Band 
Tome second.
Seite
109
JPEG-Download
 

CHAP. XV. CAMPAGNE DE 1809.

109

bien convaincu qu’unemassesolide de40 milleAnglo-Hanovi'iens et autant de Portugaisdisciplinés et dévoués lutterait avec deschances incalculables contre une arméeforcée de s’étendre, soit pour vivre, soitpour soumettre le pays, et couvrir enfinson immense ligne de communication. Maisl’exemple de Moore prouvait aussi au généralanglais qu’avec des adversaires impétueuxet actifs, il aurait par moment de rudes as-sauts à soutenir. Il lui importait donc d’as-surer à son armée nn refuge formidablepour lui éviter en cas d’échec une catastro-phe semblable à celle de la Corogne , et luidonner le temps d’user nos forces, de rece-voir des secours, ou au pis aller de se rem-barquer en loute sûreté pour aller porterson activité sur un autre point de la vastepéninsule. A cette fin, aussitôt après sonretour de Séville , il fit tracer un immensecamp retranché sur les hauteurs de TorrèsVedras, qui forment la base du trianglefiguré par l’embouchure du Tage et la mer,et au sommet duquel est située Lisbonne .

Démélés de I.a Rornanaavec la junte.

L’événement prouva d’autant mieux la sa-gesse de ces mesures, que la présence de LaRomana à Séville ne produisit point toutl’effet qu’on s’en était promis. Il y futbientôt aux prises avec la junte. Celle-ci semontrait jalouse de l’indépendance natio-nale , et traitait les Anglais en auxiliairesqui affectaient pour l’Espagne un faux dé-sintéressement. Elle jugeait avec raisonque c’était moins pour l’Espagne que pourl’Angleterre elle-même qu’ils mettaient tantd’empressement; elle avait refusé de rece-voir leurs troupes dans Cadix . Wellingtonattribuait à sa jalousie déplacée la conduitede Cuesta, et le peu de succès de l’entre-prise sur Madrid . Tous deux au fond avaientraison dans leur sens; mais une telle di-

vergence d’intérêts pouvait servir notrecause, autant que la puissance des baïon-nettes. Les Anglais s’étant emparés de l’es-prit de La Romana, lui persuadèrent quela junte perdrait tout par une vanité natio-nale mal entendue, et le déterminèrent àla dissoudre pour y substituer une régencemoins nombreuse, Il fit des proclamations,adressant à la junte à peu près les mêmesreproches que je fis au Directoire à monretour d’Égypte . Il parut prêt à frapperdes coups d’état, à saisir le timon des af-faires ; mais son caractère léger ne lui per-mettait de jouer ni le rôle de Cromwell , nicelui qui m’avait si bien réussi au is bru-maire.

Laissons au reste ces intrigues étran-gères au tableau que nous devons esquisser,et traçons un aperçu rapide des opérationsdans l’est de la péninsule.

Efforts de Rlacke pour délivrer l'Arragon.

La défense opiniâtre de Saragosse avaitdonné plus d’éclat à sa chute; c’était uneseconde Numance soumise. Satisfaits deces résultats, mes généraux ne crurent pasavoir besoin de grands efforts pour les con-solider; ils croyaient la question décidée.Mais autant nous étions prompts à procla-mer nos succès comme décisifs, autant lesEspagnols étaient constants à en écarterl’influence morale pour n’y voir que l’effetpositif.

Aussitôt qu’ils furent instruits de mondépart pour la France , et de celui du corpsde Mortier pour la Castille, ils sentirentl’avantage qu’ils pourraient obtenir en tom-bant en forces sur le 3° corps qui étaitresté seul à la garde de l’Arragon. La ré-gence profita sans retard de cette circon-stance. Elle avait des troupes en Catalogne et à Valence ; elle les mit à la dispositiondu général Blacke, et lui donna en même