en passant vous soit dit.
(i) Le mot badin signifiait autrefois non-seulement folâtre, qui aimeà rire, mais encore niais, qui s’amuse à des niaiseries : cette dernièreacception est celle du vers de Molière.
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