ORIGINES DES MACHINES.
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En dehors de l’étude des restes d’anciennes civilisations, retrou-vés ou simplement conservés par la tradition, on doit encore re-courir à l’étude beaucoup plus délicate et plus indirecte des tracesdu développement progressif des facultés humaines, qu’on retrouvedans le langage lui-même ; c’est ainsi que cette branche spécialede l’archéologie qu’on désigne sous le nom de linguistique a con-duit sur ce point à des résultats d’une grande importance. C’est àun linguiste que nous sommes redevables de recherches approfon-dies et véritablement remarquables sur les origines des machines.Le philologue Gkiger, malheureusement enlevé trop tôt à la science,a, dans deux mémoires sur l’origine de Voutil et sur la découvertedu feu*, tracé quelques lignes générales, bien dignes d’attirerl'attention de tous ceux qui veulent étudier spécialement la marcheprogressive de l’humanité dans les temps préhistoriques et histori-ques jusqu’à nos jours. Dans son petit ouvrage, d’une grande ri-chesse d’idées, Geiger, à la suite de considérations multiples et pro-fondes, se trouve amené à celte conclusion que le mouvement derotation est le premier que l’homme ait produit, au moyen de dis-positions du genre de celles que nous avons appelées machinales.D’après lui, l’un des premiers dispositifs, sinon le premier, quimérite le nom de machine**, est l’appareil de production du l'eupar le frottement de deux morceaux de bois; cet appareil, qui joueun rôle important dans les cérémonies religieuses des peuples pri-mitifs de la race indo-germanique, est aujourd’hui encore fréquem-ment en usage chez les peuplades sauvages ; son origine remonte àune époque tellement éloignée qu’il est probable qu’à celle époquele feu n’était pas encore utilisé pour les usages domestiques et neservait que pour ceux du culte. 11 existe, en effet, de sérieuses rai-sons de croire que la race humaine a parcouru une certaine période,sans faire usage du feu dans les habitations, tandis que, dans leslieux sacrés, elle adorait déjà cet élément comme une puissance su-périeure.
Une tige de bois, grossièrement taillée en pointe à sa partie infé-rieure et introduite normalement dans une cavité correspondante,est maintenue entre les paumes des deux mains, qui lui communi-quent un mouvement de rotation alternatif très-rapide, jusqu’à ceque, par le frottement, les petits éclats de bois détachés, les librescotonneuses ou les petits morceaux de moelle, dans le voisinage de
^Geiger. Zur Entwickclungs Gcschichtc der Menschhcit, Stuttgard, 1871.
Klemm exprime incidemment la même opinion, K. \V. III, g 592.
KEULEAUX’, CINÉMATIQUE. 14