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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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ACTE i, SCÈNE 11. itiS

Leur fait aimer nos lois et n’en vouloir point d’autres.Pourquoi donc tant les craindre, et pourquoi refuser...

SERTORIUS.

Vous-même, Perpenna, pourquoi tant déguiser ?

Je vois ce qu’on m’a dit : vous aimez Viriate t;

Et votre amour caché dans vos raisons éclate.

Mais les raisonnements sont ici superflus :

Dites que vous l’aimez, et je ne l’aime plus 2 .

Parlez : je vous dois tant, que ma reconnoissanceNe peut être sans honte un moment en balance

PERPENNA.

L’aveu que vous voulez à mon cœur est si doux,

Que j’ose...

SERTORIUS.

C’est assez : je parlerai pour vous.

PERPENNA.

Ah! seigneur, c’en est trop; et...

SERTORIUS.

Point de repartie :

Tous mes vœux, sont déjà du côté d'Aristie;

1 Vers de comédie. Il semble que ce soit Damis ou Kraste qui parle,et c’est le vieux Sertorius ! (Y.)

2 Si Sertorius a le ridicule d’aimer à son âge, il ne doit pas cédertout d’un coup sa maîtresse; s’il n’aime pas, il ne doit pas dire qu’ilaime. Dans l’une et l’autre supposition, le vers est trop comique. Voilàoù conduit cette malheureuse coutume de vouloir toujours parlerd’amour, de ne point traiter cette passion comme elle doit i’être. Com-ment a-t-on pu oublier que Virgile, dans Y Enéide, ne l’a peinte quefuneste 1 On ne peut trop redire que l’amour, sur le théâtre, doit êtrearmé du poignard de Melpomène, ou être banni de la scène. Il estvrai que le Mithridate de Racine est amoureux aussi, et que de plu»il a le ridicule d’être le rival de deux jeunes princes ses fils. Mithridateest au fond aussi fade, aussi héros de roman, aussi condamnable queSertorius ; mais il s’exprime si noblement, il se reproche sa faiblesse ensi beaux vers ; Monime est un personnage si décent, si aimable, si inté-ressant, qu’on est tenté d’excuser dans la tragédie de Mithridate Pim-pertinente coutume de ne fonder les tragédies françaises que sur unejalousie d’amour. (V.) — Cejugement, si favorable à Racine, n'est pas,comme on pourrait le croire, l’effet d’une aveugle prévention. Il estbien vrai que son style enchanteur fait disparoître toutes ses fautes ;et voilà ce que ne peuvent s’imaginer certains écrivains assez malheu-reux pour n’avoir aucune idée de l’art d’écrire. (P.)