40
PREMIERE PARTIE. SECTION III. CHAPITRE II.
dire un deux-centième de la superficie de la planète, ou un cinquantième de celle descontinents et des îles. L’eau qui sort des lacs pour former le Saint-Laurent, d’après lesévaluations de M. Darby, serait au moins de moitié en sus de celle qui se déchargedans l’Océan par le Mississipi , quoique celui-ci serve à l’écoulement d’une contrée deuxfois plus vaste (i) et où les pluies sont autrement foi'tes. Si les calculs de M. Darbyétaient fondés, si les grandes crues périodiques du Mississipi et l’immense volume d’eauqu’il débite lors de l’inondation ne l’établissaient pas amplement la balance en sa faveur,ne faudrait-il pas admettre que des courants souterrains apportent aux lacs une partiedes eaux infiltrées dans le sol à une grande distance, et qu’ainsi le Saint-Laurentsert de déversoir aux prairies de l’Ouest aussi bien que le Mississipi (2)? La situationélevée des lacs sur le plateau qui domine une grande partie du bassin du Mississipi ,tout comme celui du Saint-Laurent, ne serait point un obstacle insurmontable à ce qu’ilsrecueillissent le tribut des-eaux d’une portion de la grande vallée Centrale de l’Amé-rique du Nord et du bassin du Mississipi lui-même, parce qu’ils sont creusés à unetelle profondeur que , presque tous, ils atteignent un niveau fort inférieur à celui dela surface de l’Océan.
Dans le réseau des grands lacs il s’en trouve deux qui déjà rendent de grands services,et qui sont appelés à en rendre de plus grands encore, à cause des communications qu’ilsouvrent ou qu’ils vont bientôt ouvrir moyennant quelques ouvrages en constructionou sérieusement projetés ; ce sont les deux lacs du milieu, l’Érié et le Iluron.
Le lac Érié commande le grand chemin du golfe Saint-Laurent au golfe du Mexique . Ilavait frappé l’attention de nos officiers et de nos missionnaires, qui, unissant leurs efforts,il y a cent ou cent cinquante ans , traçaient, dans ces régions sauvages alors, avec unepatience, une sagacité et un courage dont leur patrie ne sait pas gré à leur mémoire,le plan d’un magnifique empire que d’autres réalisent maintenant à leur profit, et où ilne restera bientôt d’autres traces de la domination française que des noms défigurés. Peus’en faut que des bords du lac Erié on ne puisse voir la fumée des bateaux à vapeurvenant de l’Ohio et du Mississipi lui-même par la rivière Alléghany. Tous les jours ilpart de Cléveland des barques qui se rendent sur l’Ohio ; prochainement il en partirad’autres, pour la même destination, du port d’Érié, que nos Français avaient appeléPresqu’île, et auquel on rend aujourd’hui ce nom, ainsi que de l’embouchure de laMaumee. Les goélettes et les sloops du lac Ontario font maintenant sans peine levoyage du lac Érié par le canal Welland. Le lac Érié est une sorte de carrefour verslequel convergent de toutes parts les chemins de fer et les canaux. On y compte aujour-
(1) Darby , View of the United States , page 235.
(2) La nature calcaire du sol et les cavernes, qui sont ordinaires dans les terrains ainsi composés, et qu'on y rencontreparticulièrement aux États-Unis , rendent cette opinion fort soutenable. Les curieuses observations de M. Boblaye, sur lestorrents souterrains de la Grèce , que ce géologue a consignées dans le grand ouvrage de l'expédition de Morée, lui don -lieraient un nouveau degré de probabilité. Les phénomènes présentés par plusieurs rivières de 1 ouest de la France (bas-sin de la Charente ), qui sont graduellement absorbées par le sol calcaire sur lequel elles coulent, et qu on voit renaîtresous d'autres noms à d'assez grandes distances, tendraient puissamment à la confirmer.