CHAP. XVIII. CAMPAGNE DE 1812.
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régulière, et beaucoup moins propres à sou-tenir à la fois de longues fatigues et decruelles privations. La sévère discipline, lecaractère impassible, la constance et la fer-meté de ces soldats qui n’ont pour parentset pour patrie que leurs drapeaux [ 1 ], donneà l’armée russe une consistance qu’on cher-cherait vainement dans les autres. Ils sontsans doute soumis comme nous aux chancesde la guerre, aux maladies; mais ces der-nières sont plus rares que dans aucunearmée ; la désertion y est inconnue ; la dis-persion des corps organisés est facile àéviter par la nature même des troupes, etpar l’instinct moutonnier qui les porte à sepelotonner en masse plutôt qu’à se disper-ser pour fuir : cet instinct n’est pas seule-ment dans le caractère docile du soldat, ilest le fruit d’une grande discipline, de l'ha-bitude de ne jamais quitter son drapeau, etsurtout des guerres habituelles avec lesTurcs, où chaque homme isolé est sûr d’êtresabré par la cavalerie.
M. de Ségur, grand-maître des cérémo-nies, qui avait été ambassadeur de France en Russie sous Catherine, et auquel on étaitredevable du traité de commerce avanta-geux de 1787, appuyait de toute son élo-quence le parti opposé à la guerre : Durocle secondait.
Motifs allégués par los partisans delà guerre.
Ceux de mes conseillers qui approu-vaient l’entreprise disaient ; « Si nous négli-« geons de profiter de l’ascendant acquis» par l’empereur Napoléon sur ses adver-« saires, et delà supériorité qu’il a déployée« dans les combats, depuis les bords du« Niémen jusqu’à ceux du Nil : si nous dif-
[t] Le soldat russe servant vingt-cinq ans, prisparmi les serfs, ne sachant pas plus lire et écrire queses parenls, ne conserve presque aucune relation
» férons à mettre la Russie hors d’état de« nous nuire, qui osera, après lui, affron-« ter les efforts de cet empire pour dé-« truire son ouvrage? Quel sera le capi-« taine capable de soutenir avec une armée«française le débile duché de Varsovie ,« contre lequel l’Autriche elle-même conspi-« rera? car, ne le dissimulons pas, notre al-« liance avec l’Autriche est viagère sur la têle« de l’empereur : cette puissance a trop de« pertes à réparer, d’injures à venger, pour« ne pas fondre sur nous aussitôt après sa« mort. Pourquoi différer d’asseoir son« immense édifice sur des bases inébranla-« blés, quand l’occasion s’en présente d’elle-« même? Ce n’est pas une augmentation de<> puissance qu’il s’agit de chercher, c’est« une consolidation de ce qui existe, et une« garantie pour l’avenir. Que faut-il donc« pour achever un si glorieux édifice? ne« suffit-il pas d’un second Friedland dans« les champs de Wilna ? Ne sommes-nous« pas certains de la victoire en regardant le« passé, et en comptant les phalanges nom-« breuses qui marcheront sous nos dra-«> peaux?
Motifs de leurs adversaires.
Les adversaires de la guerre opposent àces motifs des raisonnements spécieux ;ils demandent : « Qui forcera les Russes à« livrer une bataille dans les provinces« ci-devant polonaises, tandis qu’il est deu leur intérêt de ne combattre que sur la« Dwina. La Lithuanie même appartient« déjà à l’Asie , si tout ce qui est désert doit« être mis en dehors de l’Europe . Bien dif-« férente de la Courlande et de la Satnogi-« tie, elle est couverte de vastes forêts, de
avec eux ; il ne connaît plus que le régiment auquelil appartient. C’est sa famille et sa patrie.