102
NAPOLÉON AU TRIBUNAL DE CÉSAR, ETC.
porter mon frère à une pareille résolution.
L’armée passe, le 26, la rivière de Guada-rama, et culbute Cuesta qui s’était aventuréà Torrijos ; il est ramené derrière l’Alber-che. Le 27, l’armée franchit cette rivière àquatre heures du soir, et se trouve au piedde la position ennemie vers le déclin dujour. A peine l’eut-on reconnue que Yictor,entraîné par l’importance des hauteurs oùs’appuyait la gauche de Wellington, espèreles faire enlever à la faveur de l’obscurité,et les fait assaillir par la division Ruffin, enmême temps que Lapisse inquiéterait lefront de cette aile gauche. Les régimentsde Ruffin arrivent successivement sur lemamelon; et, reçus par des troupes bienfraîches et disposées, ils sont battus l’unaprès l’autre.
Ce début était d’un mauvais augure pourle lendemain. Jourdan était d’avis de neplus risquer bataille avant d’avoir des nou-velles de Soult; mais Yictor, ne respirantque l’honneur de vaincre une armée an-glaise, oppose l’impression fâcheuse quecette circonspection produirait sur nos sol-dats accoutumés à la victoire, et cettepitoyable considération décide mon frère àrenouveler une attaque condamnée à la foispar la politique, la raison et les règles de laguerre.
Le seul point accessible de la ligne en-nemie étant sa gauche, il fallait du moinsrassembler le gros de l’armée et les réser-ves à notre droite, inquiéter la position defront et la tourner par un vallon assezprofond, en soutenant le mouvement gé-néral à droite. En nous prolongeant ainsidans une ligne oblique avec le Tage, nousparalysions la moitié de l’armée ennemie,ou bien nous la forcions à opérer un changement de front et de combattre avec lefleuve à dos. Nous nous basions en cas deretraite sur Avila et l’Escurial ; ce qui nous
mettait en communication plus sûre avecSoult. Au lieu de cela, le roi établit ses ré-serves à sa gauche, près de Sébastiani, etfit attaquer par des divisions échelonnées,arrivant partiellement et dénuées de sou-tien, le mamelon où Wellington avait placeses meilleures troupes et une artillerie nom-breuse. D’après ces dispositions, Sébastianiattaque à notre gauche le point de la lignealliée où les troupes de Wellington s’u-nissaient à celles de Cuesta; il donnait ainsisur la gauche des Espagnols et la droitedes Anglo Portugais. Victor se réserva lesoin d’emporter les hauteurs avantageuses,occupées par l’extrême gauche des alliés.Ceux-ci avaient 60 mille hommes : les nôtresn’en comptaient pas plus de 40 mille.
Système fies batailles de Wellington.
Wellington a pour système de combat ladéfensive-offensive : il attend son adver-saire dans un terrain reconnu, il fatigue lesassaillants par son artillerie et par un feude mousqueterie meurtrier ; puis quand ilssont près de l’aborder, il évite ce momentredoutable, en fonçant lui-même sur euxavec ses moyens réunis. Ce système en vautbien un autre : il dépend des localités, destroupes et du caractère de son rival. J’ai suaussi recevoir des batailles défensives-offen-sives à Rivoli et à Austerlitz. Ce systèmeprévalut à Talavera , parce que l’infanteriedu i or corps attaqua successivement unedivision après l’autre. Nos braves couraientà l’assaut de la position ennemie avec unetémérité admirable, mais qui assurait leurperte : ils arrivaient hors d’haleine etdécousus, et la ligne ennemie les foudroyantpar des feux de tirailleurs et de pelotons,en avait ensuite bon marché lorsqu’elle leschargeait à ta baïonnette. La scène com-mença par la division Ruffin, qui gravitbravement la hauteur sur le flanc ennemi,