CHAP. XVIII. CAMPAGNE I)E 1812.
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St-Pétersbourg . En tout cas, je me seraisbien gardé d’y aller en personne; car il nefaut pas tant de forces cpie l’on croit pourébranler le monstrueux édifice de la com-pagnie anglaise : il suffit de 20 mille hommesaguerris, de beaucoup d’officiers, d’un peud’argent, et de quelques intelligences avecles chefs maratles.
La base essentielle de mon projet était larésurrection de la Pologne , point égalementdélicat à traiter avec l’Autriche , commeavec la Russie. Il fallait garantir la Galicie à la première, ou lui offrir d’amples indem-nités, et je ne pouvais prendre ces indem-nités qu’à mes dépens en Italie et en Alle-magne . C’eût été abandonner des posses-sions utiles, contiguës à mon empire etcertaines, pour des acquisitions lointaineset incertaines, sacrifice auquel je ne pouvaisme résoudre qu’après la réussite de la guerre.Aussi eus-je soin de m’en réserver le droitpar les articles secrets du traité avec l’Au-triche .
Quant à la Russie , je savais que la pro-clamation formelle du rétablissement de laPologne pourrait mettre un obstacle insur-montable à tout arrangement avec elle : sije lui enlevais par un acte public la Lithua-nie , la Podolie, la Wolhynie , c’était memettre dans la nécessité de poursuivre laguerre à outrance, jusqu’à ce que la cessionen fût sanctionnée par un traité de paix ;or c’était annoncer d’avance à Alexandrequ’il n’avait plus qu’à vaincre ou à mourir.Ce n’était pas en allant attaquer un colossecomme l’empire russe qu’il fallait s’enlevertout moyen de rapprochement, et faire unpas de clerc en s’appropriant d’avance sesprovinces sans savoir si l’on parviendrait àles conquérir. Tout ce que je pouvais faireétait de préparer cette émancipation et detranquilliser l’Autriche , en me réservant !néanmoins la faculté d’échanger ce qui lui !
restait de la Galicie contre les provincesIllyriennes; c’était admettre le principe dela réunion future de l’ancienne Pologne en une seule masse : c’était un pas immenseen faveur des Polonais , et l’on m’en a subien peu de gré, puisque cent pamphletsm’ont reproché de les avoir sacrifiés à mesvues particulières.
Ce projet a été la source de tous mesdésastres; la postérité le blâmera, et quoi-que la tournure des événements m’en aitfait plus d’une fois repentir, je ne vois pastrop comment j’aurais pu tôt ou tard évitercette guerre. J’aimais mieux la faire moi-même que la léguer à mon successeur.
Moins qui m’enlrahient à la guerre.
Certes, s’il eût dépendu de moi de choi-sir l’époque de la guerre de Russie en maintenant jusque-là les choses sur le pied établià Titsit, je n’eusse pas mieux demandé quede la remettre à deux ou trois ans, jusqu’àce que j’eusse terminé les affaires d’Es-pagne : mais si dans ces trois ans la Russie renversait le système continental, point devue dominant de ma politique; si elle sepréparait par des armements formidables ;si elle profilait de ce que je m’engageaispersonnellement en Espagne pour boule-verser le nord de l’Allemagne , alors je nevois pas ce que j’eusse gagné à la remettre.U me semblait plus convenable de suspen-dre pour deux ans l’achèvement de l’affaired’Elspagne ; ce temps suffirait pour terminerla grande question du Nord, et revenir plus{ sûrement et plus commodément, à celle duMidi. En envoyant par an 25 mille recruesà mon armée d’Espagne , j’espérais la main-tenir en possession de ce que nous occu-pions, et la mettre en état de soutenir ladéfensive. C’était tout ce qu’il me fallait. La! question se réduisait donc à ces deux points :i <■ Si je commence par aller au Nord, le Midi