DE MADAME DE SÉVIGNÉ.
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de nouveaux : il y est dit qu’elle dansait bien, qu’elle avait lavoix agréable et l’oreille juste; quelques unes des critiquesmême servent à nous la faire connaître davantage. « Ses yeux« étaient de couleurs différentes; elle avait la taille belle, sans« avoir bon air. » (Ce qui signifie probablement qu’on trouvaitde la négligence dans son maintien. ) Tout en convenant « qu’il« n’y a point de femme qui ait plus d’esprit qu’elle, et fort peu« qui en aient autant,» Bussy prétend «qu’on lui trouve un« caractère un peu trop badin pour une femme de qualité... » etque « la chaleur de la plaisanterie l’emporte. »
On en peut conclure que l’esprit de madame de Sévigné étaitde ceux auxquels le mouvement animé de la conversation causeune sorte d’ivresse. Quand la réflexion et les années eurentamorti ce grand feu dont se plaignait Bussy, il ne lui en restaque ce qu’il fallait pour être plus aimable qu’une autre.
On conçoit facilement que bien des hommages aient conspirécontre sa liberté. Parmi ses admirateurs on nomme le grand Tu-renne, le prince de Conti, le comte du Lude, grand-maître del’artillerie; Bussy lui-même convient qu’il se mit sur les rangs.Elle,
Qui n'était point de ces prudes sauvages
Dont l’honneur est armé de griffes et de dents,
se contenta de les éconduire en badinant. Le surintendant Fou-quet paraît être le seul qu’elle ait pris au sérieux, et qui l’aitobligée « à quelques précautions et à quelques craintes. » Il selassa à la fin, comme elle le dit, « de vouloir recommencer inu-« tilement la même chose, » et, faute de mieux, s’en tint àl’amitié qu’on lui offrait. L’ainitié de madame de Sévigné !n’était-il pas bien à plaindre? Le pauvre homme!
Son procès vint bientôt lui prouver tout ce que valait une telleamitié. On fit grand bruit alors d’une certaine cassette où deslettres de madame de Sévigné furent trouvées mêlées aux lettresde quelques dames fort indignes de lui être comparées. Malgréla douleur que les propos qui se tinrent à ce sujet, et l’obliga-tion d’avoir à se justifier, devaient causer à un cœur comme lesien, elle ne craignit point de manifester hautement et noble-ment l’intérêt qu’elle portait au malheureux Fouquet; elle sui-vit tout le procès, dont elle rendait compte à M. de Pomponnedans un style net, animé, rapide, modèle de clarté et surtout deconcision : « Le style des relations doit être court, » dit-elle.