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Tome second.
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NAPOLÉON AU TRIBUNAL DE CÉSAR, ETC.

J 82

<• ne peut me donner aucune crainte sé-« rieuse : mais si je commence par aller au« Midi, le Nord peut éclater, et remettre« tout en question avec beaucoup plus d’en-« semble et d’unanimité qu’en îsoa.

« En différant de deux ans la soumission« de l’Espagne , il n’en peut résulter qu’un« ajournement sans danger, la prolongation« d’une petite guerre de guérillas qui ne« saurait m’inspirer de craintes sérieuses.« En différant au contraire de deux ans la«guerre du Nord pour aller au Midi, il« n’en résulte aucun avantage pour décider« ensuite la grande question : lors même« que je serais maître de Lisbonne , de« Cadix, de Cartbagène et d’Oporto , il fail-li draitles occuper, et il n’est pas dit que je« pusse distraire un seul homme de l’armée« d’occupation pour aller en Russie ; dans« cet intervalle , la politique anglaise ,« dominant de nouveau à Pétersbourg ,« à Stockholm , pourra fort bien gagner« Berlin , et venir même remuer Vienne,« au moment où j’attaquerais Torres-Ve-« dras. »

Je tenais la Prusse par ses propositionsd’alliance. La crainte, le mariage et le désird’acquérir quelques dédommagements, m’as-suraient momentanément l’Autriche : laSuède hésitait encore; bien que Bernadotte et moi ne fussions pas les meilleurs amis,il était Français; la Suède et la France n’a-vaientqu’un intérêt depuis un siècle ; il pou-vait avec notre aide reconquérir la Finlande ,sujets de regrets pour son royaume. L’oc-cupation un peu brusque de la Poméranie était un grief passager; l’intérêt suédois nedevait pas lui être sacrifié, et les sentimentsfrançais encore moins. Je devais croire qu’ilme suffirait de lui montrer le chemin d’Aboet. de Sweaborg pour m’assurer de son con-cours.

La Turquie avait essuyé des revers et

l traitait; mais rien n’annonçait qu’on fût d’ac-cord, et je devais croire que la seule certi-tude de mes armements contre la Russie rappellerait au divan le parti qu’il pourraiten tirer dans l’intérêt de la Porte.

En différant l’entreprise pour courir dansla péninsule, je ne pouvais que perdre deces avantages; car, en m’attirant de plusgrands embarras sur les bras, j’amèneraispeut-être de nouvelles chances qui feraientprononcer contre moi les alliés douteux, etrendraient les autres chancelants.

Indépendamment de tous ces motifs, j’a-vais une grande confiance dans l’issue decette guerre, et j’y étais autorisé partonsmes précédents.

Discussions sur cette gigantesque entreprise.

Ce ne furent pas les objections qui man-quèrent pour m’en détourner ; si plusieursdes fonctionnaires et des généraux que jeconsultai abondèrent dans mon sens, leplus grand nombre recula devant les diffi-cultés.

Le grand-écuyer Caulaincourt, qui venaittout récemment d’être ambassadeur en Rus-sie , n’était pas le moins ardent à la désap-prouver; il s'efforcait de démontrer qu’ellen’était légitimée ni par mon intérêt, ni parla nécessité ; il faisait un tableau effrayantdes obstacles que le climat et l’immenseétendue d’un empire sans fond opposeraientà nos succès. Il représentait l’avantage quele soldat russe, élevé durement dans un cli-mat horrible, aurait sur des troupes méri-dionales exposées à toutes les privations, etdont la moitié encombrerait les hôpitauxavant d’être arrivée au terme de l’entre-prise. Il n’y avait pas jusqu’aux chevauxmoscovites dont l’éducation sauvage ne fûtune cause incontestable de supériorité sili-ceux de l’Allemagne ou de la Normandie ,habitués à une nourriture abondante et