CHAP. XVI. CAMPAGNE DE 1810.
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pléer à ce qui lui manquait pour ce travail,qui fut achevé en six semaines, à la grandesatisfaction du général en chef. Toute-fois ces équipages de ponts qui avaientcoûté tant de soins devinrent inutiles parl’événement ; car Soult ne se présenta passur le Tage , et Masséna ne crut pas de-voir risquer un passage si périlleux enprésence des troupes de Hill et de LaRomana.
Il est constant que si Soult eût soumisBadajoz au moment où Masséna prenaitAlmeida, et que les deux armées se fussentavancées de concert sur Lisbonne par lesdeux rives du Tage , nous eussions eu plusde probabilités en notre faveur 5 mais Bada-joz n’étant pas soumis, Masséna n’ayant en-core aucun équipage de ponts, Soult étantdans l’impossibilité d’en conduire un, l’en-nemi pouvant au contraire agir à volontésur les deux rives du Tage , il n’est pa&prouvé que le succès de l’opération eût étéinfaillible, et que Soult eût entièrement at-teint son but. Toutefois, comme Welling-ton n’aurait pu se porter contre lui sansdégarnir Lisbonne , et sans nous fournirainsi une occasion favorable pour l’attaquedes lignes de Torres-Vedras, la marche deSoult en Alemtejo eût été une diversionfavorable, lors même qu’elle n’eût point dé-cidé l’évacuation de Lisbonne , comme onl’a prétendu. En effet, il ne suffisait pas dequelques batteries de mortiers établies surles hauteurs d’Almada pour faire tombercette capitale couverte par d’innombrablescanonnières, par des vaisseaux embossés,et un bras de mer de 1500 toises. Un bom-bardement contrarié par de tels obstacleseût bien pu causer quelques dégâts dansLisbonne , mais non pas décider Wellingtona quitter son formidable camp, situé à qua-tre lieues de la ville, et hors d’atteinte de lacive gauche du Tage .
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Situation horrible de cette armée.
Jamais l’histoire moderne n’avait offertl’exemple d’une année dans une positionpareille à la nôtre. Lancée à 200 lieues desfrontières, au milieu de deux nations belli-queuses et insurgées, privée de tout moyenmaritime et de toute réquisition légale dansun pays déserté par ses habitants, elle de-vait, comme une horde nomade, dévorer lasubsistance de l’arrondissement où ellecampait, puis le quitter aussitôt pour aller enravager un autre quartier. Du moins dansles guerres précédentes, une armée trou-vait-elle en pays ennemi ou une populationdocile, ou des spéculateurs indifférents à lalutte qui lui procuraient des vivres au poidsde l’or. Le commerce, avide de gros béné-fices, se hâtait de se couvrir d’un pavillonneutre pour aller porter les grains et lesarticles les plus nécessaires à la vie partoutoù les chances de la pénurie lui assuraient unlucre certain. Mais dans notre lutte, sur 800lieues de côtes, pas un caboteur neutre ne ve-nait à notre secours, tant la prépondérancemaritime des Anglais était devenue tyranni-que et menaçante, et tant leur législation arbi-traire sur les neutres avait détruit les droitsles plus précieux de la liberté maritime.
Masséna se rapproche de Santarem.
Après avoir séjourné un mois près d’A-lenquer en face des lignes, Masséna résolutde se rapprocher, au milieu de novembre,de Santarem pour faciliter l’approvisionne-ment de son armée, qu’il tirait de la valléedu Zezère : de là il était plus à portée defavoriser la jonction de Drouet, qui devaitvenir par Celorico ou Castel-Franco. Cettejonction ne s’effectua que le 26 décembre,vers Leyria. Wellington, renforcé de soncôté par La Romana, avait alors poussé jus-qu’à Cartaxo, et les deux armées s’enter-raient à l’envi sous des retranchements.
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