Buch 
Cinématique : principes fondamentaux d'une théorie générale des machines / par F. Reuleaux ; traduit . de l'allemand par A. Debize
Entstehung
Seite
209
JPEG-Download
 

ORIGINES DES MACHINES.

209

En dehors de létude des restes danciennes civilisations, retrou-vés ou simplement conservés par la tradition, on doit encore re-courir à létude beaucoup plus délicate et plus indirecte des tracesdu développement progressif des facultés humaines, quon retrouvedans le langage lui-même ; cest ainsi que cette branche spécialede larchéologie quon désigne sous le nom de linguistique a con-duit sur ce point à des résultats dune grande importance. Cest àun linguiste que nous sommes redevables de recherches approfon-dies et véritablement remarquables sur les origines des machines.Le philologue Gkiger, malheureusement enlevé trop tôt à la science,a, dans deux mémoires sur lorigine de Voutil et sur la découvertedu feu*, tracé quelques lignes générales, bien dignes dattirerl'attention de tous ceux qui veulent étudier spécialement la marcheprogressive de lhumanité dans les temps préhistoriques et histori-ques jusquà nos jours. Dans son petit ouvrage, dune grande ri-chesse didées, Geiger, à la suite de considérations multiples et pro-fondes, se trouve amené à celte conclusion que le mouvement derotation est le premier que lhomme ait produit, au moyen de dis-positions du genre de celles que nous avons appelées machinales.Daprès lui, lun des premiers dispositifs, sinon le premier, quimérite le nom de machine**, est lappareil de production du l'eupar le frottement de deux morceaux de bois; cet appareil, qui joueun rôle important dans les cérémonies religieuses des peuples pri-mitifs de la race indo-germanique, est aujourdhui encore fréquem-ment en usage chez les peuplades sauvages ; son origine remonte àune époque tellement éloignée quil est probable quà celle époquele feu nétait pas encore utilisé pour les usages domestiques et neservait que pour ceux du culte. 11 existe, en effet, de sérieuses rai-sons de croire que la race humaine a parcouru une certaine période,sans faire usage du feu dans les habitations, tandis que, dans leslieux sacrés, elle adorait déjà cet élément comme une puissance su-périeure.

Une tige de bois, grossièrement taillée en pointe à sa partie infé-rieure et introduite normalement dans une cavité correspondante,est maintenue entre les paumes des deux mains, qui lui communi-quent un mouvement de rotation alternatif très-rapide, jusquà ceque, par le frottement, les petits éclats de bois détachés, les librescotonneuses ou les petits morceaux de moelle, dans le voisinage de

^Geiger. Zur Entwickclungs Gcschichtc der Menschhcit, Stuttgard, 1871.

Klemm exprime incidemment la même opinion, K. \V. III, g 592.

KEULEAUX, CINÉMATIQUE. 14