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ÉLOGE
Apollon et la petite Diane, « tant il éclatait d’agrément et de« beauté dans la mère et les enfants. »
Mais, pour peindre ce qu’elle était à cette époque, je ne puismieux faire que d’emprunter quelques touches au portrait quelui adressa, sous le nom d’un inconnu, son amie madame deLa Fayette.
On peut s’en fier pour la finesse de l’observation à l’auteur dela Princesse de Clèves, et pour la fidélité de la peinture, à lafemme qui, la première, a fait dire d’elle qu’elle était vraie 1 .
« Sachez, madame, si par hasard vous ne le savez pas, que« votre esprit pare et embellit si fort votre personne, qu’il n’y« en a point sur la terre d’aussi charmante, lorsque vous êtes« animée dans une conversation d’où la contrainte est bannie.« Tout ce que vous dites a un tel charme, et vous sied si bien,« que... quoiqu’il semble que l’esprit ne dût toucher que les« oreilles, il est pourtant certain que le vôtre éblouit les yeux;« et que, quand on vous écoute, on ne voit plus qu’il manque« quelque chose à la régularité de vos traits, et l’on vous cède« la beauté du monde la plus achevée...
«Vous êtes sensible à la gloire et à l’ambition, et vous ne« Têtes pas moins aux plaisirs : vous paraissez née pour eux,« et il semble qu’ils soient faits pour vous... Enfin, la joie est« l’état véritable de votre ame, et le chagrin vous est plus con-« traire qu’à qui que ce soit...
« Votre cœur, madame, est sans doute un bien qui ne peut« se mériter; jamais il n’y en eut un si généreux, si bien fait« et si fidèle. Il y a des gens qui vous soupçonnent de ne pas« le montrer toujours tel qu’il est; mais, au contraire, vous« êtes si accoutumée à n’y rien sentir qui ne vous soit honora-« ble, que même vous y laissez voir quelquefois ce que la pru-« dence vous obligerait de cacher...
« Les plus simples compliments de bienséance paraissent en« votre bouche des protestations d’amitié ; et tous les gens qui« sortent d’auprès de vous s’en vont persuadés de votre estime« et de votre bienveillance, sans qu’ils puissent se dire à eux-« mêmes quelle marque vous leur avez donnée de Tune et de« l’autre. »
Le portrait satirique de Bussy confirme la plupart de cesagréments attribués à madame de Sévigné, et même en signale
1 La Rochefoucauld avait créé ce mot pour elle.