66
NAPOLÉON AU TRIBUNAL DE CÉSAR, ETC.
douteux par l’entrée en action des réservesennemies. La ferme retranchée empêchenotre droite d’obtenir un succès prononcé.Les Italiens et Durutte sont ramenés. Eu-gène y court, les exhorte, leur rappelleleurs victoires, et, ce qui vaut mieux encore,lance la division Pacthod pour les soutenir.L’élan est donné, la droite de l’archiduc estforcée ; ce qui le sépare de Raab. Durutte et Serras reprennent l’ascendant qu’ils ontcédé un moment, et culbutent le centre;l’ennemi prend en déroute la direction deComorn, nous laissant 4 mille prisonniers,outre 5 mille hommes hors de combat.L’archiduc Jean couvre la retraite avec sesgrenadiers et avec les landwehrs de Styrie ,qui ont éclipsé dans cette journée la con-duite des meilleurs régiments. Un de leursbataillons défend jusqu’à la mort la fermede Kismegger, et ce qui en reste est passéau fil de l’épée par nos soldats irrités.
Cette journée, d’autant plus glorieuseque la victoire fut remportée sur des forcessupérieures, acheva de consolider notre po-sition. L’archiduc se rallia sous Comorn.
Nouvelle insurrection du Tyrol. — Siège (le Raab .
Ce succès, déjà important en lui-méme,acquérait un plus haut degré d’intérêt parle moment dans lequel il fut remporté. LeTyrol était plus que jamais en feu. A peiney avait-on appris l’issue de la bataille d’Ess-ling, présentée par les Autrichiens avecune exagération affectée, que les Tyroliensrompirent les démarches que le comité avaitfaites pour leur soumission, et reparurentplus menaçants que jamais. Le départ deLefebvre pour Lintz, avec deux divisions,laissait le général Deroi seul exposé au cen-tre du pays : hors d’état de lutter contredes forces quintuples, et entouré dans lavallée de l’Inn, il s’était estimé heureux deregagner la Bavière par Rosenhaym (le 28 1
mai). Dès lors les insurgés, maîtres de toutle pays, enivrés de leurs succès et dirigéspar Hormeyr, firent maintes incursions danstoutes les contrées avoisinantes. Au nord,ils inquiétaient la Bavière ; au sud, ils avaientchassé Rusca des confins de la Carinthie :à l’ouest, ils se jetaient en Souabe de con-cert avec les insurgés de Voralberg , et ré-pandaient la terreur jusqu’au Rhin . Chaste-ler, qui avait évacué ce pays en y laissantune brigade autrichienne sous le généralBuol, avait traversé nos postes de Carinthie et de Styrie pour se rallier à l’archiducJean : réuni aux détachements de Zach etau corps de Giulay, il eût pu nous donnerdes inquiétudes en débouchant sur notrecommunication de concert avec l’insurrec-tion hongroise. Les opérations d’Eugène etle succès de la bataille de Raab dissipaientces craintes. Cependant il fallait en profiterpour soumettre cette place : située près duconfluent du Raab dans le Danube , elle aété revêtue d’une enceinte de sept bastionscontre les Turcs : entre la place et le Da-nube , se trouvait un camp retranché d’unelieue de développement; elle n’était m entrès-bon état, ni bien armée. La possessionde Raab avait de l’importance, en ce qu’elledonnait à l’ennemi un débouché sur ladroite du Danube , et je tenais à lui ravir cepoint offensif. L’archiduc Jean n’y avait jetéque 2400 hommes, moitié milices ; Eugènefit attaquer la place par Lauriston avec unparc envoyé de Vienne . Elle succomba le 24juin, au moment où l’archiduc Charles pre-scrivait pour la secourir des mesures qui nefurent point prises à temps.
Griefs de l'archiduc Charles contre son frère.
L’archiduc Charles avait beaucoup à seplaindre de son frère : il n’avait pas exécutéla marche sur Lintz qu’il lui avait proposéepour agir de concert sur mes communica-