104
NAPOLÉON AU TRIBUNAL DE CÉSAR. ETC.
ou se jeter avec toute l’armée au-devant deSoult et l’attaquer, ou bien se replierpromptement derrière le Tage par Almaraz :dans l’un et l’autre cas, il fallait la portertout entière sur Casa-Tejada pour dépasserl’embranchement de la route de Plasenciaavec le grand chemin de Badajoz . Instruitle 3 à Naval-Moral par un rapport de Cuestade la force réelle de l’année de Soult, et dudanger auquel celles des alliés allaient êtreexposées partiellement, Wellington n’osaplus s’aventurer seul sur la route d’Almaraz,et se rabattit de Naval-Moral sur l’Arzo-bispo, au lieu de pousser jusqu’à Casa-Te-jada, afin d’être sûr de sa retraite sur laroule du Portugal . Il aurait pu être le 4 aoûtà ce village, où Soult ne se présenta que lelendemain.
L’idée de se rabattre sur l’Arzobispo étaitbonne dans la supposition que Cuesta tenaitencore Talavera; mais celui-ci, persuadéque le général anglais hâterait sa retraitesur Almaraz , avait senti qu’il serait lui-mêmecompromis s’il restait entre Soult et Victor,et résolut de se replier sur Oropesa, afinde suivre Wellington. Ce contre temps pou-vait porter un coup mortel à l’armée combi-née, si Victor se dirigeait promptement surl’Arzobispo ; malheureusement il n’en futrien ; le maréchal, instruit trop tard de cequi se passait, et trop heureux qu’on nel’attaquât pas sur l’Alberche, après le départde Joseph, n’osa pas pousser un ennemisupérieur en nombre.
L’armée anglaise faillit payer cher toutesses hésitations; ses alliés, déjà mécontentsde l’affaire de Torrijos, lui reprochant deles laisser en prise, repassent en toute hâtele pont de l’Arzobispo , et l’armée combinéese trouve ainsi adossée, le 5, à la montagneimpraticable deGuadalupe. Elle eût été per-due, si Wellington n’avait envoyé, en toutehâte, un détachement pour faire sauter le
pont d’Almaraz , et rompu derrière lui unepartie de celui d’Arzobispo.
Cependant Soult va tenter le passage duTage, et il importe aux Anglais de sortirdu cul-de-sac où ils sont engagés. Ils fraientavec grande peine, à l’aide des paysans es-pagnols , un chemin à leur artillerie pourrejoindre la grande route de Truxillo. Soultparaît enfin sur le Tage avec ses trois corps;il le passe à gué contre la droite composéed’Espagnols , et Mortier force en mêmetemps le pont de l’Arzobispo contre lecentre. Ney doit chercher un gué près d’Al-maraz dont le pont est détruit ; il manœu-vrerait contre la gauche et les communica-tions de Wellington, qu’il devancerait surla grande route. Mais le gué ne se trouvepas ; les Anglais ont le temps d’achever leurchemin de traverse et de se retirer; et lesEspagnols , après un vif engagement deleur cavalerie, s’enfuient, les uns sur Na-val-Moral de Tolède , les autres sur De-leytosa.
Cet événement acheva de semer la dis-corde parmi les alliés. Cuesta, dégoûté ettrop âgé pour supporter le poids d’un com-mandement si difficile, le remit au généralEguia, qui se rabattit avec la moitié de l’ar-mée à droite sur Tolède pour seconderVanegas, tandis que le duc d’Albukerque,avec la gauche, se rallia à Wellington. Ce-lui-ci gagna avec peine Truxillo, d’où il sereplia sur Badajoz . Le général Wilson,compromis à Naval-Carnero, eut le bonheurde filer sur les derrières de Soult, où ils’embusqua dans les montagnes de Gridos.
Vanegas est battu à AJmonacid.
Joseph, rassuré par la retraite des enne-mis, était revenu à Tolède au moment oùVanegas bombardait celte ville de la rivegauche du Tage , et cherchait à s’emparerdu passage; il eut bientôt mis un terme à