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Tome premier.
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PENSYLVANIE. — PÉAGE ET TRANSPORT SUR LES CANAUX.

Il ne faut cependant pas s’abuser sur l’influence des tarifs. Ce serait se tromper quede croire qu’un tarif très-bas suffit à rendre les canaux profitables au commerce,ou qu’un tarif un peu haut exclut nécessairement un mouvement actif. Le tarif du canalÉrié qui, pour des articles importants, tels que les grains et farines, et surtout pourles tissus, épiceries et denrées coloniales, est passablement élevé, n’en a pas moinsproduit une révolution dans le Nord de l’Union, et il transporte, comme on l’a vu,en grandes masses, les produits qui sont le plus taxés. Les canaux anglais dont,comme nous le dirons tout à l’heure, les tarifs sont souvent extrêmes, n’en ontpas moins puissamment contribué à porter la prospérité de l’Angleterre au point qu’ellea atteint aujourd’hui. C’est que pour les canaux la question d’une bonne gestion passeavant celle de la quotité des tarifs. Il n’y a que des canaux bien administrés qui faci-litent les transactions et procurent une véritable économie dans les transports , et illeur est donné de la procurer même sans que les droits de péage soient très-abaissés. Lescanaux bien tenus sont les seuls où le service puisse s’opérer avec célérité et régu-larité. La célérité est une source d’épargnes plus féconde que ne saurait l’être untarif réduit de quelques degrés de plus. Le temps est de l’argent, dit le proverbe britan-nique, et le commerce le sait bien. Un service rapide affranchit en effet le commerce de lamajeure partie de divers frais qui sont proportionnels à la durée du voyage , tels quel’entretien et la moins value des bateaux, le salaire des bateliers et l’intérêt du capitalreprésenté par la valeur des marchandises ; frais qui ne sauraient être mis en parallèleavec un léger surcroît de droits de péage. La ponctualité des départs et des arrivées àheure fixe est aussi pour le commerce d’un prix inestimable. Malheureusement enFrance , sur les canaux qui dépendent de l’État, le transport s’opère avec une déses-pérante lenteur et la durée des voyages y est d’une incertitude extrême. Des trajets qui,en Amérique , n’exigeraient que quatre à cinq jours, absorbent, chez nous, un moisou six semaines. Quand sur nos lignes navigables le transport présentera le doubleavantage de la célérité et de la régularité, la navigation des canaux, à laquelle on n’arecours en France que pour des objets de peu de valeur, se substituera de toutesparts au roulage et même aux messageries, et donnera naissance à de vastes échangesentre les extrémités opposées du territoire. L’exemple de l’Angleterre et des États-Unis, et ce qui se passe en France sur le canal du Midi, en fournissent surabondam-ment la preuve. Il convient donc que, tout en poursuivant la révision des tarifs, on neperde pas de vue, en France , la question plus grave encore d’une bonne gestion descanaux ; et, à l’égard des tarifs, il faut se dire que peu importeront au commerce,quant à présent, quelques centimes de plus ou de moins par myriamètre, si lanavigation lui offre régulièrement une vitesse égale à celle du roulage accéléré,avec des prix qui, selon la nature des objets, ne soient que la moitié, le tiers, lequart ou même le cinquième de ceux du roulage ordinaire. Pour obtenir unediminution des tarifs qui réduisît le fret au delà de ces limites, il faudrait quel’État payât, à titre d’indemnité, des sommes considérables, qu’il serait plus sageet plus conforme aux principes d’une saine justice distributive de consacrer à doterde quelques canaux les fractions du territoire, bien nombreuses encore, qui de-