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NAPOLÉON AU TRIBUNAL DE CÉSAR, ETC.
la concentration nécessaire. A cet effet, leplus habile de mes maréchaux aurait dûêtre donné pour major-général au roi, afinde guider alors cette masse à la victoire.Dans toute autre hypothèse, on eût laisséagir ces armées dans le rayon d’activité quileur aurait été assigné.
En conservant huit à dix corps isolés, ilsne purent se prêter qu’un faible appui parla rivalité de leurs chefs. Ney fut six moisles bras croisés dans la Galice sans pouvoircommuniqueravec Madrid, ni avec Bayonne ,parce qu’il ne commandait ni à Yalladolid,ni à Léon, ni dans les Asturies , et qu’il nepouvait rien concerter. Il aurait fallu sub-ordonner toutes les troupes entre Burgos et l’Océan à un seul chef. De même dansl’est, il n’eût fallu qu’une armée des Pyré-nées orientales pour agir en Arragon et enCatalogne .
Le roi voulut trop tôt jouir des plaisirsde la royauté à Madrid ; il aurait dû attendreque l’Espagne fût soumise : sa capitale au-rait dû être dans les camps de l’armée ducentre jusqu’à la soumission de sonroyaume.Il voulait à toute force épargner son pays,et subordonna ainsi beaucoup de mouve-ments militaires à cette combinaison. Il étaitdéjà aussi espagnol que Philippe v , quandil fit la guerre au régent. A la vérité, pourse créer un parti, il fallait bien essayer degouverner : le seul mal fut d’avoir com-mencé deux ans trop tôt. Joseph, qui n’a-vait que 4 à 5 mille hommes de garde français ,voulut une armée; on lui organisa des régi-ments avec les nombreux prisonniersfaits surtous les points du royaume: il les arma et leshabilla pour les insurgés ; car ils les rejoi-gnaient dès qu’ils parvenaient à s’échapper ;et la chose n’était pas difficile. Il fallait en-voyer tous ces prisonniers en France jus-qu’à la pacification; on aurait pu les y uti-liser. L’occupation de toutes les provinces
fut d’autant plus malheureuse, qu’elle nepermit pas même au roi d’y asseoir unecontribution, au point que je fus forcé delui assurer un subside annuel de 6 millionspour les dépenses de sa maison.
J’eus tort de lancer Soult en Portugal avec des forces insuffisantes ; le rembarque-ment de Moore me fit illusion sur la résis-tance qu’on lui opposerait; je crus que lebruit de nos victoires de Burgos, Tudela,Espinosa, la Corogne , et le peu d’espoird’un nouveau secours anglais , dégoûteraientles Portugais d’une lutte destructive. Maisdans la péninsule, le peuple ne sait que ceque les prêtres lui disent; ils cachaient nosvictoires et inventaient des revers : la guerred’Autriche et mon départ forcé étaient pré-sentés comme des gages certains d’une pro-chaine délivrance. Dix mille Anglais , restésen Portugal et réunis aux forces régulièreset aux milices du royaume, ne pouvaienlêtre soumis par les 26 mille hommes deSoult : il aurait fallu donner à Soult le6 e corps, en faisant occuper en Galice seu-lement le Ferrol et la Corogne par 7 à 8 millehommes. Marcher sans cesse sur l’ennemiavec une armée mobile et ne pas administreravant de combattre : voilà ce que nous au-rions dû faire, et ce que mes lieutenants eti mon frère n’ont pas compris à temps.
| Tout le mal provint de la malheureuse| déclaration de l’Autriche , qui fit plus pour| la péninsule que les secours de l’Angleterre,
' soit par l’effet moral qu’elle produisit en sensopposé sur l’ennemi et sur nos troupes, soitpar le défaut de vigueur et d’unité qui fut lerésultat de mon départ, circonstance déplo-rable sous tous les rapports, et qui eut ainsiles plus funestes conséquences.
Comme les Espagnols avaient chassé l’ar-mée de Joseph derrière l’Èbre avant monarrivée, ils ne doutèrent nullement de lachasser de nouveau après mon départ, con-