232
HISTOIRE DU DÉVELOPPEMENT DES MACHINES.
de l’escargot; or, l’analogie, dans ce cas, se limite uniquement à laforme creuse, sans que la figure spirale y entre pour rien.
De plus, en acceptant comme vraie l'hypothèse que la vis dérivede l’imitation d’une forme naturelle, on serait conduit à admettreune interruption dans le développement progressif des machines,laquelle serait complètement en contradiction avec le mode destratification des idées, que nous observons dans d’autres cas. Enoutre, la coquille d’escargot ne fournit que le modèle d’une visconique, cl, dès lors, cette dernière aurait dû forcément subir unetransformation pour arriver à la forme cylindrique. Enfin, ce quiconstitue pour nous un argument encore plus décisif, la coquilled’escargot ne nous offre en rien l’exemple d’un accouplement d’élé-ments du genre de celui qui nous occupe ; elle ne peut donneraucune idée du mouvement relatif qui caractérise le couple « vis etécrou » et de la faculté d’engendrer une pression qui en est la con-séquence.
Il semble beaucoup plus probable que l’invention de la vis et del’écrou a eu pour point de départ l’observation du mouvement héli-coïdal engendré accidentellement dans certains appareils. Sans vou-loir faire autre chose qu’une simple hypothèse, nous pouvons sup-poser que le foret à mouvement alternatif de la fig. 161 a ouvertindirectement la voie qui devait aboutira ce couple d’éléments. À lasuite d’un usage longtemps prolongé, la corde enroulée autour dela tige mobile peut, grûce à la pression et au frottement, avoir dé-terminé sur celte tige des saillies hélicoïdales, qui, dans le mouve-ment de rotation du bois résultant de l’enroulement, faisaient l’of-fice de filets de vis, tandis que la corde, avec ses différents tours,jouait le rôle d’écrou. Cette observation s’étant répétée un grandnombre de fois peut très-bien avoir conduit, peu à peu, à d’utilesapplications de la combinaison machinale obtenue ainsi, en quelquesorte, par hasard. Cette opinion se trouve fortement corroborée parla forme du mot schraube, qui, dans la langue allemande, sert àdésigner la vis. Dans les langues latines cl dans la langue anglaise,le filet de vis se trouve encore aujourd’hui désigné par desexpressions qui rappellent le fil ou la corde (filello, filet, Ihreud).Toutefois, il convient de ne pas trop insister sur ce point, car rienne prouve que ces dénominations ne soient pas postérieures à l’in-vention de la vis. Il est difficile d’arriver à établir quel a été le butqu’on s’est proposé dans les premières applications de la vis et dedéterminer, par suite, ’si elle a été employée d’abord pour produire