ORIGINES DES MACHINES.
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un mouvement progressif, ou pour exercer une pression, ou enfinpour servir comme moyen d’assemblage de pièces ; il n’est pasmoins difficile d’éclaircir de quelle manière se construisait à l’ori-gine l’écrou ou la vis creuse. Nous ne pouvons que recommanderinstamment l’étude de ces questions d’origine aux linguistes et à tousceux qui s’occupent de recherches relatives à l’antiquité.
A côté de la variété des mouvements qui se multipliaient avecrapidité dans les machines, le développement des forces motricesne s’opérait, au contraire, qu’avec une certaine lenteur. L’opinion,exposée précédemment, que la première machine a été l’appareil àmouvement alternatif pour la production du feu, dans lequel l'em-ploi de la force joue un rôle peu important, se trouve en contra-diction avec l’idée, universellement acceptée, que c’est au levierqu’appartient cette priorité.
Sans même soulever cette objection préjudicielle que les notionsrelatives à ce qu’on appelle le levier auraient encore grand besoind’être éclaircies et approfondies, nous devons faire remarquer qu’enadoptant cette dernière opinion, on parait ne se rendre nullementcompte du chemin que suivent ordinairement les facultés humaines,dans leur développement, et qu’elles doivent avoir suivi de touttemps. L’hypothèse d’après laquelle le levier serait la machine laplus ancienne se rattache évidemment à l’idée des tentatives quel’homme doit avoir faites pour arriver à vaincre de grandes résis-tances. Or, ce ne sont pas les forces qui se sont tout d’abord mani-festées à l’intelligence humaine, à ses débuts, mais bien / lesmouvements qu’elles produisent. L’enfant est vivement frappé parla vue des moulins à vent, des roues hydrauliques, des marteaux -PÜons et, en général, de toutes les machines qui exécutent des mou-vements réguliers, faciles à saisir au premier coup d’œil ; mais iln ’a pas la moindre idée des forces utilisées pour obtenir de tels mou-vements. L’abstraction, indispensable pour concevoir la force sé-parée du mouvement, constitue une opération de l’esprit assezcompliqué qui a exigé une longue période pour arriver à soncomplet développement. C’est pour celle raison que, dans les pre-mières machines sorties des mains de l’homme, encore peu exercées,la force ne jouait qu’un rôle assez secondaire, en rapport aveccelui que permettaient les efforts des membres, agissant d’unemaniéré en quelque sorte inconsciente.
Cest pour la même raison que les esprits non cultivés s'acharnentaujourd hui encore à la recherche du mouvement perpétuel. Comme