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NAPOLÉON AU TRIBUNAL DE CÉSAR. ETC.
les cabinets russe et français voulaient laguerre, et que les empereurs ne la voulaientpas; chacun sait fort bien que le cabinetrusse était l’empereur Alexandre seul,comme je formais, moi, tout le cabinet desTuileries . Les motifs apparents, les griefsarticulés n’étaient que des prétextes : le butétait tout différent. Il faut avouer néan-moins que de part et d’autre on était agitépar un secret pressentiment des chancesexcessives qui pouvaient en résulter, et quesi le désir individuel des deux souverainseût été seul consulté, on eût, pour l’instantdu moins, mieux aimés’entendre à l’amiableque de combattre. La force des intérêts enlitige était malheureusement si grande, qu’ilétait difficile d’atteindre ce résultat. Il eûtfallu, pour cela, remonter au traité deviennede 1809, et à la réunion des bouches duWéser, de l’Elbe et de la Trave à l’empirefrançais. Or, il y a de la bonhomie à croireque la chose fût facile [ 1 ].
Loin de redouter cette guerre, je sentaisqu’elle deviendrait inévitable un jour; maisje ne voulais la faire qu’en temps opportun.C'était à mes yeux le seul moyen de termi-ner pour toujours la longue lutte danslaquelle j’avais consommé ma vie. U étaitévident pour les plus simples que la Russie était trop forte pour qu’elle pût jamaisentrer dans le système européen tel que jevenais de le refaire , et dont la France étaitle pivot. Mon édifice élaiL trop loin de sabase; la Russie pesait de tout son poids surle sommet : Alexandre, plus jeune que moi,plein de force et de vie, m’eût survécu, etaprès ma mort, l’empire eût été démembré.
[i] Napoléon voulait procéder au rétablissementde la Pologne , mais il désirait choisir son temps.Alexandre, qui l’avait pénétré, voulait rompre desliens qui l’attachaient à une puissance devenue hos-tile depuis 1809 . Si le dernier eûl voulu conserver ces
Il fallait donc remettre la Russie en dehorsde l’Enrope, pour qu’elle ne gâtât pas l’unitéde mon système. Il fallait donner à cettenouvelle démarcation politique des fron-tières assez solides pour résister au poidsde toute la puissance des czars.
Il n’y avait que la masse de mon empire,avec les alliés qu’il avait alors, qui fût assezvigoureuse pour tenter un pareil acte deviolence. Il n’était sans doute pas exemptde chances dangereuses; mais je crois qu’ilétait possible, et de plus qu’il était l’uniquemoyen de mettre mon ouvrage entièrementà l’abri.
Pour faire réussir ce plan, il fallait réédi-fier la Pologne sur une base solide, et vain-cre les Russes pour leur faire accepter lesfrontières qu’on allait tracer avec la pointede l’épée. Placée ainsi par mes précautionshors de l’économie européenne, séparée decette économie par 200 mille gardiens, quenous soutiendrions toutes les fois qu’il enserait besoin, la Russie eût pu renouer avecl’Angleterre sans inconvénient, parcequ’ellenous eût été alors entièrement étrangère.D’ailleurs, si nous demeurions vainqueurs,elle n’eût pas pu quitter de si tôt le systèmecontinental : nous eussions donc assuré leprésent et garanti l’avenir. Cette guerre se-rait la dernière, puisque en-delà de la Rus-sie le monde politique finit. On m’a prêtéle projet d’aller dans l’Inde par la Perse ; jene nie point d’avoir songé à la possibilitéd’y envoyer une expédition; mais cela nepouvait être qu’un objet secondaire, totale-ment subordonné à la nature des relationsque nous établirions avec le cabinet de
tiens, devenus insupportables à la Russie, Napoléon eût différé son expédition , mais il l’eût toujoursfaite après la soumission de l’Espagne . Voilà le vé-ritable état de la question qu’on a défigurée de tantde manières.