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Tome second.
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NAPOLÉON AU TRIBUNAL 1 )E CÉSAR, ETC.

res du continent, Masséna n’apprit qu’àLeyria l’existence des lignes formidables de-vant lesquelles il allait heurter, et auxquel-les, comme on l’a déjà dit, Wellington fai-sait travailler depuis dix mois.

Deux lignes de redoutes, la plupart fer-mées à la gorge et palissadées, présentant87 ouvrages armés de 290 pièces de gros ca-libre , offraient une des positions les plusformidables dont les annales modernes fas-sent mention ; une troisième ligne servantde réduit était disposée pour protéger lerembarquement, si les deux autres venaientà être forcées. Réfugié dans ce redoutableasile, appuyé à la mer (qui pour les Anglais seuls est une bonne base), sûr de ses appro-visionnements, il pouvait braver toutes nosentreprises.

Embarras de Masséna.

Masséna n’aimait pas plus que moi le motde retraite, et poin tant il n’osa pas risquerune attaque, car elle eût été trop hasar-deuse. Les ennemis étant entrés à Coimbre ,y avaient enlevé 4 mille blessés ou mala-des ; l’armée était réduite à 40 mille com-battants, et l’ennemi en avait plus de 60mille. Masséna m’envoya le général Foypour réclamer des ordres et des renforts.En attendant, il espéra fatiguer son adver-saire à force de persévérance. C’était unmauvais calcul 5 mais il n’y en avait pasd’autre à faire. L’année anglaise , ayant 200voiles à sa disposition, se trouvait toujoursdans l’abondance : elle passa cinq mois dansce camp à s’aguerrir, à s’instruire et à ter-miner ses retranchements. Les milices por-tugaises rivalisèrent avec ses soldats : l’ar-mée en sortit plus redoutable que jamais.Masséna, au contraire, abîmait ses troupespour les faire vivre; elles étaient dissémi-nées en colonnes mobiles qui guerroyaientcontre les habitants et les partisans portu-

gais . Elles ravageaient le pays même par oùelles devaient effectuer incessamment leurretraite : les maladies, les combats journa-liers, les assassinats, les diminuaient, tan-dis que les obstacles croissaient à mesure.La situation était telle, en un mot, qu’il fal-lait emporter d’assaut le camp ennemi, ousonger à une retraite pénible. Instruit deces circonstances par le général Foy, je con-seillai à Masséna d’attaquer, pour peu quela chose fût praticable ; en cas contraire, detenir l’ennemi confiné dans ses lignes. Jepromis de lui envoyer le corps de Drouet,qui venait d’entrer en Espagne [1]. Je luifis espérer d’être secondé par Soult, quiopérait sur la Guadiana . A 500 lieues duthéâtre des opérations, on ne saurait don-ner d’ordre bien positif : je laissai donccarie blanche à Masséna. Dans l’intervalle,la position se hérissa de nouvelles batteries;Wellington fut renforcé de 15 mille hom-mes tant Anglais qu’Espagnols ; les ouvra-ges furent achevés.

Un seul moyen existait encore d’opéreroffensivement contre Lisbonne , c’était dejeter un pont à Santarem, de le couvrird’une forte tête, d’attirer Soult de Badajoz sur Sétuval, et de bombarder Lisbonne deshauteurs de la rive gauche. Il eût fallu pourcela non seulement beaucoup d’ensemble etd’activité, mais encore des moyens que nousn’avions pas. Masséna fortifia Punhete versl’embouchure du Zezère , et s’appliqua àfaire construire des bateaux pour se procu-rer un bon équipage de pont, et les moyensde manœuvrer au besoin sur les deux rivesdu Tage . Grâce aux pontonniers, aux sa-peurs et au bataillon de marins qu’il avaitavec lui, il parvint à force de soins à sup-

[1] Ce corps était composé de deux divisions for-mées de tous les quatrièmes bataillons de l’annéede Soult, et devait se rendre en Andalousie .